Apollinaire avec son cheval Loulou

"les obus miaulaient". Photo: LSDPEn route vers le front ou sur le front, il arrive à Guillaume Apollinaire de boire du champagne. Les obus qui lui tombent à côté ne lui causent dit-il pas d’émoi sauf une fois : « un obus dans la maison ou vous êtes fait plus d’effet, j’ai ainsi cassé un verre plein de champagne, mais parole, je n’ai pas eu peur ». Les éditions Fata Morgana viennent de publier un précieux recueil de lettres-poèmes adressées par Apollinaire à son ami André Dupont, écrits depuis sa garnison de Nîmes ou sur le front, dont trois poèmes inédits qui hibernaient à la BnF.

Comme le mentionne dans la post-face l’universitaire Pierre Caizergue (auteur en 1980 d’un « Apollinaire journaliste ») André Dupont a été à plusieurs reprises collaborateur des Soirées de Paris. Plus jeune qu’Apollinaire (né en 1884 comme ma grand-mère Anna ndlr), il a été tué durant la bataille de Verdun, au fort de Douaumont le 5 mars 1916.

Ce petit ouvrage est passionnant et drôle souvent, puisque Apollinaire à la caserne ou à la guerre privilégie souvent l’humour et maintes fois l’érotisme, l’amour, à la plainte. S’il s’inquiète dans une lettre à son ami André Billy du moment où un obus l’emportera, s’il écrit « et si je mourais là-bas », sa bonne nature l’emporte ou, à tout le moins c’est la posture qu’il a bravement choisie.

Le fait est qu’à lire ces quelques pages l’on se divertit. On y apprend par exemple qu’une « revue des lettres et de l’art précieux » a été lancée en même temps que celle des Soirées de Paris sous le nom de « Flora » et elle lui a survécu quelques mois supplémentaires avant de s’arrêter en décembre 1914. Depuis Nîmes le 9 mars 1915, Apollinaire en fait drôlement mention puisqu’il écrit à son ami André Dupont « La Flora m’est venue et j’en fis l’examen, elle sent le vieux foutre et non pas le jasmin ».

"Les obus miaulaient". Extrait du livre. Photo: Les Soirées de Paris

« Les obus miaulaient ». Extrait du livre. Photo: Les Soirées de Paris

« Mon cher Dupont voilà que je suis sur le front/ sur mon cheval Loulou qui surcraint l’éperon/Je parcours les chemins, les vallons, les collines… » Apollinaire dit à son ami qu’il « s’embête parfois » et qu’ils « s’amuse aussi ».

Celui qui trouvait la guerre « jolie » avec « ses longs loisirs » évite magnifiquement l’écueil de la complainte propre aux sentiers battus de l’enfer. Mais lui n’échappera pas à l’obus venu se venger de cette désinvolture. Frappé à la tête alors qu’il lisait une revue littéraire, Apollinaire semblait (crânement c’est le cas de le dire), signifier aux éléments qu’il n’était pas à leur disposition.

D’une certaine façon, les illustrations d’Olivier Jung, sont justement conventionnelles. Elles sont noires et dépeignent un effroi qui convient à notre imaginaire et conforte l’iconographie générale des tranchées. L’effet de contraste est d’ailleurs intéressant. A travers ses écrits et poèmes épistolaires, Guillaume Apollinaire démontrait qu’en enfer il ne faut pas, autant que possible, abdiquer. Un parti pris qui n’est pas sans rappeler celui du réalisateur Tim Burton pour son film Les Noces Funèbres. Il n’en reste pas moins qu’en certaines tranchées, l’humour pouvait disparaître sous les gaz.

« Les obus miaulaient ». Guillaume Apollinaire. Editions Fata Morgana.

"Les obus miaulaient".  Photo: Les Soirées de Paris

« Les obus miaulaient ». Photo: Les Soirées de Paris

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4 réponses à Apollinaire avec son cheval Loulou

  1. jmc dit :

    Ah! Quelle revue lisait-il lorsque l’obus vengeur le frappa, on le sait?

  2. arnaudo anne-marie dit :

    Est-ce la mort d’André Dupont à Verdun qui a inspiré à Apollinaire le poème « exercice »?

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