Une décade ambitieuse pour l’image

Oeuvre en couleur de Kati Horna au Jeu de Paume. Photo: Les Soirées de ParisPour ses 10 ans, le Musée du Jeu de paume ne s’est pas raté avec une triple exposition qui n’appelle pas de réserves. Kati Horna, Oscar Munoz et Kapwani Kiwanga sont les trois artistes choisis pour célébrer une fameuse décade dédiée à l’image. A eux trois ils symbolisent bien l’ambition du Jeu de paume de ne jamais s’égarer dans la facilité, mêmes si certains choix ont dû supporter la critique.

Kati Horna (1912/2000) est surtout connue pour sa couverture de la guerre civile espagnole. Le mérite de cette exposition est de nous faire découvrir d’autres facettes de son talent, non seulement avec des photoreportages inconnus comme son « marché aux puces » et ses « cafés de Paris » qu’elle réalise dans les années trente et qui ne seront publiés que dans les années quatre-vingts, mais aussi pour ses photomontages remarquables par leur expression surréaliste.

Oeuvre de Kati Horna exposée au Jeu de Paume. Photo: LSDP

Oeuvre de Kati Horna exposée au Jeu de Paume. Photo: LSDP

C’est ce dernier aspect semble-t-il qui lui a permis de survivre à Paris si on écoute cette hongroise perpétuelle migrante, qui avoue par ailleurs s’être toujours amusée dans la vie : « … vous savez pourquoi je ne suis pas morte de faim à Paris ? Avant de partir, tout le monde se moquait de moi, (…) j’étais la photographe des oeufs. J’avais eu l’idée d’être la première à faire des choses, pas avec des figurines, mais des petites histoires avec des oeufs, et c’est ce dessinateur magnifique qui s’est suicidé par la suite qui me faisait les visages… La première était l’histoire sentimentale d’une carotte et d’une  pomme  de terre, la carotte déclare son amour à la pomme de terre, il faisait toujours les visages et moi les cadres des scènes. Je prenais les photos avec mon grand appareil à négatifs 4 °-5, et à la fin elles finissent dans un Royal Express. J’en ai fait d’autres… »

On aime son travail que les petits voire tout petits formats protègent de tout effet d’esbroufe. Il faut parfois se pencher et même chausser ses lunettes pour apprécier ses vues intimes des cafés ou des Puces parisiens. Elle n’est pas la première de cette époque à avoir été sélectionnée par le musée qui juxtapose souvent des artistes disparus avec des auteurs plus modernes et toujours de ce monde. Partie de Budapest, après voir gagné Berlin et vécu à Paris, Kati Horna  a terminé ses jours à Mexico où il est dit qu’elle a formé plusieurs générations de photographes.

Il est probable que petit déjà Oscar Munoz ne voulait rien faire comme tout le monde. Tout son travail exposé le démontre tant il n’aura eu de cesse de d’affranchir du tirage papier banal. Ses procédés relèvent de l’invention au point que le titre de son expo « Protographs » est déjà un néologisme annonceur.

Oeuvre de Oscar Munoz au Jeu de Paume. Photo: LSDP

Oeuvre de Oscar Munoz au Jeu de Paume. Photo: LSDP

Par un procédé sérigraphique, il a ainsi impressionné des rideaux de douche et par un autre, bien complexe celui-là, il a caché des visages dans des miroirs que seul le souffle du visiteur, par la buée qu’il provoque, peut révéler. Son œuvre se caractérise par des photomontages, des vidéos (c’est bien le moins à notre époque) dont une verticale très réussie reprenant des photos de famille d’habitants de Cali (Colombie) mais aussi par des interventions astucieuses, telle cette table lumineuse où un bras surgi de nulle part rebat les images comme s’il s’agissait d’une partie d’une de réussite. Très surprenant.

Le texte qui présente ses explorations n’a qu’un défaut apparent par ailleurs très courant qui consiste à intellectualiser une oeuvre avec de grands mots et de grandes pensées. Mais la vérité exige de dire qu’une réalité bien tangible existe effectivement entre son intention et son travail comme celui consistant justement à trouver un moyen que des photos tirées de rubriques nécrologiques ne disparaissent pas grâce à un système relevant à première vue de la prestidigitation. On se laisse facilement attraper par cet homme et ses multiples procédés. Celui consistant à faire revivre des inconnus à partir de photos perdues ou récupérées trahit une sensibilité que dissimule l’inventeur.

Jusqu’au 21 septembre

PS: Au Jeu de Paume c’est au sous-sol que l’on relègue traditionnellement les artistes de l’image animée. Kapwani Kipanga y présente un travail issu du récit historique de la guerre Maji Maji (et vos idées ont du génie…) qui eut lieu en Afrique orientale allemande entre 1905 et 1907. 

 

 

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