« The Walk » ou comment tutoyer les nuages

"The walk" sur Internet. Photo: PHB/LSDPOù étiez-vous le 7 août 1974 ? Ce jour-là, le funambule français Philippe Petit franchissait sur un câble d’acier tendu par ses soins le vide de 412 mètres situé entre les deux tours jumelles du Word Trade Center, distantes de 40 mètres, alors en construction. C’était illégal et, sans aucun doute, aussi inimaginable que merveilleux. Si vous avez manqué ça, vous pouvez aller voir « The Walk – Rêver Plus Haut », le biopic de Robert Zemeckis (« Retour vers le Futur », « Forrest Gump »…) qui relate l’incroyable exploit de Philippe Petit.

Au delà du fait de revenir sur un acte artistique et de bravoure majeur – ce qui présente déjà un intérêt en soi –, et malgré l’antériorité d’un bon documentaire sur ce « haut fait » (« Man on a Wire » de James Marsh en 2008, Oscar 2009 du meilleur documentaire), le film de Robert Zemeckis est une pure réussite cinématographique et technique. La spectatrice que j’étais en début de projection (très dubitative sur le choix narratif de Zemeckis car l’acteur qui joue Philippe Petit – Joseph Gordon-Levitt – raconte son histoire en off avec une emphase un peu consternante) n’était plus la même à la sortie de la séance.

L’histoire de « The Walk – Rêver Plus Haut » raconte celle de Philippe Petit. On y suit le départ de la maison familiale d’un jeune homme de dix-sept ans prêt à réaliser le rêve qui le poursuit depuis ses treize ans : devenir funambule. Pas un funambule de cirque, même si pour ce faire il va quand même s’entraîner avec « Papa Rudy », un funambule qui se produit sous les chapiteaux, (Ben Kingsley – « Ghandi », « La Liste de Schindler »…) Non, plutôt un artiste qui veut réaliser des performances artistiques. Devenu bateleur, artiste de rue, Petit tombe au hasard d’une visite chez le dentiste sur un magazine d’architecture qui parle du projet de construction des tours jumelles du WTC. Celles-ci feront « 100 mètres de plus que la tour Eiffel », explique le magazine. Il n’en faut pas plus au jeune homme pour entrevoir un projet fou : tendre un fil entre les deux tours et y marcher.

Avant de réaliser son rêve (six ans plus tard seulement), Petit va déjà franchir le vide entre les deux tours carrées de Notre-Dame de Paris, avec succès et une arrestation policière à la clé. Philippe Petit ira aussi à Sydney marcher sur un fil au Harbour Bridge, prouesse que l’on ne voit pas dans le film. Jeune encore, le funambule apprend auprès de « Papa Rudy » à être sûr de lui et fier de son art, et montre précocement une certaine arrogance. Autant de postures qui lui permettront de s’affirmer, de rallier à sa cause de précieux assistants, et le préserveront de l’hésitation qui conduit à la chute et à l’indubitable mort.

De la mort, dans la réalité comme dans le film, Philippe Petit ne veut pas entendre parler. « Elle » ne fait pas partie de son vocabulaire. La mort, le spectateur (accroché à son siège pendant les vingt interminables minutes que dure la traversée du vide au-dessus du quartier d’affaires de New York) la sent possible à chacun des pas que fait Joseph Gordon-Levitt sur le câble d’acier. L’image 3D (voyez le film en 3D surtout!) rend captif le spectateur, embarqué dans l’aventure jusqu’au frémissement ou l’apnée. C’est grâce aussi aux effets spéciaux qu’il est bluffé, effet spéciaux si bien dosés (gardons à l’esprit l’expérience du réalisateur dans ce domaine) qu’ils sont complètement oubliés… « Mon défi pour captiver le public, était de le relier à la fois physiquement et émotionnellement au funambule », expliquait Robert Zemeckis dans une interview pour le site Lepoint.fr du 21 octobre dernier. Défi gagné. Là est l’exploit cinématographique.

L'affiche du film depuis un smartphone. Photo: PHB/LSDP

L’affiche depuis un smartphone. Photo: PHB/LSDP

Dans « The Walk », Joseph Gordon-Levitt – sans posséder la silhouette de mime dégingandé et de saltimbanque nourri au lance-pierre qu’avait à cet âge le vrai Philippe Petit – a su endosser l’habit du funambule. Philippe Petit a déclaré s’être parfois « vu » dans certaines scènes. Lequel Petit a d’ailleurs formé son double au cinéma. Huit jours seulement pour que Joseph Gordon-Levitt sache évoluer de façon crédible sur un fil situé… à trois mètres du sol. Quand même ! N’est pas funambule qui veut, même pour la fiction.

Sans révéler ce que sera au cinéma la traversée entre les tours sud et nord du WTC (car elle ne peut se vivre que dans l’instant, presque en temps réel), sachez que les amis et complices de Philippe Petit lui auraient dit après son (véritable) exploit : « Tu es resté 45 minutes au-dessus du vide. » Vous comprendrez pourquoi et dans quelles conditions dans « The Walk » .

Aujourd’hui Philippe Petit à 66 ans. S’il lui arrive encore de marcher sur des fils (il s’entraîne trois heures par jour et a des projets, paraît-il), il n’a jamais marché sur la tête. Pardon pour la formule facile, mais toutes ses traversées, et on le comprends très bien dans le film, sont par nécessité techniquement bien préparées. C’est d’ailleurs un bel hommage rendu à l’artiste que d’avoir montré aussi dans « The Walk » l’envers du spectacle : les dizaines de mètres de câbles à transporter, les techniques pour qu’il reste solide et souple pendant les traversées, les astuces à trouver selon la configuration du lieu, etc. Enfin, le dernier mérite de Zemeckis est d’avoir « ressuscité » les Twin Towers le temps d’un film, entièrement reconstruites en 3D. Magnifiques. Merci, monsieur Zemeckis.

Valérie Maillard

« The Walk – Rêver Plus Haut », de Robert Zemeckis. Depuis le 28 octobre au cinéma. Avec  : Joseph Gordon-Levitt, Ben Kingsley, Charlotte Le Bon…

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2 réponses à « The Walk » ou comment tutoyer les nuages

  1. person philippe dit :

    Philippe Petit a 66 ans !
    ça me fait penser à une chanson de Jean-Roger Caussimon, une magnifique chanson à écouter après avoir vu le film…

    De tous ses copains du cirque forain
    Pas un n’avait dit au vieux funambule
    Qu’il était aussi parfois somnambule
    Ça n’aurait servi strictement à rien

  2. La Jeanne dit :

    « La mort ne m’impressionne pas. J’ai moi-même, en effet, l’intention bien arrêtée de mourir un jour » George Bernard Shaw 🙂

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