Chère Elena Sergueievna, Chère Myriam Boyer

Photo: PHBElena -Myriam Boyer- est une modeste et consciencieuse professeur de mathématiques  dans l’URSS d’avant la chute. Femme sans âge, elle aime son métier qui -avec sa mère malade- occupe toute sa vie. Elle croit profondément aux valeurs qu’elle s’attache à transmettre : des valeurs d’humanisme, de réussite sociale par le travail et par l’étude.

Quand 4 de ses élèves de Terminale sonnent chez elle au prétexte de lui souhaiter un bon anniversaire, elle ne peut imaginer une seconde que le vrai motif de cette visite tardive est de lui soutirer les clés de l’armoire ou sont rangées les copies de leurs examens qu’ils veulent corriger eux-mêmes : Pacha, Vitia, Volodia et Lialia révèlent vite leur vraie nature et le véritable objet de leur démarche.

Mais Elena ne mange pas de ce pain là. Elena ne donnera pas la clé.

Dans ce huis clos à 5 écrit par Ludmilla Razoumovskaïa en 1981, va se jouer une partie implacable, sans concession, d’une violence inouïe.

Ce sont  deux mondes, deux générations qui s’affrontent dans une société au bord de l’implosion. La nouvelle génération refuse les privations et la misère qu’ont  connues leurs aînés et revendique haut et fort des aspirations plus ou moins confuses à plus de richesse, plus de liberté,  et  surtout, ne recule pas devant les moyens pour arriver à ses fins.

La pièce prend sa force avec le choix de l’auteur  de situer  cette problématique dans le cadre pertinent  de la relation maître/ élève, adulte/adolescent, dominant/dominé- posant de façon plus générale les vraies questions de la transmission et de l’apprentissage du savoir, du rapport à l’autorité, à la morale, à la violence et plus généralement au bien et au mal.

C’est là que le personnage d’Elena atteint une véritable dimension tragique par la contradiction entre la grandeur de ses idéaux et son auto aveuglement.

Il n’y aura ni vainqueur ni vaincu, juste un combat d’une construction implacable dont l’issue  nous laisse sans voix.

Myriam Boyer donne au personnage d’Elena un mélange de force et de sensibilité bouleversant.

"Chère Elena". Au Théâtre de Poche. Photo: Pascal Gély

« Chère Elena ». Au Théâtre de Poche. Photo: Pascal Gély

Les 4 jeunes acteurs qui lui donnent la réplique sont formidables. La mise en scène de Didier Long est à la fois efficace et haletante. On ne voit pas le temps passer.

Inutile de dire que la pièce créée en 1981 à Talinn, capitale de l’Estonie fut vite interdite pour cause de politiquement incorrecte. Depuis, le théâtre de Ludmilla Razoumovskaïa est joué à travers le monde. Un juste retour des choses.

Marie-Pierre Sensey

 

Au théâtre de Poche à Montparnasse  jusqu’au 12 avril.Avec Myriam Boyer, Elena,  Gauthier Battoue, Pacha,  Julien Crampon,Vitia  et François Deblock, Volodia.

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