Le poète et son amoureuse

La cerise sur le gâteau de Peney. Source image: Marie-Pierre SenseyCes deux-là se sont trouvés et ils ne sont pas prêts de se quitter. Elle s’appelle Denise Damour, la bien nommée et elle sera bienaimée. Ça se passe en 1922. Elle a 17 ans et lui 12. Il fait sa première communion. Elle l’a repéré. C’est lui qu’elle veut, malgré la différence d’âge, la famille et tout ce qui les sépare.

Ses parents à lui tenaient un bar « La Grille » rue Dupetit Thouars près de la Bastille à l’époque ou le quartier était encore un quartier populaire. Dans le même immeuble sa marraine à elle crée des bijoux.

Quelques années plus tard, ll suit les cours de l’Ecole des Arts Appliqués (maintenant École Duperré). Le jour du bal de l’école en 1927, il se déguise en Maharadjah et a besoin de bijoux pour son costume. Quand il sort de la boutique, il a ses bijoux mais surtout sa cavalière pour le bal.

Pendant 3 ans, ils vont s’aimer en cachette de leurs parents et c’est la concierge de l’immeuble qui fait passer les billets doux et les mots d’amour.

Ils se marient quand il atteint l’âge de 20 ans en 1930.

Quand Raymond Peynet commence à dessiner ses amoureux, c’est Denise qu’il dessine avec sa frange, ses cheveux noirs et raides comme des bâtons. Lui, l’amoureux, est le poète aux épaules tombantes, inspiré d’Arthur Rimbaud.

Dessin de Raymond Peynet. Source: Editions Hoëbeke

Dessin de Raymond Peynet. Source: Editions Hoëbeke

Dorénavant et définitivement, avec la déferlante des poupées (4 millions d’exemplaires vendus et ancêtres de l’actuelle Barbie),  Raymond Peynet sera le dessinateur de l’amour. Il crée un univers fait de petits coeurs, de cupidons, de chaises en fer forgé au dossier en forme de coeur, de colombes et autres hirondelles d’où ne sont pas définitivement exclus -derrière le coté immuable des deux amoureux-  des seins et  des fesses à peine cachés, en transparence ou encore des jarretières coquines.

Amour et eau fraîche sont au menu définitivement, matin, midi et soir.

Vous l’avez compris, Raymond et Denise sont des inséparables comme les oiseaux du même nom.

Quand ils vieilliront, ils pourront partager la même chambre dans la maison de retraite. Denise commence à perdre un peu la tête mais Raymond refuse la maladie et l’âge de sa femme, sa muse. Pour lui elle a toujours 20 ans. Quand elle meurt à 94 ans en 1997 il refuse d’aller à l’enterrement. Pour lui elle est toujours présente à ses côtés et elle ne quittera pas ses pensées jusqu’à sa mort 2 ans plus tard à l’âge de 90 ans.

Quand je rentre chez moi le soir même, je déguste en solitaire, comme un philtre d’amour, comme un fruit défendu, les 2 petits sablés en forme de coeur attachés par une fine cordelette et confectionnés par la petite fille de Raymond et Denise.

A l’occasion de la réédition du livre « Les amoureux de Peynet » aux éditions Hoëbeke, la galerie  Oblique (17 rue Saint-Paul) à Paris présente une sélection de dessins originaux. Jusqu’au 21 février.

Marie-Pierre Sensey

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3 réponses à Le poète et son amoureuse

  1. Peynet dit :

    Bravo.merci pour ce bel article mes parents auraient été tres heureux de cet hommage.

    Toutes mes amitiés. Annie

  2. Steven dit :

    Touché. Merci à l’auteur de cet article si délicat. S.

  3. Anne Archen Bernardin dit :

    Qu’ils sont beaux, les deux amoureux…Comme on les envie… Et même s’ils ont suivis à tour de rôle l’oiseau de la fuite définitive… Ils sourient et se tiennent par le cou ou par la main… C’est une image mythique à conserver dans un coin de notre mémoire trop souvent encombrée d’images moins heureuses et optimistes… Ils sont partis en valsant et nous ne les avons pas vus quitter la piste discrètement… Signe d’élégance ultime…

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