Les coquelicots recolorent Paris

Coquelicots parisiens. Photo: Les Soirées de ParisApollinaire, devenu militaire, écrivait à Lou son amante ardente, nombre de poèmes fleuris. Le 21 juin 1915, il lui disait que…  « dans les champs les coquelicots se fanent en se violaçant/et en répandant une odeur opiacée/je contemple ton absence et ton silence ». Pour qui cherche bien aujourd’hui, les coquelicots sont à Paris.

On ne les voit pas dans les jardins organisés. Ces fleurs simples mais flamboyantes préfèrent la marge. Elles peuplent parfois les talus du périphérique ou encore d’autres zones délaissées pour des raisons diverses.

Le Parisien est un rural en sommeil éveillé. Il ne manquera pas l’apparition du coquelicot au hasard de ses rues. Ce cousin du pavot dont on tire l’opium procure tout de même des rêves inhabituels lorsqu’on le consomme en tisane ou en sirop. Il apaise les enfants au point qu’autrefois il n’était pas rare qu’il soit mêlé à la bouillie des nourrissons.

Il est bon de le voir et de le revoir quand s’approche l’été. Surtout dans nos villes où fleurissent tant de débats idiots, où s’épanouissent tant de vains mots.

Coquelicots à proximité de la Place des Fêtes. Photo: LSDP

Coquelicots à proximité de la Place des Fêtes. Photo: LSDP

Il en a inspiré des peintres, impressionnistes comme Monet ou fauves comme Van Dongen : son rouge en palette est si tentant. Quant au regretté Robert Desnos, il le rimait ainsi :

Le champ de blé met sa cocarde
Coquelicot.
Voici l’été, le temps me tarde
De voir l’arc-en-ciel refleurir.
L’orage fuit, il va mourir,
Nous irons te cueillir bientôt,
Coquelicot.

(Robert Desnos, Chantefleurs, 1944-1945)

 

 

Il me revient qu’à Metz l’année dernière, un vilain talus bordait l’annexe du Musée Pompidou. Et là encore, c’était ce monticule qu’avait choisi cette fleur pour essaimer un message bien plus lointain que les débuts de l’humanité. Sa mémoire est si profonde qu’il n’est pas si étonnant qu’elle se faufile pour colorer nos rêves.

2013. A proximité de Metz-Pompidou. Photo: LSDP

2013. A proximité de Metz-Pompidou. Photo: LSDP

Print Friendly, PDF & Email
Be Sociable, Share!
Ce contenu a été publié dans Apollinaire, Poésie. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Une réponse à Les coquelicots recolorent Paris

  1. Bruno Sillard dit :

    Quelle belle idée cet hommage au coquelicot, victime de cette sale manie d’envoyer sur le front des pelouses des tondeuses aussi bruyantes qu’aveugles. Ainsi chez moi, je me réjouissais à voir les petites fleurs repeindre en printemps les pelouses autour de mon immeuble. Hélas hier il ne restait plus que la pelouse réglementaire bien dégagée autour des poteaux d’éclairage, bref triste comme une pelouse au mois d’août. Aussi je lance un appel pour la défense des petites fleurs sauvages, avec comme première étape la présidentielle de 2017, vu la décomposition du politique, on a nos chances. Regroupons-nous derrière notre nouvel emblème…le ccoquelicot!
    Philippe il a aussi la chanson chantée par Mouloudji, le p’tit coquelicot,
    Le myosotis, et puis la rose,
    Ce sont des fleurs qui dis’nt quèqu’ chose !
    Mais pour aimer les coqu’licots
    Et n’aimer qu’ça… faut être idiot !
    T’as p’t’êtr’ raison ! seul’ment voilà :
    Quand j’t’aurai dit, tu comprendras !
    La premièr’ fois que je l’ai vue,
    Elle dormait, à moitié nue
    Dans la lumière de l’été

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *