Peer Gynt court toujours

Avec le personnage de Peer Gynt, créé en 1867, Henrik Ibsen nous offre un formidable récit à travers le temps et les continents, une longue course-poursuite d’un ange contre son ombre d’enfant, d’homme, puis de vieillard. Eric Ruf à la mise en scène et la troupe de la Comédie Française rendent aujourd’hui justice à cet anti-héros au Grand Palais.

Peer Gynt a toute sa vie menti à tout le monde, et surtout à lui-même. Tour à tour chenapan bagarreur, marchand d’esclaves, séducteur de la fille du roi des trolls, il n’a pas un instant pour reprendre son souffle. Bon gré, mal gré. Mais à quoi bon, le fondeur de boutons le harcèle finalement, et Peer Gynt, dans une scène simplement poignante, aura beau éplucher scrupuleusement l’oignon comme pour trouver un sens à la vie, il n’y trouvera nul noyau.

Peer Gynt. Photo: Brigitte Enguérand

Les comédiens, faut-il le préciser sont admirables, de Catherine Samie, «mère universelle pour la troupe» selon Eric Ruf, à Hervé Pierre caméléon pour le rôle-titre. Mention spéciale pour Suliane Brahim en Solveig lunaire.
Une vie si tourmentée ne se balaie pas rapidement, le tout dure tout de même 4h45 avec deux entractes. Si le spectateur n’échappe pas à quelques instants d’ennui, ces heures passent bien vite, grâce aussi aux costumes signés Christian Lacroix, et même si la mise en scène reste sage.

Peer Gynt. Photo: Brigitte Enguérand

L’écrin choisi par la Comédie Française pour ce récit au long cours, le Salon d’Honneur du Grand Palais, est, enfin, lui aussi remarquable. La Salle Richelieu se refaisant une beauté en profondeur, la troupe sort ainsi de ses murs au-delà du très solide Théâtre Ephémère au Palais Royal. Mais la visite au vénérable Grand Palais vaut surtout pour le symbole de la réouverture du salon au public après plusieurs dizaines d’années de fermeture. Car si l’affiche est prestigieuse, à n’en pas douter, le résultat n’éblouit pas. Eric Ruf a bien utilisé au sol la grandeur de la pièce pour y installer un long décor aride et onirique, mais le plafond reste bien inutilement lointain. A vrai dire, ce n’est rien, car la verrière est occultée et les grands murs sont peints de gris taupe et de blanc, aucune dorure ne vient perturber le regard. L’attention reste fixée au sol, peut-être du fait de contraintes techniques. Les aventures de Peer Gynt nous y occupent suffisamment.
L’installation des fauteuils en deux rangées de gradins qui se font face est astucieuse. Sauf si par hasard (bien sûr, par hasard) on se divertit à surprendre un spectateur endormi (bon, pendant cette longue soirée, on passe l’éponge pour ces quelques malheureux). Ou si on se surprend à chercher du regard une belle blonde. Une Norvégienne, bien sûr, pour lui causer du pays, de ses fjords et de la folle inventivité de ses auteurs dramatiques.

Embarquement immédiat pour le récit d’une vie

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