Le singulier Bestiaire de Josep Baqué

Pratiquement inconnu en France, sauf de quelques initiés (il a fait l’objet d’une exposition organisée par le collège de ‘pataphysique en 2007 au Fond’action Boris Vian, ainsi que d’une étude très fouillée de Guy Ciancia et Francine Degand dans la revue de ‘pataphysique Viridis Candela n°1, 8e série),  Josep Baqué n’est pas mieux loti dans sa région d’origine, la Catalogne espagnole. Il est pourtant l’auteur d’une importante et très singulière œuvre qui a déjà intéressé le musée d’art brut de Lausanne ainsi que le musée d’art moderne et d’art brut (le LAM) de Villeneuve-d’Ascq. A Paris, une prochaine vente aux enchères va révéler aux amateurs cette personnalité et ce créateur hors du commun.

S’il fait partie de ces artistes dits « inclassables », lui même n’aura eu de cesse de classer, répertorier, inventorier méthodiquement ses propres créations. Né en 1895 à Barcelone, ayant pas mal voyagé dans plusieurs pays d’Europe, il reviendra en 1928 dans sa ville natale où il occupera le modeste poste d’employé à la police municipale, refusant tout grade ou promotion.

Oeuvres de Josep Baqué. Reproduction: Gérard H.Goutierre

A partir des années 1930, il passera plus de dix ans à imaginer, créer, « fabriquer » consciencieusement, méticuleusement, d’étranges créatures, qualifiées par lui-même de « monstres merveilles et phénomènes rares« .  Le résultat de ce travail mené en solitaire (célibataire, Josep Baqué vivait chez sa mère),  est une impressionnante série de 1500 « animaux, phénomènes rares, bêtes jamais vues, monstres et hommes primitifs« , rassemblés sur 454 planches, chacune comportant de 1 à 8 dessins.

Toutes les techniques sont bonnes pour Josep, qui a découvert les arts décoratifs et l’imagerie populaire avec l’un de ses oncles, employé dans une entreprise d’estampage de textile : aquarelles, gouaches, encre, mines de plomb, rehauts d’or et d’argent. Un inventeur, mais aussi un… « archiviste » : l’ensemble de ce Bestiaire est minutieusement rangé et numéroté selon une méthode propre à l’artiste, suivant les espèces représentées : « Animaux et bêtes sauvages » ; « Hommes primitifs »; « Chauves souris et insectes » ;  » Araignées géantes » ; « Serpents » ; « Escargots, poulpes, seiches, mollusques »; « Animaux à plumes »; « Poissons divers. »

Oeuvres de Josep Baqué. Reproduction: Gérard H.Goutierre

Excepté la série des « hommes primitifs »  dont certaines attitudes font penser à des danses rituelles, les autres spécimens sont présentés avec une apparente objectivité scientifique, comme s’ils étaient le résultat d’une description minutieuse, et non la fruit de l’imagination. Aucun de ces sympathiques monstres (parce qu’aucun d’entre eux n’inspire réellement la terreur !) n’est tout à fait semblable à ceux de sa catégorie. «Il s’agit de fabriquer chaque jour un nouveau spécimen, en bricolant celui de la veille, écrit Guy Ciancia. Ainsi prennent corps ces monstres de papier à la façon des monstres biologiques construits dans les laboratoires« .

L’environnement  géographique de Josep Baqué (Barcelone, ville de Gaudi…) a t-il compté ? Pour tentante que soit l’hypothèse, rien ne permette de l’affirmer. Il est troublant en revanche de constater d’étonnantes coïncidences avec certaines œuvres des surréalistes, en particulier le  peintre cubain célébré par André Breton, Jorge Camacho (décédé en 2011). Les créatures de Josep Baqué seraient en tout cas restées inertes et dormiraient encore dans leurs cartons si le petit neveu de l’artiste, Esteve Freixa i Baqué, n’avait eu l’idée de leur donner vie… en les dispersant.

 

Vente le jeudi 11 avril à 14 h, Drouot Richelieu, Paris ( Société Ader).

Exposition 3 rue Favart les 8 et 9 avril; à l’Hôtel Drouot le 10 et 11 avril.

 

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4 réponses à Le singulier Bestiaire de Josep Baqué

  1. Steven dit :

    Extraordinaire

  2. Bruno Sillard dit :

    Souvent je me lève de bonne heure, tous les esprits de la nuit se liguent alors pour que je quitte mon lit et converse avec eux. Je dois confesser que certaines gouttes que je prends parfois invitent à ma table quelques ombres qui se jouent de moi. Une passe à ma gauche, je tourne la tête. Évidemment elle a disparu, non la voici vers ma main. Un café en général calme ce petit monde. Ce matin, j’ai crû apercevoir un diablotin non loin de ma tasse. Pourtant cela fait longtemps que je n’ai pas pris mes gouttes. Ils ne sont pas dangereux, j’espère ?

  3. hache Joëlle dit :

    J’avais pensé à un poisson d’avril !
    Très drôles ces bestioles !
    Merci GHG

  4. de FOS dit :

    Approche revisitée de l’évolution de l’espèce !

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