2012, l’odyssée photographique de Stanley Kubrick à Bruxelles

Stanley Kubrick prétendait que le métier de cinéaste ne requérait pas de compétences particulières à condition d’avoir été photographe auparavant. Et quel photographe ! Les musées royaux de Bruxelles consacrent en leurs murs une superficie généreuse et justifiée aux photographies de celui qui sera plus tard le cinéaste exceptionnel que l’on sait. En outre, la disposition scénographique, par sa luminosité très étudiée, contribue à faire de cette exposition et de son écrin, un genre de chef d’oeuvre.

Très jeune, Stanley Kubrick se voit offrir un appareil photographique par son père. En 1945 (il est né en 1928), il vend sa première photo pour 25 dollars au magazine Look, qui l’engage. Ce sont ses tirages les plus représentatifs que l’on peut voir jusqu’au 1er juillet à Bruxelles.

La plupart des reportages racontent une histoire, que ce soit celle d’un boxeur ou d’un cireur de chaussures. Dans ce dernier cas, le photographe a construit tout un ensemble autour de Mickey, un garçon de 12 ans qui travaille comme cireur de chaussures après l’école pour aider ses frères et soeurs. On voit Mickey guettant le client juché sur sa boîte à cirage et on le découvre au sommet d’un immeuble élevant ses pigeons. A lui seul, ce travail réalisé en 1947, vaudrait le déplacement à Bruxelles. A elle seule, cette série dévoile la capacité de Stanley Kubrick à faire de chaque photo un résultat saisissant quant au cadrage, quant à la lumière, quant à l’immobilisation d’un instant clé. Nous sommes face à un résultat global parfaitement scénarisé qui fait qu’à la sortie, on peut raconter l’histoire, tout comme si l’on avait vu un film.

C’est en 1949 que Kubrick exécute  pour Look un reportage intitulé «A day in the life of the boxing champion Walter Cartier». Look lui prend 22 photos sur 7 pages  où l’on voit le sportif sur le ring, mais aussi avec son amie, sous la douche ou durant la pesée. Un reportage important puisque deux ans plus tard il réalisera son premier court métrage sur le même thème avec le même personnage et titré «Day of fight». L’exposition nous apprend qu’en quelques heures Kubrick apprend «à maîtriser l’usage d’une caméra 35mm tout en étant à la fois producteur, réalisateur, scénariste, ingénieur du son et caméraman». C’est après ce court métrage qu’il abandonnera totalement la photographie.

On pourrait presque le regretter tant ses photographies charment littéralement les visiteurs en les figeant devant chaque tirage. Une débutante à sa fenêtre, une femme qui marche de dos dans la rue, un couple qui partage une cigarette, une jeune femme chargée de livres descendant un escalier et photographiée en contre-plongée, Stanley Kubrick nous émerveille avec des scènes a priori banales. L’exposition est également jalonnée de courts extraits de son film Killer’s Kiss avec notamment cette scène qu’il arrive à rendre extraordinaire, celle d’un homme qui voit par sa fenêtre une femme s’apprêtant à se déshabiller et qu’une sonnerie de téléphone dérange au moment crucial.

Il y a là de quoi se divertir  au sens fort du terme une bonne heure, ce qui est rare pour une exposition de photographies. A la fin (ou au début) du parcours on peut voir quelques exemplaires du magazine Look ou son travail est publié. Entre autres choses il y a ce reportage original réalisé par Kubrick qui présente uniquement des patients dans l’antichambre d’un dentiste et rêvant visiblement d’ailleurs. La qualité d’impression y est très moyenne mais cette variation sur le même thème accroche quand même comme une sacrée trouvaille.

Soulignons encore une fois le travail scénographique de cette exposition qui met si bien en valeur le talent de Stanley Kubrick photographe et qui justifie absolument le déplacement à Bruxelles.

Une scénographie parfaitement réalisée.

Le site des Musées royaux des Beaux Arts de Belgique.

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Une réponse à 2012, l’odyssée photographique de Stanley Kubrick à Bruxelles

  1. Bruno Sillard dit :

    Ils ne sont pas beaucoup les auteurs dans le cinéma, dont on peut reconnaître les films, uniquement par l’image. Orson Welles bien sûr, le découvreur des plafonds, avec ses caméras en contre-plongées. Lelouch avec sa caméra mobile, mais les scénarios ne suivent généralement pas. Ozu avec sa camera à ras les baguettes. Tati et ses panoramiques…
    Difficile de ne pas oublier les plans larges mais pas déformés de Kubrick, sa lumière blanche, le QG de Docteur Folamour, l’astronaute qui court dans la station spatiale de 2001, le vélo du môme dans les couloirs de l’hôtel de Shining, le travelling de la fin du Full Metal Jacket…
    Je ne savais pas qu’il avait démarré par la photo. Merci de nous le rappeler !

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