Entrez de plain pied dans la galaxie Tim Burton à la Cinémathèque

Découvrir une exposition sur Tim Burton, c’est mettre tout de suite un pied dans le pays des merveilles : voilà ce qu’on s’imagine. Le voyage sera une immersion totale dans un monde imaginaire. On ne pourra  qu’être surpris, totalement déconnecté de ce monde, emporté dans un tourbillon d’idées et de sensations. Bref, on n’en ressortira pas intact.

En arpentant les différentes salles de la cinémathèque française qui propose -jusqu’au 5 aout 2012 à Paris – une exposition sur ce cinéaste le plus créatif de tous les temps (allez !), j’aurais voulu que tout soit à l’image de la deuxième salle – féérique. Dans cet espace noir, sur la musique de «Mars attacks», les lumières blanches font ressortir sur les murs des dessins du grand maître et dans un coin, un carrousel burtonien aux couleurs pétantes, tourne sans relâche, entraînant ses petites figurines difformes, dans une danse répétitive.

Tim Burton, L’Exposition à La Cinémathèque française © Stéphane Dabrowski / La Cinémathèque française.

En réalité, la Cinémathèque a pris le parti de mettre en avant l’homme aux multiples talents de dessinateur, peintre, vidéaste, photographe, inventeur de sculptures bigarrées et stupéfiantes.  Elle nous ouvre les portes de son atelier d’artiste. En guise d’accueil, une série de très grands tirages Polaroïd exhibant des vampires, des jambes cicatrisées (Morceaux de Sally), des cactus avec des yeux… Tim Burton part d’objets et de sujets existants et les détourne de manière singulière et morbide. Plus loin, une immense pièce aborde son univers par thème (femmes, hommes, enfants, créatures, clowns, pirates…) respectant toutefois une chronologie.

Impossible en effet de faire l’impasse sur sa jeunesse (années 50-60) à Burbank, dans la périphérie de Los Angeles, qui constituera le fil directeur de toute son œuvre. C’est en effet en réaction à son quotidien dans cette banlieue ouvrière et à son environnement puritain qu’il se construit un univers. A cette époque, il s’engouffre dans les salles de cinéma, regarde des films de monstres et voue un véritable culte à Vincent Price à qui il rendra hommage dans son court-métrage Vincent.  Il aime les contes, les fables, sûrement, parce qu’il a toujours aimé «regarder les choses et en donner sa propre interprétation*».

La variété des croquis et dessins exposés redonne toute la dimension à cet Artiste, plus connu comme cinéaste. Tim Burton jongle avec les formes, étire, déforme, gribouille, exagère, défie, effraie, interroge, crée la confusion… ose, en fait. Tellement d’ailleurs que ses relations avec les grands studios hollywoodiens sont compliquées (dans quelle catégorie ranger cet anticonformiste ?).  Au-delà des dessins, une multitude de petites créatures étranges offrent une autre facette de Tim Burton : le petit enfant huître, la fille à plusieurs regards, le garçon avec les clous dans les yeux…

Sally. L'étrange Noël de Monsieur Jack. 1993. Polaroïd. Collection privée. 2011. Tim Burton.

Ce que Burton aimait plus que tout chez Fellini était précisément qu’il «créait des images parfois dénuées de sens mais toujours animées d’une émotion» : c’est précisément ce qui réunit ces œuvres purement et simplement touchantes. Chez Tim Burton c’est comme une obsession : «Une image doit véhiculer une émotion», explique-t-il.

Pour lui, le «non-dit», c’est la magie du cinéma. En deux coups de crayon, Burton parvient à animer le regard de ses créatures (Victoria des «Noces funèbres», Sally de «L’étrange Noël de Monsieur Jack»…) et pour réaliser ses films, il privilégie la technique de l’animation image par image (les techniciens articulent les figurines à la main).

L’espace dédié aux noces funèbres est particulièrement réussi, celui de «L’étrange Noël de Monsieur Jack» (à mes yeux sa plus belle création), trop peu mis en valeur, mais au final, on touche du doigt la matière qui a servi à faire naître tous ses chefs d’œuvre : du jubilatoire Pee Wee Big Adventure, en passant par Hansel et Gretel, Batman, Mars Attack, jusqu’à Edwood (le plus mauvais réalisateur de tous les temps), Edward aux mains d’argent, Alice au pays des merveilles, ou encore Sleepy Hollow. On le savait et l’exposition nous conforte dans cette idée : Tim Burton est un monstre de créativité qui a réussi plus que tout autre cinéaste à nous emmener sur sa galaxie.

*Tim Burton. Entretiens avec Mark Salisbury (Sonatine Editions).

Le site de l’exposition.

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