Tour de Piste, touchant récit d’une vie ordinaire

La vie est un long fleuve tranquille, dit-on, comme pour se rassurer sans doute du manque de remous de nos modestes existences. Du rire aux larmes, le Tour de Piste présenté actuellement au Petit Théâtre de Paris donne avec brio du relief à nos petits riens quotidiens.

Si la vie n’est que ce «tour de piste» mené trop brièvement, elle nous laisse assurément le temps d’espérer meilleure fortune.

Sur le texte de Christian Giudicelli, Stéphane Hillel campe ici seul en scène, avec pour seule compagnie une chaise, un personnage attachant. Le comédien (par ailleurs directeur artistique du Théâtre de Paris, dont le «Petit» théâtre est la salle annexe) nous entraîne avec une jubilation toute en finesse à travers l’existence de Chris, de la naissance jusqu’à l’Au-delà.

Tour de piste. Extrait du spectacle. Capture vidéo

Toute une vie en une bonne heure, rien de moins, c’est le parcours que nous propose en effet le spectacle. Enfant unique, jeune homme poète, Chris deviendra instituteur (avec tout le respect de l’auteur pour la profession, naturellement), époux marri (chacun trompant sa lassitude comme il peut), père dépassé (ah, ce fils pianiste virtuose qui préfère les garçons et s’enfuit pizzaïolo à Los Angeles !), grand-père maladroit. A chaque étape, les rêves cèdent la place à la résignation. Chris confesse sans peine que «chaque fois qu’on a mal on crie, quand on est heureux aussi, le reste du temps on se tait parce qu’on s’ennuie».

Mais ce qui pourrait n’être qu’un suicide théâtral (venir au théâtre pleurer sur son propre sort, quelle barbe pour le spectateur !) se révèle être un spectacle touchant par la grâce du texte et de l’interprétation. Stéphane Hillel saute d’un personnage à l’autre avec aisance et sobriété, donne beaucoup tout en s’économisant, il est comme un Philippe Caubère assagi (mais cela n’est pas prêt d’arriver). Ce n’est pas la tristesse qui l’emporte, mais un enchantement mélancolique qui nous saisit dès les premiers instants pour ne plus nous lâcher. La vie est belle, il faut s’y résigner.

 

 

En piste !

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