Vapeurs et tapis verts à Enghien

Le casino d'Enghien, la nuit. Photo: Les Soirées de ParisPas besoin de sortir la Bentley pour se rendre à Deauville, puisque depuis le dézonage du Pass Navigo le week-end, il est possible de se rendre en quinze minutes au casino d’Enghien. Si l’on y réfléchit, l’un des points communs entre une perception et un casino, est que l’on y laisse de l’argent. La grande différence, outre l’incontestable possibilité d’en ressortir avec davantage d’argent,  c’est de se voir parfois offrir une coupe de champagne au bar. Le fisc doit encore travailler la qualité de son accueil. Dans cette attente, nous avons testé le guichet d’Enghien.

Les nouveaux trains qui mènent au lac d’Enghien sont beaux comme des Airbus A 380. Cette ville née au milieu du 19e siècle est un îlot de luxe (relatif) au milieu de communes plus modestes. Le lac que la ville d’Enghien se partage avec Saint Gratien, offre au parisien de passage des perspectives oubliées, presque un panorama. La vue depuis l’hôtel du Lac qui borde le casino repose le regard et installe une sensation de vacances bienvenue.

Dans l’idéal, un parcours complet de week-end devrait pouvoir comporter, si l’on en a les moyens, une descente préalable aux thermes que l’hôtel du Lac a baptisé Spark. Dans une eau chaude et bouillonnante, l’on y éprouve une impression de barboter au milieu d’un court-bouillon d’humains que la vapeur du lieu confondrait en bouquets de légumes. On se surprend plus d’une heure à se mouvoir au ralenti dans l’eau épaisse, tellement le bien-être prodigué, nous rappelle inconsciemment le spa intra-utérin. C’est pourquoi nous pleurerons toujours nos mères maintenant que nous avons rejoint le monde réel, et pas toujours en peignoir blanc et en tongs roses.

C’est donc la peau tout attendrie par la vapeur et l’esprit frais comme juste après une nouvelle mise au monde, que nous nous sommes rendus volontairement vers ce casino qui s’avance en surplomb au-dessus du lac. Le jeu est présent depuis longtemps dans cette commune mais c’est seulement depuis 1901 que s’y est établi un vrai casino, devenu le premier de France par son chiffre d’affaires. Auparavant on y venait pour les thermes, surtout depuis que l’eau sulfureuse du lac avait gagné une réputation en soignant Louis XVIII d’un ulcère à la jambe. Aux jeux biens sages (toupies, quilles, billards, petits chevaux…) succèderont avec les années ceux du lucre. Mais une loi interdisant la présence de casinos à moins de cent kilomètres de Paris rendra les temps difficiles avant qu’une autre loi, en 1931, assouplisse la réglementation.

Le casino d’Enghien vu depuis l’hôtel du Lac. Photo: LSDP

Le casino d’Enghien est un vaste et beau bâtiment à la réputation si internationale que la carte de son restaurant est même traduite en mandarin. On y fait la queue sans râler pour déposer son vêtement au cloakroom et on refait la queue pour y entrer après avoir montré patte blanche.

Après, la licence est encouragée, que ce soit sur les tapis verts ou dans les machines à sous. Mais la fête est un peu gâchée par les zélateurs actuels de l’ordre sanitaire. D’une part et comme partout, on ne peut plus y fumer, sauf à gagner la terrasse ou aller s’enfermer dans des habitacles à deux places avec extracteur d’air. C’est dommage. Tant qu’à se défouler on devrait pouvoir le faire à fond. Une partie du charme qui émanait d’une sortie au casino est partie avec la fumée des joueurs, gérant leurs flux d’adrénaline avec différents types de fumigènes.

D’autre part, une partie du plaisir s’est également dégradée avec la disparition progressive des machines à sous dont les jetons tintinnabulaient gaiement sur le déversoir en ferraille avec un bruit de victoire jubilatoire. Désormais on introduit des tickets ou directement des billets de banque, ce n’est plus la même chose. Les machines sont de surcroît devenues complexes et il est de temps en temps nécessaire d’appeler un employé à l’aide, lequel vient alors faire preuve de pédagogie tout en déclarant dans un micro de liaison avec son manager qu’il se trouve en « coaching auprès d’un client ».

Enfin, le dress code,  y est de nos jours des plus limités. Un panneau se borne par exemple à expliquer que les jeans troués ne sont pas tolérés. De fait, même le port d’une simple veste est loin d’être majoritaire. On vient jouer, pas parader, mais on peut là aussi éprouver une certaine nostalgie à l’égard d’une panoplie passée dont le nœud papillon, entre autres, pouvait incidemment encourager la chance ou conférer une certaine dignité à la déveine.

Que l’on sorte rincé ou gagnant de ce temple du jeu,  il reste le charme indéniable des alentours à découvrir au petit matin au milieu des joggeurs et des promeneurs qui font le tour du lac. A seulement quatre lieues de Paris (sachant que le mot lieue est à l’origine de la banlieue), Enghien a encore du plaisir à donner et bien davantage à vendre…

PHB

La vue sur le lac depuis le balcon de l'hôtel du...Lac. Photo: Les Soirées de Paris

La vue sur le lac depuis le balcon de l’hôtel du…Lac. Photo: Les Soirées de Paris

 

 

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2 réponses à Vapeurs et tapis verts à Enghien

  1. jmc dit :

    Ah, les noeuds pap, la cigarette, les demi-mondaines! Oh, pardon…

  2. legendre nathalie dit :

    délicieux à lire ! on s’y rendra pour le plaisir !

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