Rasoir mais chic

Coffret de rasoir Kirby Beard. Photo: Les Soirées de ParisProbablement dans le courant de l’année 1905, Marcel Proust est entré dans un magasin situé 5 rue Auber, à deux pas de l’Opéra, pour y acheter ses agendas. Ce que l’écrivain ne savait pas alors,  c’est que plus de 100 ans plus tard, en 2013, l’un de ses carnets, couvrant la période janvier/mars 1906, serait adjugé chez Christie’s pour l’équivalent de 127.000 euros. D’abord parce que c’était Proust et aussi parce que l’Agenda était estampillé Kirby, Beard & C°, la marque de référence dans le luxe.

Voilà ce que vous raconte entre autres, un coffret de rasage trouvé par hasard, de la même marque anglaise.  Car au 5 rue Auber, prolongement français de la marque anglaise d’aiguilles fondée par Robert Kirby et George Beard en 1743, l’on pouvait s’y acheter des rasoirs de sûreté qui font aujourd’hui la joie des collectionneurs. Dans son coffret rouge, l’ustensile brille encore de son plus bel acier au milieu de deux cartouches de lames. L’ensemble était « made in France ». Trouvé sur un forum, un technicien de Gillette, sous le pseudo de Moshulu, supposait il y a quelques années que ce « made in France » se justifiait en raison du prestige de Paris dans le domaine de la mode, du luxe et du design entre 1920 et 1950.

Publicité Kirby & Beard parue dans l'Illustration en septembre 1916. Photo: les Soirées de Paris

Publicité Kirby, Beard and C°, parue dans l’Illustration en septembre 1916. Photo: les Soirées de Paris

Chez Kirby, Beard & C°, on pouvait trouver toutes les sortes de jolis objets comme des lampes, des services à thé ou à café, des montres, des parapluies et des rasoirs.

A noter que l’excellence des lames s’est un peu entamée avec le temps et que l’auteur de ces lignes a failli perdre une joue en risquant l’expérience. Il lui a bien fallu se contenter d’une lame moderne pour obtenir un rasage au niveau dit « peau de cuisse », à l’opposé des standards actuels qui tolèrent une pousse de trois jours donnant au visage un style de vieux matou à qui on ne la fait pas.

Durant la seconde guerre, les usines Kirby, Beard & C° de Birmingham ont été, sous réserve de meilleure précision, détruites en 1940 par un bombardement. La vieille maison ne s’en est jamais vraiment relevée et périra avant de connaître les années soixante. L’Angleterre a ainsi perdu un nombre considérable de belles marques. Le 5 rue Auber est devenu une banque. Et cela fait un bail que l’on a inventé les jetables.

Mais il y a encore de beaux coffrets Kirby, Beard & C°qui traînent pour animer les ventes aux enchères. Un de ceux-là, mais sans les recharges, approchait récemment les 200 euros sur Ebay.

La lame Kirby & Beard. Photo: Les Soirées de Paris

La lame Kirby & Beard. Photo: Les Soirées de Paris

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Une réponse à Rasoir mais chic

  1. jmc dit :

    Honnis soient nos rasoirs Bic et Wilkinson réunis, avec lesquels il faut s’escrimer tous les matins pour avoir peau nette, et plus encore pour se faire la gueule du vieux matou en question…

    Pour l’anecdote, une photo – prise le week-end dernier lors des Journées du patrimoine-, du manuscrit de La Prisonnière, en restauration avant numérisation, dans les ateliers nationaux de Sablé-sur-Sarthe.
    https://twitter.com/jmcedro/status/513738098933792768

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