Le Louvre aussi fête la Saint-Valentin

Hercule et Omphale de Rubens. Capture d'écranEn cette veille de Saint-Valentin il y a ceux qui se demandent encore où la passer, seul ou à deux. A supposer que certains aient envie de la fêter d’une façon moins convenue,  il y a un lieu auquel on ne pense pas forcément mais qui a tout son charme : un musée. Parce qu’il est vaste et riche de possibilités, parce que l’on peut y circuler en parfait anonymat, le musée du Louvre de Paris est le lieu idéal pour célébrer l’amour… Petite balade guidée.

Le deuxième étage de l’aile Richelieu est un bon endroit pour commencer. Il y a là la peinture française du XIVème au XIXème siècle, et, sur la même période, la peinture germanique, hollandaise et flamande.

Salle 17, Rubens célèbre les amours d’« Hercule et Omphale » (vers 1606, ci-dessus). Ce tableau de la période italienne du maître flamand – dont on crut longtemps qu’il était perdu et qui fut passablement abîmé au cours des âges –, a fait l’objet d’une longue et difficile restauration. Il présente Hercule, follement épris d’Omphale, reine de Lydie. Pour la petite histoire, Hercule était réduit à l’esclavage et Omphale l’affranchit. Dans cette scène Hercule, qui s’est travesti en femme pour séduire sa belle, se saisit de la quenouille de fileuse de son amante pour filer à sa place. Omphale porte la léonté, l’attribut mythologique du héros masculin. Elle se tient debout, à côté d’Hercule assis. Elle fait mine de se fâcher et lui tire l’oreille, car Hercule file très mal.

Rubens traite ici pour la première fois du thème de l’inversion des rôles masculin-féminin sous l’influence de l’amour. Et nous rappelle qu’il n’y a pas de héros, même aussi puissant qu’Hercule, qui ne succombe à sa force. La légende dit qu’Hercule finira par épouser Omphale qui sera sa deuxième femme (sur quatre, il est vrai).

Plus loin, salle 8, un portrait d’Anne de Clèves a été réalisé en 1539 par Hans Holbein le Jeune. Le roi Henri VIII d’Angleterre (à qui Anne de Clèves était promise) ne connaissant pas sa future femme demanda au peintre de lui en faire le portrait. Le peintre réussit à faire de celle qui avait pourtant le visage ravagé par la variole un portrait honorable. En voyant le tableau Henri VIII donna son assentiment… Beau joueur le roi épousa quand même la dame,  mais le mariage ne dura que quelques mois.

L'offrande du coeur, tapisserie. Photo: Valérie Maillard

L’offrande du coeur, tapisserie. Photo: Valérie Maillard

Il y a les amours régulières et celles qui le sont moins. Henri IV,  le bien nommé « Vert galant », avait quantité de maîtresses. Parce qu’il l’aimait, Gabrielle d’Estrées faillit être sa femme. Mais peu avant le mariage elle mourut subitement après avoir absorbé un citron… Jalousie et poisons circulaient librement à la cour. Le tableau, très connu, de l’Ecole de Fontainebleau présente Gabrielle en compagnie de sa sœur qui lui pince le sein. Ce geste a son explication : il est la preuve que Gabrielle a conçu un bâtard. Il s’agissait de César de Vendôme,  fils illégitime d’Henri IV.

Au premier étage de la même aile Richelieu nous voici au Moyen Âge, où l’on célèbre l’amour courtois. « L’Offrande du cœur » (vers 1400-1410, salle 4) est une tapisserie présentant une scène dans laquelle le chevalier, qui a déposé ses armes, tend son cœur à sa belle. Faire la cour prend à cette époque une connotation particulière, car les femmes se voient reconnaître un début de rôle social. Il devient donc d’usage d’employer avec celle que l’on aime des manières moins cavalières. Les gestes amoureux deviennent codifiés… et plus progressifs (effleurement du menton, toucher de l’épaule etc.), en théorie s’entend.

