A la BnF Richelieu, les photos de Wiktin lassent, heurtent ou séduisent

Il y a cette toile de Diego Velasquez, peinte en 1656 intitulée « Les Ménines » (Las Meninas)et quelque 350 ans plus tard, on peut voir la même scène à la Bnf Richelieu, revisitée par le photographe américain Joel-Peter Witkin. Ses œuvres composites sont encore exposées jusqu’au 1er juillet. Obsessionnelles, elles peuvent déranger un brin.

Les premières photographies qui débutent la scénographie dont un autoportrait, ne font pas office d’avertissement. L’atmosphère reste correcte et même plaisante. Mais passé les premières cloisons on entre dans le dérangeant. Beaucoup de corps de femmes nues avec des sexes d’hommes se déclinent sur de nombreux tirages à moins que ce ne soit des hommes avec des bustes de femmes. Chez Witkin tout semble interchangeable et le thème se répète, obsessionnel  jusqu’à risquer la lassitude. S’y ajoutent plusieurs scènes explicitement sexuelles avec des animaux. Il est bien clair que l’œuvre de Witkin n’est pas là pour mettre le visiteur à l’aise.

Derrière chaque photo il ya un gros, gros travail de réalisation qui débute à partir d’une esquisse crayonnée. La prise de vue dure une demi-journée et ne mobilise qu’un seul film. Tous les coups sont permis à l’exception de la photo simple. Et cela donne  une œuvre somme toute plutôt homogène dans son traité et ses sujets, avec des références apparentes qui vont de Velasquez à Bosch en passant par Arcimboldo et jusqu’à Tim Burton. Le noir et blanc est l’une des constantes de l’ensemble.

Les "Ménines" revisitées par Witkin à la BnF Richelieu. Photo: Les Soirées de Paris

De cette toile de Velasquez  quand même incroyablement retravaillée, à cet étrange, beau et saisissant portrait de femme qui vous accueille dès l’entrée, il y a de quoi se sentir interpellé plus d’une fois. Le «woman once a bird» est d’une brutalité à même de provoquer au réflexe un demi-pas en arrière. Le beau est rare chez Joel-Peter Witkin, au profit de l’étrange, d’un certain surréalisme parfois mâtiné de sadomasochisme comme ce corps d’homme allongé dont les testicules sont étirés par une chaîne fixée au plafond. Ne cherchez pas Blanche-Neige dans cette exposition où alors vous risquez de la trouver naine, balafrée et menacée par un bouc en rut. Inutile d’emmener les enfants.

Joel-Peter Witkin est photographe parce qu’il pense, a-t-il confié aux Chroniques de la BnF, qu’il «a un don» et que c’est sa «vocation dans la vie». Toujours dans le même recueil, il estime qu’il y a toujours une «dimension spirituelle» dans ses œuvres et qu’il s’agit «toujours de morale». A chacun de juger.

A noter que l’une de ses photographies les moins étranges a pour titre (ou commentaire) «La terre est bleue comme une orange», la phrase introductrice, pleine de grâce et de magie, d’un poème que le poète Paul Eluard a composé en 1929. On saura gré à l’organisateur de cette scénographie  de terminer sur cette note d’espoir un peu douce à côté des Ménines recomposées. Pardon d’être un peu lapidaire dans le commentaire mais les vrais trésors sont au début et à la fin. Entre les deux ça frictionne mais, pourquoi pas en fin de compte, il paraît que ça fait du bien à la peau.

La BnF Richelieu se trouve 5 rue Vivienne dans le deuxième arrondissement. Jusqu’au 1er juillet.

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2 réponses à A la BnF Richelieu, les photos de Wiktin lassent, heurtent ou séduisent

  1. FMaurel dit :

    « 50 ans plus tard » : vous vouliez sans doute écrite « 350 ans » ?

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