Bande de petits cochons

Vous voilà tous, mateurs amateurs, voyeurs de passage à la curiosité aiguisée par la lecture de ce titre, «bande de petits cochons». Vous voilà prêts pour des aventures inédites vers des horizons lointains où tout semble possible, jusqu’à réveiller la bête sauvage aux crocs acérés qui sommeille en vous. Bon voyage, vous n’allez pas être déçus.


Mais pardon, je me rends compte à quel point l’entame de cette chronique a pu induire en erreur les plus coquins. Rappelez les enfants, petits et grands, disons à partir de cinq ans. La bande de petits cochons dont il est ici question est celle du conte populaire connue de tous et dont l’origine remonte pour ainsi dire à la nuit des temps. «Les Trois petits cochons» à croquer débarquent en chair et en os au Studio Théâtre de la Comédie Française, ils y grognent jusqu’au 30 décembre (hâtez-vous, il n’y en aura pas pour tout le monde). Le spectacle est un régal tant il nous rappelle fort justement que «tout est bon dans le cochon, du groin jusqu’au jambon». Voilà bien une succulente récréation familiale au cœur de l’automne, concocté avec tout le savoir-faire de la maison de Molière.

Photo: Cosimo Mirco Maglioca

Le spectacle nous plonge dans le rêve, avec humour et poésie. La morale de cette histoire n’étant pas que tous les hommes sont des cochons mais que l’homme est un loup pour l’homme, la pièce n’omet rien de la cruauté de l’existence, du chemin vers l’inévitable fin
tragique.

«Les loups mangent les petits cochons, c’est triste mais c’est naturel» nous rappelle-t-on. L’adaptation du conte par Marcio Abreu et Thomas Quillardet et la mise en scène de ce dernier nous offrent un voyage fabuleux, de la ferme d’où la vieille truie chasse ses enfants à la veille de passer à la casserole, jusqu’aux maisons de paille, de bois puis de fer. Au gré d’une bande-son au poil si j’ose dire, très rock and roll.

L’interprétation est au niveau, cinq membres de la troupe s’y attèlent, qui s’amusent sur scène et nous entraînent. Serge Bagdassarian  campe à merveille un boucher amoureux de sa viande de porc et, surtout, un loup irrésistible, impeccable de cruauté. Il est sans conteste «le gras, le grand, le méchant loup». A ses côtés, Bakary Sangé est tout aussi remarquable en «vieille truie» et dans la peau d’un bien étrange personnage, Claude, qui accompagne les «enfants».

Viennent ensuite trois petits cochons (Julie Sicard, Marion Malenfant, Stéphane Varupenne), avec une queue en tire-bouchon pour tout véritable déguisement, mais l’illusion est réelle. Ils mangent effectivement comme des petits cochons mais ne perdent jamais espoir.
Quand bien même l’un d’eux se désole d’«avoir la saudade». Imaginez-vous un peu une sociétaire de la Comédie-Française campant un petit cochon confessant «avoir la saudade», cette douce mélancolie mêlant regret du départ et quête du bonheur.

Pour trouver la bonne maison, rendez-vous au Studio Théâtre de la Comédie-Française

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