Bienvenue à l’Hôtel Californie…

Les Frangalises. Photo: Emmanuel LafayLes chansons écrites dans la langue de Shakespeare n’ont pas toutes la puissance et la poésie des écrits de l’illustre dramaturge. Pour celles et ceux qui se permettraient encore d’en douter, conseillons-leur d’aller écouter « Les Franglaises », Molière du meilleur spectacle musical de l’année 2015. Ils pourront alors entendre de grands tubes anglo-saxons dans une traduction française aussi élaborée que celles proposées par notre bien-aimé Google et réaliser à quel point certaines paroles peuvent être d’une niaiserie sans nom. La palme revient sans aucun doute à Michael Jackson – formidable danseur certes, mais piètre parolier avouons-le-. « Elle dit que je suis le un/Qui danse dans le rond… » Vous avez deviné ? C’est « Billie Jean ». Bon évidemment, dit comme cela…

Ajoutons que l’interprète caricature le chanteur original à la perfection, voix de tête et moonwalk compris. La force du spectacle est que l’on se prend au jeu, surpris nous-mêmes d’apprécier ces chansons ineptes à l’interprétation endiablée par une équipe complètement déjantée. Le public, très réceptif, frappe des mains au rythme de Je Reste Tour des Beach Boys (I Get Around), Il Pleut des Hommes des Weather Girls (It’s Raining Men), Dans la Marine des Village People (In the Navy), Le Spectacle doit continuer par Queen (The Show Must Go On)…

Ce qui pourrait n’être qu’un simple jeu de devinettes et nous lasser très rapidement s’avère être un véritable spectacle musical mené par des interprètes talentueux et dynamiques. On pourrait craindre que le public ne connaissant pas toutes les chansons soit tenté de décrocher. Or il n’en est rien. Les tubes sont interplanétaires et intergénérationnels et même si l’on ne saurait forcément tous les identifier précisément, ils nous sont en général plus ou moins familiers. Par ailleurs, la troupe est excellente. Ils sont douze : quatre filles et huit garçons, auteurs, comédiens, chanteurs, danseurs et musiciens. L’humour est leur marque de fabrique, le détournement, un simple prétexte pour une comédie musicale de qualité. Irrésistible strip-tease masculin sur Tu peux garder ton chapeau / You can leave your hat on de Joe Cocker! Imitation burlesque du non moins risible strip-tease de Kim Basinger dans 9 semaines 1/2.

Les Franglaises. Photo: Victor Delfim

Les Franglaises. Photo: Victor Delfim

Certaines chansons sont tellement ineptes que Les Franglaises vont jusqu’à nous faire une explication de texte, projection Powerpoint à l’appui, pour Girls And Boys – pardon Filles et Garçons, devrais-je dire – du groupe Blur. D’ailleurs « Blur » ne veut-il pas dire « Flou » en français ? C’est hilarant et ça n’a vraiment aucun sens d’un côté de la Manche, comme de l’autre.

Les Beatles, chers à notre cœur, n’ont pas toujours eu non plus la plume très inspirée et l’on se sent un peu bête à reprendre en chœur « Tu dis oui, je dis non Tu dis stop et je dis va, va, va. Je ne sais pas pourquoi Tu dis au revoir, Je dis bonjour… ». Evidemment « Hello , goodbye», ça sonne mieux. La langue anglaise possèderait-elle un charme qui ferait défaut à celle de Molière ? Se laisserait-on bercer par les sonorités anglo-saxonnes sans chercher plus loin ? La musique l’emporterait-elle sur les paroles ?

C’est le questionnement que l’on pourrait avoir en écoutant le magnifique slow des Platters Only You qui perd en romantisme – mais gagne en drôlerie – dans sa version française. Seulement toi, ça sonne un peu fade pour une chanson d’amour, non ? Même constat avec Are You Gonna Be My Girl? de Jet. « Est-ce que tu veux être ma nana ? Sois ma meuf. » Il y a plus romantique comme déclaration.

Terminons avec Hotel California des Eagles. Qui n’a rêvé ou dansé langoureusement sur ce slow – faussement – romantique? « L’autoroute sombre et déserte Le vent frais dans mes cheveux… Bienvenue à l’Hôtel Californie Quel endroit charmant Quel visage ravissant… ». Rien de suspect au début, mais si l’on écoute attentivement les paroles jusqu’au bout, la chanson raconte une histoire cauchemardesque où l’hôtel en question pourrait sortir tout droit des films Psychose ou Shining. De quoi quitter son cavalier en s’enfuyant à toutes jambes…

afficheLes Franglaises se terminent le 22 mai à Bobino pour entamer une importante tournée en province et, au vu de l’intelligence et de la qualité de leur performance, nous pouvons imaginer les retrouver très prochainement sur les scènes parisiennes. Alors, n’hésitez pas à aller les voir si vous croisez leur route!

Isabelle Fauvel

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4 réponses à Bienvenue à l’Hôtel Californie…

  1. person philippe dit :

    Mmouais… Le principe est amusant un temps, mais je trouve qu’au bout d’un moment, le spectacle tourne en rond par manque de rigueur… Les gags sont lourdauds et redondants… Disons qu’il vise un spectateur habitué aux « années Twist » et autres réjouissances signées Roger Louret… et effectivement, on est loin du public de Bobino qui venait voir Ferré ou Brassens…
    Les chansons se résument souvent à un ou deux couplets/refrain…
    En outre, « Les Franglaises » reprennent souvent des principes créés ou développés par Chanson plus bifluorée… qui restent indépassables…
    Désolé de faire le grognon…

  2. Steven dit :

    Il doit bien y avoir quelques textes de variété française qui se prêteraient au jeu inverse. En cherchant j’ai trouvé un « donne moi ta main et prend la mienne » d’une certaine Mme Sheila… S.

  3. de FOS dit :

    Après ces commentaires, bien envie de m’y rendre pour me faire une idée. Je surveillerai le prochain passage sur les scènes parisiennes.

  4. Benoît dit :

    Ca marche avec les Beatles comme avec Shakespeare, comme cela marcherait en sens inverse avec Molière ou avec Roch Voisine, mot à mot cela n’a aucun sens, c’est rigolo régressif, ce qui n’est déjà pas si mal.

    Quoi qu’il en soit, merci Roch (Voisine) :

    Seul sur le sable, les yeux dans l’eau
    mon rêve était trop beau
    l’été qui s’achève, tu partiras
    à cent mille lieues de moi
    Comment t’aimer, si tu t’en vas
    dans ton pays loin là-bas ?

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