Deux oeuvres majeures aux enchères à New York

La France dit-on, s’est récemment émue d’un bonus de 16 millions d’euros qu’un chef d’entreprise allait empocher rétroactivement pour son travail. Tout est relatif. Lors de la dispersion aux enchères de la collection Pincus qui aura lieu les 8 et 9 mai prochain à New York, la toile Orange, Red, Yellow, réalisée par Mark Rothko, devrait être cédée au minimum entre 35 et 45 millions de dollars. A ce niveau, il faut travailler plus pour surenchérir plus.

Sachant qu’en 2007 une autre œuvre de Rothko (Yellow, Pink and Lavender on Rose) issue de la collection David Rockfeller s’était envolée à 72,8 millions de dollars, l’estimation de la prochaine semble volontairement sous-estimée pour évoquer après-coup quelque chose comme un nouveau record.

Mark Rothko. "Orange, Red, Yellow". Image via Christie's.

La peinture de Mark Rothko (1903/1970) peut se définir par le raffinement des rapports chromatiques que l’artiste a proposé après-guerre sur ses toiles après avoir débuté dans le figuratif, l’expressionnisme et l’automatisme surréaliste (soit l’automatisme psychique exprimé selon André breton). Cela en fait un pilier de ce que l’on a appelé le mouvement de la color-field-abstraction.

Christie’s a par ailleurs présenté le 6 avril dernier à Paris une œuvre d’Yves Klein (1928/1962) qui sera mise aux enchères à New York aux mêmes dates que Rothko. L’inventeur, brevet à l’appui, de l’International Klein Blue a réalisé en 1962 une œuvre incandescente intitulée FC1 (Feu Couleur) que Christie’s se fait fort de vendre autour de 40 millions de dollars, une estimation qui est en soi une sorte de record. A noter que dans ce cas aussi le bonus de notre chef d’entreprise est toujours très en dessous de la ligne d’accueil.

FC1 regroupe selon la maison de vente «tous les éléments emblématiques» inventés par Yves Klein, soit «l’anthropométrie, la peinture de feu, le bleu IKB et le pigment rose». Dans son communiqué, Christie’s évoque joliment «l’image éthérée de deux silhouettes féminines semblant danser et disparaître, absorbées par les flammes».

FC1 en cours de réalisation. Image via Christie's.

FC1, c’est toute une aventure technique, réalisée juste avant sa mort, au Centre d’essais de Gaz de France à la Plaine Saint-Denis. Ainsi, après avoir enduit un corps féminin de peinture et d’eau, il transfert l’empreinte de ce corps sur du papier avant de finir le travail avec un chalumeau industriel de 40 kilos. «La portée conceptuelle de la pensée d’Yves Klein m’échappait», témoigne Elena Palumbo-Mosca son modèle favori, qui avait néanmoins l’impression de vivre avec FC1 «un événement exceptionnel dans l’histoire de l’art». Pour Yves Klein, le feu est «un principe d’explication universel» qui réunit le bleu, l’or et le rose «trois couleurs de base de la peinture monochrome». L’artiste est décédé d’une crise cardiaque l’année de son mariage et de la naissance de son fils.

Yves Klein. FC1. Image via Christie's.

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2 réponses à Deux oeuvres majeures aux enchères à New York

  1. Pierre DERENNE dit :

    Barthes parlait en matière d’art, de « durée contemplative et délectative ». Ici c’est plutôt Picsou dont il s’agit…

  2. Vous n’avez pas tort cher lecteur et même je vous approuve. Mais le marché a aussi un rôle positif. Merci de votre réaction et de votre fidélité à nous lire quoiqu’il en soit. PHB

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