« Plus difficile à expliquer qu’à faire » pour Florence Henri

Exposition Florence Henri au Jeu de paume. Photo: LSDPA quelques décennies de l’épidémie des seflfies, Florence Henri construisait de savants autoportraits qui nous sont donnés à voir au Jeu de Paume jusqu’au 17 mai. Ce faisant le musée poursuit la réussite de sa série consacrée aux femmes photographes situées entre les années vingt et cinquante.

Née d’un père français et d’une mère allemande en 1893, Florence Henri est venue sur le tard à la photo. Elle est élevée en Pologne après le décès de sa mère et étudie la musique comme la peinture en Allemagne et en Angleterre. Elle fréquente l’avant-garde artistique avant de se poser comme tout le monde dans le Montparnasse des années vingt. Réalisés dès ses débuts dans la photographie, ses autoportraits, singulièrement ciselés, portent la marque de l’art moderne. Ils sont à la fois simples et savants, absolument pas nombrilistes, originaux et raffinés.

Les cent trente tirages présentés offrent toute la dimension de son talent dans ce qui ressemble à des essais publicitaires et où l’on retrouve le soin porté à la disposition des différents éléments qui signent ses compositions. Sans le secours des logiciels actuels, Florence Henri superpose et juxtapose sans que le procédé ne porte ombrage au résultat. Elle se sert notamment de miroirs afin de sortir l’image des deux dimensions de base. Grâce à cela elle peut également se lancer dans des collages d’où résultent de magnifiques natures mortes. La photographe joue également avec des ombres transversales qui viennent briser la continuité de l’image tout en lui conférant un nouvel équilibre.

Aspect de l'exposition Florence Henri au Jeu de paume. Photo: LSDP

Aspect de l’exposition Florence Henri au Jeu de paume. Photo: LSDP

Son talent a fait dire à une photographe allemande, Ilse Bing que ce sont les photos de Florence Henri qui l’ont « incitée à venir à Paris ». Dans les années trente, elle réalise des nus, assez magistraux autant que sensuels, dont trois seulement sont au Jeu de Paume. Il fallait bien laisser toute la place à la variété de son travail. Du moins le suppose-t-on.

Une pièce entière est dévolue à ses portraits admirablement expressifs. La façon dont elle a saisi des gens comme Fernand Léger, Robert Delaunay, Sonia Delaunay, Tulia Kaiser, frappent tant elle réussit à faire ressortir les traits intérieurs d’une personnalité.

On aurait tort de passer trop vite par ailleurs devant ses vues de Bretagne tant là aussi, son souci de la composition impose une dimension parfaitement artistique au résultat final. Ces photos-là donnent une bonne idée ce que ses toiles auraient pu donner si elle n’avait pas abandonné la peinture. Ses tirages de Bretagne ont l’avantage de nous réconcilier avec la belle photo de paysage sans qu’il soit besoin d’en appeler au coucher de soleil. On se réjouit également des quelques photos de Paris, notamment celle du canal Saint-Martin qui annulerait presque tout ce qui a pu être fait par la suite sur ce sujet facilement tarte à la crème.

Celle qui est morte à Compiègne en 1982 disait qu’au fond « tout ceci est beaucoup plus difficile à expliquer qu’à faire ». Et c’est vrai que son travail parle de lui même et avec quelle justesse.

L'affiche de l'exposition Florence Henri au Jeu de Paume. Photo: LSDP

L’affiche de l’exposition Florence Henri au Jeu de Paume. Photo: LSDP

PS : La nouvelle saison du Jeu de Paume honore comme d’habitude d’autres artistes, notamment Taryn Symon, une photographe née à New York en 1975. Elle est l’auteur d’oeuvres très variées parmi lesquelles des photographies d’hommes condamnés aux Etats-Unis mais qui n’étaient pas coupables, de même qu’un travail des plus intéressants sur la signification et les conséquences du classement iconographique. A côté de ces travaux remarquables, figure également une vidéo étrange qu’il est recommandé de ne pas rater. On la voit filmée sur le plateau d’une émission russe. Les deux présentateurs, pour des raisons assez peu limpides, lui demandent de ne pas bouger pendant trois minutes tout en les regardant. Le caractère insolite de cette situation nous captive trois minutes durant. C’est de l’art brut qui fascine.

Taryn Symon sur un plateau télé. Photo: LSDP

Taryn Symon sur un plateau télé. Photo: LSDP

 

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3 réponses à « Plus difficile à expliquer qu’à faire » pour Florence Henri

  1. J'attends... dit :

    Merci pour ce bel article et cette découverte.

  2. Anne Archen Bernardin dit :

    Vite revenir jouer à la provinciale aux musées!!! La liste s’allonge… Cette belle expo au Jeu de Paume, Les Hans, s’ils y sont encore à Guimet, Klimt… Mais , être futée et réserver les visites, cette fois, afin d’éviter d’ être refoulée!!!

  3. Ping : Lore Krüger, un exil lumineux | Les Soirées de Paris

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