Les quatre points cardinaux

1.- L’ascension. L’Italien a le sens du théâtre, et on le voit avec l’élection de Beppe Grillo, il n’aime pas s’ennuyer. Parfois il arrive même que la réalité dépasse la fiction. J’ai regardé à la télévision l’hélicoptère décoller et offrir un dernier tour du Vatican vu du ciel à Benoît XVI.  L’ex pensait sans doute à plein de choses mais pas forcément aux premiers plans de «la Dolce Vita» de Fellini. On y voit une immense statue du Christ survoler Saint Pierre de Rome, suspendue à un hélico.

2.- La longue vie d’une langue morte. Question de prescience incroyable, le film de Nanni Moretti, «Habemus Papam» se pose également là quand il filme derrière les portes de la Chapelle Sixtine le désarroi des cardinaux  face à un Pape qui ne veut plus l’être. Il est ordinairement difficile d’aller visiter la chapelle Sixtine. Même tôt, il faut affronter une queue de plusieurs heures, sauf si l’on est Cardinal, dans certain cas de figure, ou journaliste, mais il faut insister quand même. Pour remercier le contrôleur à l’entrée, si l’on est cardinal on peut toujours faire baiser son anneau ou si l’on est journaliste, donner une tape amicale de la main gauche sur l’épaule droite.

Tout un mur de la Sixtine est consacré au Jugement dernier. Des morts, pas des mortes, pour son élection, le Pape  démarre d’un mauvais pied. Le latin restera le vainqueur de la bataille secrète qui a déjà commencé au Vatican, seule une journaliste a su décrypter sur l’instant la démission du Pape. Je l’imagine excitée comme une puce, devant le regard endormi de ses collègues. J’imagine aussi Benoît XVI parlant un langage châtié avec un accent de charretier. En effet du latin de la Rome antique, il nous reste d’un côté les textes et de l’autre, l’habitude qu’avaient les romains d’écrire des graffitis sur tous les murs. Une écriture souvent phonétique relevée sur les façades de Pompéi.

3.- Un plat de pâtes. C’est donc décidé je retourne à Rome. A y repenser, à chaque fois que j’y suis  allé, j’ai toujours croisé le Pape. Jean Paul II puis Benoît XVI. Pas un regard, pas un salut, pas très chaleureux, mais enfin quand même. Une fois, du bout d’une rue, je regardais un coursier gesticulant devant un policier qui l’empêchait de passer avec son scooter. Jean-Paul II donnait une messe dans une église plus loin. Plus tard, le temps de remonter la rue, je passais devant le policier et le coursier toujours gesticulant. Arrivé devant l’église, je me retournais, ils continuaient de s’invectiver.

J’avais faim. Je ne sais trop pourquoi la fin du film « le Pigeon »  de Mario Monicelli remontait en ma mémoire. Il est sorti en 1958, le néoréalisme italien cédait petit à petit la place à la comédie italienne, mais où on savait toujours donner une âme aux quartiers populaires. Une bande de chômeurs dont Vittorio Gassman ou Marcello Mastroianni, veulent voler le coffre fort du Mont-de-piété… mais ils démolissent le mauvais mur et se retrouvent dans une cuisine. Un plat de pâtes aux poix chiches va leur faire oublier le pourquoi de leur visite. Succulent…

4.- Bénédiction. Un dimanche, une petite foule attendait sur la place Saint-Pierre, la bénédiction dominicale donné par Benoît XVI depuis ses appartements. Une chose m’étonnait, l’ambiance était peu recueillie, tout le monde téléphonait. Enfin le Pape parut à sa fenêtre pour bénir les congrégations qui de passage à Rome, avaient laissé leur nom pour être bénie en public. Et là je compris, les téléphones étaient brandis pour attraper au vol la bénédiction papale.

 

Scène du début de la Dolce Vita, un hélicoptère trimbale une statue du Christ jusqu’au Vatican

La scène finale du Pigeon  de Mario Monicelli

Haemus Papam de Nanni Moreti … enfin presque.

 

 

 

 

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Une réponse à Les quatre points cardinaux

  1. de FOS dit :

    Très réjouissant commentaire et approche originale de l’évènement dont toute la planète parle. Saluons, entre autres, la mémoire cinématographiques de Bruno !
    J’avais oublié le précédent de l’hélico. Je trouve la photo belle et la ressemblance saisissante… Après coup, c’est facile !
    Catherine P, la journaliste « excitée comme une puce » ? C’est drôle, je ne l’imagine pas. Pas plus que I de G, d’ailleurs… Alors là, cela va être dur de répondre… Et je ne vais pas me contenter d’une pirouette !

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