La fanfare vous déshabille, une fois

Le cinéphile : Il n’y a pas pire ennemi  qu’une caméra qui s’invite comme l’amie de la famille. La pire est même celle qui arrive à se faire oublier. Je pense à Strip Tease (vous déshabille – le sous titre à son importance) qui passe en ce moment le dimanche soir sur France 3 et qui a fêté le 6 novembre dernier ses vingt ans. Une impressionnante brochette de caractères qu’aucun commentaire, ni musique ne trouble, ni ne détourne, sauf, bien évidemment l’entêtante musique du générique jouée par une fanfare. Portraits de grandes espérances dont on devine qu’elles sont déjà perdues. Il sort à l’occasion de cet anniversaire un coffret de trois DVD et quinze scènes de vie glanées depuis les origines de la série franco-belge.

Le téléspectateur : On a l’impression que parfois les personnes filmées soit en font trop, soit se font violer leur dignité. Le cinéphile : Leur seule erreur est sans doute de s’être laissé convaincre d’ouvrir leur porte à l’équipe de Strip Tease.

Le téléspectateur : Mais est-il facile de dominer ses émotions, face à la caméra ? Le cinéphile : Pas sûr, on croît envoyer une image de soi et nous découvrons une autre image qui n’est pas du tout celle que l’on attend. Dans Strip Tease, on ne règle rien, l’individu est nu,  enfermé dans ses propres colères ou ses propres rêves, même si quelque part est sous-tendue la quête du fameux quart d’heure de célébrité de…truc chose.

 

Capture d’écran du générique de Strip Tease

Le téléspectateur : Andy Warhol. C’est quoi un bon documentaire ? Le cinéphile : J’en reviens à Strip Tease

Le téléspectateur : Nous déshabille… Le cinéphile : Nous déshabille, merci. Contrairement à 99% de ce que l’on voit à la télévision, la caméra tourne sans garde-fou. Depuis vingt ans, la mise en image de la compagnie des hommes s’est généralisée. Internet, le mobile que l’on dégaine, les  chaînes bouffeuses de reportages. Mais que  montrent-elles? Le spectacle préréglé de la télé réalité; les même images en boucle de l’évènement du jour ou un commentaire omniprésent en guise de prêt à penser, plan de coupe en prime toutes les quinze secondes ou pire encore, le journaliste qui accapare l’écran, genre je suis tout seul, vive l’aventure… même si de l’autre côté de l’écran  l’opérateur, le preneur de son, l’assistante ou la maquilleuse sont tout à son service.

Le téléspectateur : Hum, et l’image donnée dans Strip Tease serait la seule fidèle ? Le cinéphile : Un des « pères » de ce style de reportage est est le cinéaste américain Frederick Wiseman. Son travail reposait sur l’absence d’interviews, de commentaires off et de musiques de fond pour privilégier un lent apprivoisement des personnes à la caméra, jusqu’à ce qu’elles ne la remarquent plus. Un de ses premiers films en 1970, Hospital, montre la vie quotidienne du Metropolitan Hospital à New York. Le genre « urgences » a depuis fait école.

 

 

Capture d’écran du générique de Strip Tease

Le téléspectateur : Une minute, je vais nous chercher des bières et m’asseoir confortablement dans le fauteuil, je sens que l’on n’est pas couché. Le cinéphile : Ce genre est redoutable et le droit de réponse est difficile. Raymond Depardon dans les années soixante-dix s’inscrivait dans cette même école du reportage. On ne peut pas dire qu’il ait eu beaucoup de chance avec l’Elysée.

Avant la photo ratée de François Hollande, Valery Giscard d’Estaing lui avait proposé de suivre sa campagne pour la présidentielle de 1974. Giscard n’aima pas le résultat et bloqua longtemps la sortie du film qui s’appelait 1974, partie de campagne. Pourquoi ? Giscard était un homme moderne certes, mais pas encore habitué au miroir cruel d’une image laissée à cru. En 77 s’est au tour de Claude Perdriel d’ouvrir à Depardon, les portes d’un Matin de Paris en pleine ébullition qui préparait son premier numéro.

Pour se faire plus discret,  Depardon filma seul avec un micro placé sur la caméra. Tu devines la suite, il devra attendre trois ans pour que le patron du journal, Claude Perdriel accepte la diffusion du Numéro 0  et le film ne sortit sur les écrans français qu’en 1980. Tu vas me demander ce qui  rapproche un Président qui se voulait moderne et un directeur de la rédaction de gauche opposé par principe à toute censure ?

Le téléspectateur : Moi ?  Euh non. Le cinéphile : Et bien, tout simplement la vision rendue insupportable de leur propre jouissance du pouvoir.

 

Capture d’écran du générique de Strip Tease

Le téléspectateur : Maintenant, tu le disais toi-même, on est familiarisé avec l’image. Le cinéphile : Jean-Luc Godard dans un film Ici et ailleurs s’interrogeait à propos d’une photo de reportage, sur les camps de Palestiniens je crois, «est-ce une image juste, ou juste une image 

Le téléspectateur : Mais montrer un jeune paysan qui n’a pas inventé le fil à couper le beurre tomber amoureux de jeunettes venue d’Europe centrale que ses grands-parents lui envoient,  n’est-ce pas du voyeurisme ? Le cinéphile : Peut-être est-ce vouloir comprendre le monde tout simplement !

Voir le fameux générique de Strip Tease filmé par Bruno Sillard

Strip Tease/Coffret de trois DVD, vol 16,17 et 18/25 euros.

Et aussi/Yves Montand de toujours / Olympia 81/2 DVD, 20 euros

Rares sont les chanteurs qui « survivent » à leur propre mort, Brassens , Barbara bien sûr… Montand assurément. A signaler, un double DVD inédit, avec l’intégrale de son dernier récital en 1981. On retrouve Yves Montand sur l’autre DVD,  au fil de sa carrière et d’extraits d’interview et surtout un trentaine de chansons intégrales. On le revoit avec une douce nostalgie. Je me souviens de cet Olympia…

http://.editionsmontparnasse.fr/

 

 

 

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