Carousel, histoire d’un hymne

Le rêve américain prend à nouveau ses aises au Théâtre du Châtelet, qui poursuit inlassablement avec bonheur son inventaire du patrimoine du musical de Broadway. Place actuellement, jusqu’au 27 mars seulement, à Carousel. Etonnant manège que cette pièce où les chevaux de bois portent avant tout la désillusion, la peine et la mort. Le rêve américain est à ce prix.

Mais ce rêve résiste à tout outre-Atlantique, et l’espoir fait vivre, tout du moins dans cette romance malheureuse, mythique chez nos cousins d’Amérique. Créée en avril 1945 à New York, Carousel surgit alors dans un contexte évidemment marqué par l’attente anxieuse de retour au bercail de ces G.I. envoyés sauver le monde en Europe ou en Asie. Miroir d’un indéfectible optimisme, Carousel est surtout l’histoire d’un hymne très populaire dans le monde anglo-saxon, « You’ll never walk alone ». Il peut vous tomber sur la tête tous les malheurs du monde, la vie continue et vous ne serez jamais seul.

Aux manettes, des maîtres de l’âge d’or de Broadway, Richard Rodgers à la partition, Oscar Hammerstein au livret, qui ont remanié, disons « américanisé », une pièce hongroise de 1909. Résultat, le meilleur « musical » du 20e siècle selon les lecteurs du magazine Time en 2000.

La présente production a été créée en 2012 à Leeds en Grande-Bretagne avec Jo Davies à la mise en scène. Musique, chant, danse, intrigue, décor et jeu des comédiens, tout y est, réglé comme du papier à musique. La chorégraphie de la vie de Louise à l’acte 2 est tout simplement époustouflante.

Kimy McLaren (Julie Jordan) – Duncan Rock (Billy Bigelow) © Marie-Noëlle Robert – Théâtre du Châtelet

La comédie musicale se teinte donc ici de larmes devant les malheurs des anti-héros Julie et Billy, même si à leurs côtés évoluent un « couple secondaire » au bonheur parfait (imaginez, ils auront neuf enfants …).

Dans le luxueux écrin du Théâtre du Châtelet, le pari est réussi, on en ressort triste mais confiant. Il faut pourtant attendre le dernier quart du spectacle, à savoir la seconde moitié du second acte, pour entrer au propre comme au figuré dans l’onirisme, la scène se transformant en effet en paradis, en purgatoire plus précisément. Mais je ne peux en dire davantage. Dès le lever de rideau tout de même, nous voilà plongés dans la Nouvelle-Angleterre du 19e siècle, aux côtés des ouvriers et des pêcheurs, particulièrement des baleiniers. Place à l’entêtant manège, à la séduction, à l’amour, place au vol, à la violence conjugale et au suicide. Bon voyage.

Votre ticket pour les petits chevaux de bois du carrousel  

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