Messages en duplex au Jeu de Paume

Au musée du Jeu de Paume, les expositions se superposent toujours. Il y a celle du premier autour du travail de Lorna Simpson et au rez-de-chaussée celui d’ Ahlam Shibli. Dans les deux cas il s’agit d’ensembles photographiques porteurs et émetteurs de messages, mais seule l’expo du rez-de-chaussée a failli virer au vinaigre.

En cause, une série intitulée « death » soit des photographies d’intérieurs de foyers palestiniens dans laquelle on voit ce qui est présenté comme des martyrs de la cause encadrés ou en cours d’encadrement. Ces photos, minoritaires dans un travail bien plus large et plus complexe sur la notion de foyer, ont suscité une émotion telle que des voix se sont fait entendre au point que le musée a dû communiquer afin de déminer la polémique.

Franchement, à bien y regarder, qu’y voit-on. Des gens d’abord et encore des gens dans la catégorie humains avec leurs croyances, leurs excès, le tout à  travers l’objectif d’une photographe laquelle, comme ses confrères et ses consoeurs travaille sans filtre. Y figurent deux belles photos de Naplouse, cela dit sans provocation.

L’affiche de l’exposition. Photo: LSDP

Dans le même ordre d’idées, Ahlam Shibli a par ailleurs photographié des monuments aux morts de la résistance avec à Tulle des intérieurs de foyers d’anciens résistants. Elle a également braqué son appareil sur des communautés d’enfants dans des orphelinats polonais. Tout cela témoigne d’un travail de photographe et rien qu’un travail de photographe. En fait on oublie vite la polémique semble-t-il dissipée depuis, pour s’intéresser au six séries présentées dont une sur les LGBT, acronyme signifiant « lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres ». Tiens là aussi pourtant, il y avait de quoi se fâcher, eu égard aux récents « événements » dans ce domaine. A force, on décèle des polémiques partout.

A l’étage au-dessus, rien de tout ça. C’est peut-être pour ça qu’elle est au-dessus d’ailleurs  l’exposition de Lorna Simpson, car le but de son travail est moins de montrer la réalité que de faire comprendre la complexité d’un propos. C’est à dire de soulever «de multiples interrogations sur l’identité et le sexe, les genres et l’histoire, la race et la classe sociale, le fait et la fiction, le souvenir et le sens des choses». Ca en fait du boulot, dont le résultat, un brin disparate, ne saute pourtant pas aux yeux.

L’homme qui siffle dans la brume, par Lorna Simpson. Photo: LSDP

L’affiche de cette exposition présente une photo qui est en fait une vidéo en boucle assez intéressante, étrange aussi et élégante enfin, dans son traité noir et blanc. A côté de tout un mur de photos de perruques dont on n’a même pas envie de savoir pourquoi il ne nous arrête guère,  on se satisfera davantage de son travail vidéographique comme cet homme qui siffle des sons insolites dans la brume. C’est grand et séduisant. Les hommes qui sifflent leurs angoisses, leur sérénité ou leur joie de vivre ne sont plus si courants. C’est la réflexion que l’on se fait en regardant ce monsieur qui siffle en ayant l’air de se demander s’il y a quelqu’un.

 

Dans les deux cas jusqu’au 1er septembre

 

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