Je m’en vais le dimanche à Roissy

Entrée de l'Espace musées à Roissy. Photo: LSDP« J’m’en vais le dimanche à Roissy ». C’est ce que pourrait chanter Gilbert Bécaud aujourd’hui. L’espace Musées est une sorte de salle troglodyte engoncée dans une paroi de commerces de luxes à Roissy Charles de Gaulle. L’un des rares espaces gratuits (avec les toilettes*) du terminal E. Inauguré voici deux ans, la nouvelle exposition en cours est vouée à l’art de voyager.

Cette succursale du Musée des Arts Décoratifs a le gros-gros mérite d’exister au milieu de cet univers marchand un peu aveuglant par sa surabondance de vitrines de luxe. L’idée est de détourner un instant les idées des quelque huit millions de voyageurs qui transitent dans le terminal E, hall M, entre 7 heures et 14 heures. Cela signifie que sans carte d’embarquement, le quidam parisien ne peut pas y aller.

Sur 270 mètres carrés, cette expo de poche s’intéresse donc à l’art de voyager à différentes époques, c’est pourquoi l’œil s’amusera de ce gros coffre du 16e siècle et de cet astrolabe ancien. Dans un temps encore non défini les rejoindront dans la vitrine des ustensiles actuels comme la valise à roulettes et le smartphone. Le bureau de voyage signé Jacques Adnet ne manque pas d’élégance et fait toujours bonne figure, on ne sait si ce sera le cas plus plus tard de nos ordinateurs grisâtres, rien n’est moins sûr.

Le voyageur qui fait étape dans ce musée « de voyage » lui-même, cet échantillon de culture, cette salle d’exposition dépliante, ce lieu de pique-nique scénographique, devra mesurer son pas. Le tour est très très vite fait et le visiteur risque de se trouver désemparé dans cet endroit ou toute idée d’achat a été sciemment stérilisée.

Un des éléments de l'exposition en cours sur l'art de voyager. Photo: LSDP

Un des éléments de l’exposition en cours sur l’art de voyager. Photo: LSDP

Cette démarche muséale a quelque chose d’héroïque, typiquement française et somme toute sympathique. D’autant que les objets présentés ne sortent pas exclusivement de notre creuset national puisque l’on y voit notamment une affiche des chemins de fer japonais datant de 1937, des décors inspirés des paysages de la Suisse, de l’Algérie et du Canada, des papiers peints de la manufacture Zuber (1855), ou encore la carte du monde de Willem Jansz et Joan Blaeu (1645). Les créateurs français inspirés par l’idée de voyage sont également présents avec par exemple une étonnante paire de sandales (Roger Vivier, 1968) ou les sculptures Le Roi et La Reine de Janine Janet (1959).

Si cette exposition prévue pour durer jusqu’au mois de juin a de quoi distraire l’étranger frivole retenu à terre pour une étape dans son périple aérien, répétons qu’elle peut être jugée frustrante avec ses seulement cinquante objets pour ceux qui se aiment se rassasier d’art dans les plus grands musées.

Et pourtant que d’espace disponible, que de murs nus pourraient s’offrir à faire connaître le patrimoine culturel de nos musées ne serait-ce qu’à travers des reproductions. On pense par exemple à la RATP qui a offert quelques jours  à ses usagers des toiles de Velasquez à l’intérieur de la Station George V en parallèle avec l’exposition qui se tient au Grand Palais. Pourquoi pas dans nos aérogares ? Nous nous sommes laissé dire que le Louvre a pris contact avec l’aéroport de Roissy pour habiller pour l’été un des sas de transit. C’est de toute évidence une bonne idée à creuser, celle qui consisterait à faire communiquer ces hectares de surfaces muettes ou presque.

PHB

* Parmi les autres espaces gratuits du terminal E figurent les toilettes publiques et il ne faut voir dans ce signalement aucune malice, d’autant qu’il s’agit d’une volonté délibérée de l’aéroport de rendre ses espaces davantage cosy. Et là c’est réussi avec une allusion, dont on se sait si elle est voulue, au design qui prévalait dans les années soixante-dix mélangeant gaiement le pimpant et le moderne.

Les toilettes du terminal E. Photo: LSDP

Les toilettes du terminal E. Photo: LSDP

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Une réponse à Je m’en vais le dimanche à Roissy

  1. Pascal Aubert dit :

    Ben, dans ce cas, on est amené à se demander pourquoi ADP n’a pas carrément installé l’expo Voyages dans les toilettes. Une façon de joindre l’utile à l’agréable, non?

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