Serge Gainsbourg sur le divan d’Arnaud Viviant

Gainsbourg par Arnaud Viviant. Photo: Philippe BonnetIl est bien qu’Arnaud Viviant ait eu l’idée d’écrire un livre sur Serge Gainsbourg. Ce genre d’initiative ranime heureusement la flamme de ce « personnage français » qu’était le chanteur comme l’écrit l’auteur avec élégance. Peut-être qu’un jour quelqu’un se félicitera de ce qu’un ouvrage post mortem paraisse sur Arnaud Viviant. Mais sur cette échéance nous n’avons pas de renseignements c’est une chance, contrairement à Serge Gainsbourg qui avait donné, dans une interview au journal Libération, une vision prémonitoire de sa disparition voici maintenant plus de vingt ans.

Arnaud Viviant a écrit ce livre sous-titré « ou l’art sans art » en recourant au procédé de l’abécédaire. « B » comme boudins, « C » comme chienne, « J » comme javanaise émaillent un travail revendiqué comme une analyse du travail de l’artiste. L’auteur suggère que Gainsbourg vit toujours puisqu’il « s’insinue dans les rouages et suscite toujours autant de demandes d’adaptation dans le monde ».

Ce décryptage sur un peu plus de cent trente pages est suffisamment aéré pour que l’on y prenne plaisir d’autant que la plume d’Arnaud Viviant n’a pas perdu de son originalité d’approche. Tout au plus pourrait-t-on relever qu’elle est légèrement faussée en raison d’une sympathie et d’une empathie évidentes pour le sujet mais est-ce un défaut, non.

Chaque chapitre est régulièrement précédé d’une trouvaille de Serge Gainsbourg qui n’était pas fauché de ce côté là. On appréciera le « si j’avais à choisir entre une dernière femme et une dernière cigarette, je choisirais la cigarette. On la jette plus facilement ». Ou plus sobrement il disait : « jusqu’à la décomposition, je composerai ».

Gainsbourg sur la couverture d'un double album. Photo: Les Soirées de Paris

Gainsbourg sur un double album. Photo: LSDP

C’est tout le bénéfice de l’analyse que d’aller au-delà de la formule. S’y ajoute la culture d’Arnaud Viviant qui permet de bien situer l’aimable Gainsbourg dans une époque donnée incluant modes et tendances. Les pages de ce livre soulignent encore une fois la personnalité et la créativité hors normes de Gainsbourg, son audace, son goût de la provocation bien sûr mais aussi ses vices qu’il restitue avec une jubilation certaine dans les textes des paroles qu’il chante ou qu’il fait chanter à des bouches ingénues.

Oui cela fait du bien de relire Gainsbourg fût-ce par la procuration d’un biographe analyseur. Nous l’avons tant aimé. Si en empruntant par exemple l’allée d’un parc on se met à fredonner disons quelque chose comme « j’ai cru entendre les hélices/d’un quadrimoteur mais hélas/c’est un ventilateur qui passe/au ciel du poste de police » cela nous nous comble encore et le diaporama à deux cents ASA que cette chanson déclenche fonctionne toujours pour notre bonheur.

Il est probable que cet abécédaire n’a pas été écrit dans une idée d’exhaustivité. A la lettre « D » qui distribue les chapitres « Dada », « Dali », « Double ». On y aurait bien rajouté « diction » tant il est remarquable que l’incroyable talent de Gainsbourg sur ce point précis a été fort peu mentionné. L’ancien tireur d’élite chantait au scalpel avec un sens de la scansion et du positionnement des mots tout bonnement incroyables. Il est vrai qu’Arnaud Viviant évoque la prosodie de l’artiste, notion plus luxueuse mais très voisine  de la diction. Ah oui c’est cela en fait, il aurait fallu caser « prosodie » entre « politique » et « prostitution ». Tiens et d’ailleurs sur ce dernier point, l’auteur écrit que Gainsbourg avait été dépucelé par une prostituée à l’âge de 17 ans après avoir volé de l’argent à sa mère. « Le genre de détail, écrit avec humour Viviant, qui peut normalement vous valoir dix ans couché sur le divan d’un psychanalyste ».

Sur notre canapé d’chez nous en tout cas, le plaisir y était à lire ce livre et pour bien moins cher qu’une passe.

Arnaud Viviant
« Gainsbourg ou l’art sans art ». Editions François Bourin. 14 euros.

Au hasard « Ah! Melody ».

Post-scriptum personnel: Un jour que je dînais dans la salle déserte du Pied de Cochon vers trois heures du matin, Serge Gainsbourg est entré accompagné. Alors que l’ensemble des tables sans convives lui aurait permis de s’isoler, il a choisi de s’installer avec sa compagne d’un soir à ma gauche. Ils avaient commandé des crustacés et Gainsbourg expliquait drôlement à son invitée impassible que seul l’intérieur de la queue de l’animal était comestible.

 

 

 

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