Danube et Tsiganes sans frontières

Le journal du Danube. Photo: LSDPPour les Roms, les accords de Schengen sur la libre circulation des personnes ne sont au fond qu’un prolongement naturel de leur culture. Esma, citée par Virginie Luc dans son livre Journal du Danube, s’interroge très simplement : « Les oiseaux se moquent bien de nos frontières. Les êtres humains ont perdu cette liberté première ». Virginie a suivi le Danube de son estuaire jusqu’à sa source à la rencontre des populations tsiganes. Et sans forcer, son livre se lit justement comme un cours d’eau.

On apprend pas mal de choses au passage dans ce petit opus sorti dans une nouvelle collection des éditions de l’Age d’Homme. Par exemple que c’est en république de Macédoine que les Roms sont les mieux intégrés. Et ces lignes font tomber quelques idées toutes faites puisque l’auteur avant de la voir, imaginait Esma en Esmeralda façon paquet de cigarettes Gitanes et elle se retrouve en fait face à un « petite dame toute ronde, pomponnée de couleurs, de parfums, de bijoux, ses doigts potelés lourds de bagues rutilantes, ses paupières et sa bouche fardées au rouge« . Esma est présentée comme une « diva » de la musique tsigane.

On entend tellement dire du mal de cette population qui a fait de l’exode une sorte de territoire informel que l’écriture de Virginie Deluc, par ailleurs docteur en lettres modernes et journaliste, apparaît étrangement douce sans pour autant être complaisante.

Là encore elle laisse parler Esma : « Les Roms n’ont aucune revendication territoriale. Ne pas posséder de terres, s’adapter aux lieux, aux hommes, n’est-ce pas le seul gage de paix ? Vous en connaissez vous, des tyrans tsiganes ? Des grands criminels ? Non ! Les Roms commettent de petits larcins, pour vivre, survivre plutôt, mais ce ne sont pas des hommes assoiffés de pouvoir ou de domination. Notre pouvoir à nous, c’est la musique, le mouvement, la solidarité ».

« Le journal du Danube » n’est pas vraiment une enquête et pourtant ce livre renseigne. Ce n’est pas non plus un reportage qui serait éligible à l’AFP parce qu’il ne correspond pas aux contraintes techniques du genre dépêche. L’auteur semble elle-même touchée par le syndrome du voyage, sa voix est une errance tandis que sa mémoire prend des notes.

Le journal du Danube. Virginie Luc. Editions de l'âge d'homme. Collection rue Férou. Photo: LSDP

Le journal du Danube. Virginie Luc. Editions de l’âge d’homme. Collection rue Férou. Photo: LSDP

Ce texte pose en de bons termes la question de la légitimité des Roms, pourtant évidente. Cette population n’entre pas dans les rigidités de la pensée du corpus politique ordinaire. Il s’agit pourtant d’un peuple européen, établi depuis longtemps dans ce qui est aujourd’hui l’Union européenne. L’idée de tri entre ceux qui seraient les bons et les mauvais européens, le discours qui laisse entendre qu’ils ne peuvent pas s’adapter et qu’ils doivent donc aller camper sur la lune, ne sont pas des positions acceptables.

Tout le bien fondé du « Journal du Danube » est de nous interpeller sur ce point loin de tout clientélisme électoral.

Un témoignage sur la question publié sur le site du Nouvel Obs.

Un site qui recense les idées toutes faites.

Quand Raphaël Enthoven rappelle le bon sens du capitaine Haddock.

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Une réponse à Danube et Tsiganes sans frontières

  1. jmc dit :

    Merci de nous avoir fait entendre cette petite musique différente sur ce problème de société.

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