Dans les pas de François Hollande au Struthof

La barque dortoir du Struthof. Photo: Lotiie BricketLa neige tombée ce matin de début avril rend l’accès du site difficile. A 800 mètres d’altitude, il cesse soudain de neiger. Le ciel se dégage et s’ouvre sur un panorama de toute beauté : les sommets vosgiens environnants. C’est là, dans ce paysage imposant, que se trouve l’ancien camp du Struthof-Natzweiler, surnommé « L’Enfer d’Alsace ».

Situé à une cinquantaine de kilomètres de Strasbourg, il sera le seul camp de concentration du territoire français. Peu connu du grand public, il a fait parler de lui le 26 avril, lors de la visite de François Hollande dans le cadre de la Journée des victimes de la déportation.

La découverte d’une carrière de granit rose est à l’origine de la construction du camp du Struthof en mai 1941. Depuis l’annexion de fait de l’Alsace et de la Lorraine en 1940, le Reich a en effet un besoin important de matériaux pour ses grands travaux. Qu’à cela ne tienne, des déportés seront employés dans un climat de terreur pour exploiter la carrière. Et, cynisme débridé des nazis, les détenus édifieront leur propre camp à côté de la carrière et à l’endroit même où se trouvait auparavant une station de ski prisée des Vosgiens.

Le Struthof, camp central d’un réseau de 70 camps annexes situés des deux côtés du Rhin, a sinistre réputation. Il a été l’un des camps de concentration les plus meurtriers du régime nazi : 22000 déportés y sont morts sur 52 000 détenus. Il accueillait 60 % de déportés politiques et 11 % de déportés raciaux venus de toute l’Europe. Parmi les politiques, 6,5 % étaient des juifs et 4,9 % des « NN » ou « Nacht und Nebel ». Les « NN » étaient les victimes du durcissement de la répression allemande envers les opposants au nazisme. Ils devaient disparaître sans laisser de traces. Secrètement déportés dans des camps, où ils subissaient des sévices en permanence, ils y mouraient d’épuisement et de maltraitance.

Les expérimentations médicales menées au Struthof ont encore exacerbé sa terrible réputation. Là, des professeurs renommés, comme l’anatomiste Hirt, le médecin Bickenbach ou le virologiste Haagen, effectuaient des recherches dans le cadre de l’université du Reich de Strasbourg. Pour cautionner les théories racistes et antisémites ou faire avancer les recherches sur les gaz de combat et d’extermination ou le typhus, ils procédaient à des expériences sur des cobayes humains, souvent des Tziganes.

La potence du Struthof sur la place d'appel. Photo: Lottie Brickert

La potence du Struthof. Photo: Lottie Brickert

La visite du site du Struthof commence par celle d’un grand bâtiment moderne épuré, le Centre européen des déportés. Il accueille les visiteurs et leur fournit de nombreuses informations. Il a été érigé récemment sur une immense cave à galeries creusée dans la roche par les détenus au prix d’un travail inhumain. Le camp se trouve à une centaine de mètres du Centre. Ce jour-là, un vent glacial souffle sur le sommet vosgien et le sol enneigé rend la marche glissante. On frémit en pensant que les prisonniers affamés enduraient au quotidien des conditions bien pires en plus des violences physiques.

Pour entrer dans le camp, on passe une double porte de bois, qui, si elle n’est plus celle d’origine, est sans doute aussi lugubre. Elle permet de franchir la double enceinte barbelée électrifiée, surmontée à intervalles réguliers de huit miradors. Le camp, comprenait 15 baraques de bois, échelonnées sur un terrain pentu, et séparées par des escaliers raides et glissants. L’une d’elle, baraque-dortoir des détenus, a été reconstituée et transformée en musée. Il retrace l’histoire du camp et raconte le quotidien pénible de ses détenus. Derrière le musée, une potence marque l’emplacement de la place où avaient lieu les appels interminables. C’était aussi la place des pendaisons auxquelles assistaient obligatoirement tous les prisonniers et celle des bastonnades, administrées sur un chevalet de bastonnade, exposé dans une galerie de la cave.

En pénétrant dans l’une des deux baraques en dur, situées en aval, à l’extrémité du camp, les déportés accomplissaient un pas terrifiant sinon définitif dans « l’Enfer d’Alsace ». Le block cellulaire regroupait deux types de cellules : les grandes dans lesquelles on s’entassait et les petites, véritables cages où les prisonniers ne pouvaient que rester accroupis dans l’obscurité. A côté, le block crématoire, reconnaissable à sa très haute cheminée, était situé au-dessus d’une morgue. Un four crématoire, qui ne fonctionnait pas en permanence, y avait été installé en octobre 1943.  Détail macabre, il servait à chauffer le bâtiment et l’eau des douches. Il était jouxté par la salle des expérimentations médicales où les professeurs menaient leurs funestes recherches. Les deux blocks se visitent, âmes sensibles s’abstenir.

L’une des dernières épreuves pour les déportés sera leur évacuation vers Dachau, en août 1944, à l’approche des Alliés. Le 23 novembre 1944, ils libéreront le Struthof qui sera ainsi le premier camp de concentration découvert par les Américains.

Lottie Brickert

 

Camp du Struthof-Natzweiler – Route départementale 130, 67130 Natzweiler – Tél. : 03 88 47 44 67.

Ouvert 7 jours/ 7 de 9 heures à 17 heures – Tarif : 6 euros (3 euros tarif réduit) – Se visite librement.

L'entrée du Struthof. Photo: Lottie Brickert

L’entrée du Struthof. Photo: Lottie Brickert

Le block crématoire du Struthof. Photo: Lottie Brickert

Le block crématoire du Struthof. Photo: Lottie Brickert

 

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Une réponse à Dans les pas de François Hollande au Struthof

  1. person philippe dit :

    Tarif 6 euros (3 euros, tarif réduit)…

    Cette note finale me rappelle un dessin d’une cruauté absolue – et qui aurait sans doute fait rire bien des déportés – de Philippe Vuillemin. Vuillemin, un ancien du « vrai » Charlie-Hebdo et donc sans doute comme moi pas très convaincu par la nécessité de la présence de ce « Monsieur Hollande », par ailleurs VRP de Dassault et Lagardère dans toutes les dictatures du Golfe, à cette commémoration…

    Dans le dessin de Vuillemin, tiré d’un album d’un autre temps, « Hitler = SS », que des imbéciles ont hélas cru bon de faire interdire, on voyait un ancien déporté revenir à Auschwitz. Il était devant la guérite où l’on vendait les billets d’entrée et il avait cette phrase terrible : « De mon temps, au moins, c’était gratuit »…

    Tarif 6 euros, donc… Avec Monsieur Hollande en prime… Peut-être pour le tarif réduit à 3 euros…

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