Dans le même espace d’exposition (salle 3), il est intéressant de s’arrêter sur le remarquable travail sur ivoire que réalisaient les artistes de l’époque : statuettes ou valves de miroirs sur lesquelles figurent de très jolies scènes courtoises aux multiples détails.

"Amour embrassant l'amitié". Jean-Baptiste Pigalle. Musée du Louvre. Photo: Valérie Maillard

« Amour embrassant l’amitié ». Jean-Baptiste Pigalle. Musée du Louvre. Photo: Valérie Maillard

En repartant, et si vous passez par la cour Puget, arrêtez-vous au département des sculptures. Vous verrez notamment un groupe de Jean-Baptiste Pigalle que Madame de Pompadour, maîtresse royale de Louis XV, avait mandaté pour qu’il réalise une œuvre en hommage à leur liaison. Cette figure allégorique de « L’Amour embrassant l’Amitié » (1754) donne à voir une Pompadour presque maternelle embrassant un Cupidon (Louis XV) bien sage, qui, en préalable à son baiser, a déposé carquois et flèches en signe d’amitié pour celle qu’il a aimé. « L’amour désarmé, précise le cartel, embrasse sans arrière-pensées l’amitié qui ne le craint plus. » L’intention est-elle de rappeler aux amoureux de passage au musée que si l’amitié dure (celle de la Pompadour avec Louis XV dura vingt ans et jusqu’à la mort du roi), pour l’amour rien n’est moins sûr ?

A ceux pour qui la date de la Saint-Valentin n’a vraiment pas d’importance,  nul n’est besoin d’attendre demain : le Louvre ouvre tous les vendredis soirs jusqu’à 21H45. Il y a bien moins de monde en nocturne et la visite n’en est que plus appréciable.

Valérie Maillard

Horaires et tarifs du musée

 

 

 

Be Sociable, Share!
Ce contenu a été publié dans Musée. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

3 réponses à Le Louvre aussi fête la Saint-Valentin

  1. de FOS dit :

    Bonne idée et superbe visite guidée, merci !

  2. Ripoll-Asaro dit :

    Sous le charme!Merci.

  3. Anne Archen Bernardin dit :

    Saint Valentin Quartier de Beaubourg…
    Rendez-vous raté pour une visite insolite de ce petit trésor de Paris… Qu’importe que la Saint Valentin existe!!! L’essentiel est de se retrouver dans ce que l’on aime… Un repas délicieux dans un petit restaurant chaleureux et recentré sur un feu de cheminée ,78, rue de Quincampois… Puis une balade sous la bruine…On croise des gens qui déambulent en discutant joyeusement, avec des sacs de courses, du pain sous le bras ou des fleurs à offrir…
    Pas de charge pour regagner la place où se dresse l’étrange Musée… Pas de queue, pour une fois!!! Il est 20h … Vite, un moment de plaisir égoïste… Un long moment de déambulation jubilatoire devant les moultes paquets de livres de la Librairie de Beaubourg… Une gourmandise extrême!!! Des pop up sur l’art, et Paris!!! J’ai déjà… Mais un trouvaille lourde à porter mais qui me fait jubiler en ayant le bras droit qui s’allonge au fur et à mesure de mes tours et retours vers Le mesnil le roi et mes amis qui me logent!! Un jeu sur Orsay et non pas le musée de Beaubourg… et pourquoi ne pas résister à un ouvrage en solde, donc pas d’hésitation, sur Klee. Page 49 , une découverte : d’étrange bonhommes… On dirait les Shadocks!!! Et voilà, ils vont pouvoir pomper et défier les lois de l’absurdité de leurs ennemis!! La machine à gazouiller… Et je me mets à gazouiller… Goethingen… Barbara et il pleut sur … Beaubourg…
    Alors, chargée et ravie, je file vers le RER…
    Excellente, cette Saint Valentin qui ne me concerna pas un seul instant!!! Comme depuis toujours d’ailleurs… Pas tombée dans le mercantilisme envahissant de cette fête artificielle, à mon goût… Mais suis-je bon juge, enragée et hérissée comme je le suis…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *