Les peintures de Survage rafraîchissent Collioure

Léopold Survage disait savoir que son premier souvenir remontait à seulement un an près sa naissance. «Une bande étroite et scintillante au loin, entrecoupée par des raies verticales noires qui se réunissaient en haut à une voûte sombre». Il apprendra plus tard qu’il était alors en train d’apprendre à marcher retenu par une serviette passée sous les bras que tenaient ses parents. C’est cet homme, apprécié en son temps par Guillaume Apollinaire, que le Musée d’Art moderne de Collioure (Pyrénées Orientales) expose jusqu’au 30 septembre.

Né en 1879  à Moscou, Léopold Survage  a eu plus de chance qu’Apollinaire (1880/1918) puisqu’il a connu l’année 1968, soit une longévité comparable à Picasso. Ce sont assez logiquement les «années Collioure», entre 1925 et 1932, qui ont intéressé ce petit musée situé sur la route de Port-Vendres à quelques lieues de la frontière espagnole.

Juste au-dessus d’un milieu balnéaire comme partout régressif et singulièrement abrutissant aux heures les plus chaudes, cette exposition est une aubaine de fraîcheur et d’intelligence picturale. A Collioure, Survage n’a pas fait bêtement du «motif». Il s’est essentiellement attaqué aux personnages que l’on pouvait y croiser à l’époque en leur donnant tout à la fois une dimension mythologique et moderne.

On peut retrouver dans les œuvres exécutées  à Collioure des traces liées aux courants auxquels s’est frotté l’artiste dès 1908 à Paris. A tort ou à raison, le cerveau du visiteur peut alors très vite sortir ses fiches Matisse ou Picasso comme une sorte de prisme instinctif qui lui servirait de lunettes. Mais ce qui est bien agréable en fin de compte, c’est de se rendre compte que Survage, grâce notamment à une forme de scénario qui ressort de chaque œuvre en surimpression, donne à ses toiles un style propre, parfaitement convaincant.

« La dispute » de Léopold Survage au Musée d’Art moderne de Collioure. Photo: Les Soirées de Paris

Mates, à la limite du terne, ses peintures séduisent en effet par l’intelligence créative de la composition, de la mise en scène, de la force symbolique et surréaliste parfois. Différents cadrages se croisent et se superposent comme dans «une femme à sa fenêtre». Les perspectives sont finement défiées et certaines épures (La dispute notamment ) sont si réussies qu’elles évoquent à la fois un collage et un trompe-l’œil. Et le regard s’en satisfait lorsqu’il n’est pas conquis.

C’est en 1914, dans le dernier numéro des Soirées de Paris (26 et 27) et sous la plume d’un certain Lépold Sturzwage qu’un article est d’ores et déjà consacré à la notion de « rythme coloré  » qui devait préfigurer une sorte de cinéma abstrait (la ciné-peinture) par une répétition d’images qui auraient créé le mouvement. Et en 1917, Apollinaire et Les Soirées de Paris (qui ne paraissent plus depuis le début de la guerre) organisent une exposition pour Léopold Survage et Irène Lagut. Le catalogue contenait des calligrammes du poète.

Il y aurait trop à dire sur Léopold Survage lequel, par-dessus le marché, entretint une relation amoureuse avec la baronne Hélène d’Oettingen qui contribua aux Soirées de Paris de différentes façons. Difficile de ne pas le préciser dans cette revue qui lui doit beaucoup mais le mieux, pour l’amateur qui se déciderait à aller au musée de Collioure, serait de ne pas tenir compte du pedigree du peintre et d’embrasser ses œuvres telles qu’elles se présentent, afin de profiter au maximum de leur éclat de fraîcheur, de leur ingéniosité picturale (il faisait tenir une ville et ses intérieurs en une seule toile s’étonnait Apollinaire) et de leur inspiration bienfaisante.

Jusqu’au 30 septembre

« Une femme à sa fenêtre » par Léopold Survage. Musée d’Art moderne de Collioure. Photo: Les Soirées de Parise.

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2 réponses à Les peintures de Survage rafraîchissent Collioure

  1. de FOS dit :

    Dommage que ce soit si loin !

  2. Ping : Accordez-moi une baronne d’urgence | Les Soirées de Paris

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