A Bagacum, la seconde vie de l’empereur Hadrien

Les Mémoires d'Hadrien ont été traduites en une trentaine de langues. Photo: Gérard GoutierrePublié en 1951, « Les Mémoires d’Hadrien » de Marguerite Yourcenar fait partie des cent meilleurs livres de tous les temps qu’un jury constitué d’écrivains du monde entier a sélectionnés en 2002. L’ouvrage contribua à asseoir la notoriété de l’écrivaine, qui avait porté ce projet pendant une trentaine d’années. C’est en effet en 1924 lors de sa visite à la ville d’Hadrien à Tivoli, que Marguerite Yourcenar, alors âgée de 21 ans, conçut l’idée de rédiger les mémoires supposées de l’empereur qui régna au deuxième siècle.

La figure de cet homme cultivé, raffiné, amoureux de l’art et de l’amour – il fut l’amant du bel Antinoüs – ne pouvait que séduire Marguerite Yourcenar. Accumulant le maximum de documents, elle rédigea ces mémoires sous la forme d’une longue lettre adressée à Marc Aurèle, avec un savant mélange de faits attestés et de faits imaginés, ou plutôt reconstitués. Elle travailla, dit-elle, “un pied dans la réalité, l’autre dans la magie“. Traduit dans une trentaine de langues, l’ouvrage devint rapidement un livre culte.

La personnalité d’Hadrien s’imposait comme point de rencontre de deux structures gérées par le conseil départemental du Nord : la villa Marguerite Yourcenar, vaste propriété des Flandres françaises où l’écrivaine avait passé les étés de son enfance, devenue aujourd’hui résidence d’écrivains, et le musée du forum antique de le petite ville de Bavay (“Bagacum“), le plus important forum romain de France. Le résultat : une intéressante exposition à la fois sur la personnalité et la vie de l’empereur lui-même et sur le travail de reconstitution mené par Marguerite Yourcenar, dont on découvrira à quel point elle fut hantée par le personnage.

On sait par exemple que l’écrivaine n’accepta d’entrer à l’Académie française (en 1980) qu’à la condition d’être dispensée de porter l’épée traditionnelle. En échange, ses partisans de l’Académie lui offrirent une monnaie en or frappée à l’effigie d’Hadrien, qui fut transformée en pendentif. Cet aureus tellement symbolique est exposé à Bavay, comme d’autres documents provenant des archives de Marguerite Yourcenar, en particulier des manuscrits ou des corrections d’épreuves. Ces dernières témoignent de l’extrême précision recherchée par l’écrivaine, qui apportait un soin particulier aux versions traduites de son livre.

Deux bustes d'Antinoüs. Photo: Gérard Goutierre

Deux bustes d’Antinoüs. Photo: Gérard Goutierre

La vie et l’œuvre de l’empereur font l’objet de différents focus permettant de mieux cerner le personnage. Pas de pièces spectaculaires, mais un parcours didactique décrivant au mieux l’exercice du pouvoir, insistant sur les nombreux voyages de l’empereur, et sur son goût pour les livres qu’il emportait en grand nombre lors de ses déplacements. Une section est bien évidemment consacrée  à Antinoüs, le favori d’Hadrien, symbole de la parfaite et indicible beauté, et qui fut l’objet d’un culte divin après sa mort par noyade dans le Nil. Ce n’est pas sans une certaine émotion que l’on admirera un buste de l’éphèbe provenant du musée de Montauban: ce visage de marbre, à l’expression nostalgique, faisait partie de la collection personnelle du peintre Jean Auguste Dominique Ingres.

La visite de l’exposition permettra naturellement la découverte du forum antique (2,5 ha) et du riche musée attenant. Ne manquera à votre connaissance que la visite de la villa Adriana à Tivoli près de Rome.

Gérard Goutierre

Forum antique de Bavay, (Nord) à 50 min. de Lille et 20 min. de Valenciennes, jusqu’au 30 août 2016. Tél. 03 59 73 15 50.

Bureau de Marguerite Yourcenar. Au mur, la présence d'Hadrien. Photo: Gérard Goutierre

Bureau de Marguerite Yourcenar. Au mur, la présence d’Hadrien. Photo: Gérard Goutierre

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2 réponses à A Bagacum, la seconde vie de l’empereur Hadrien

  1. Steven dit :

    Excellent, merci, je m’instruis au passage. S.

  2. Hugues Dentier dit :

    Denis KNOEPFLER , professeur au Collège de France , nous a laissé l’année dernière une série de cours intitulés « HADRIEN et Marguerite YOURCENAR » (diffusés ensuite sur FRANCE CULTURE dans l’émission L’ÉLOGE DU SAVOIR) * .
    Bien qu’ historien soucieux donc de « vérité historique » , il a loué le travail de l’écrivaine qui n’avait pas négligé ses sources et avait romancé de façon tout à fait convaincante la vie de cet empereur hellénophile . Beaucoup de découvertes archéologiques et épigraphiques faites en Grèce après l’écriture de ces « MÉMOIRES  » conforteront même cette vérité pressentie par Marguerite YOURCENAR qui était très justement « hantée » par la figure d’HADRIEN .
    C’est au cours de l’un de ses voyages en Grèce , lors d’un banquet offert en son honneur , que l’empereur rencontre pour la première fois le « bel » ANTINOUS et est subjugué par le jeune esclave .Nous sommes en 123-124 . Il avait à peu près treize ans .
    Il accompagnera HADRIEN au cours de ses déplacements et mourra noyé en 130 dans des circonstances restées obscures . Il aurait « offert » sa vie pour prolonger celle de « son » empereur vieillissant et malade au cours d’une cérémonie occulte (cérémonie au demeurant interdite à ROME et punie de mort ! Mais il s’agissait de l’empereur ! )

    * Ces émissions sont toujours audibles , soit sur le site de FRANCE CULTURE , soit sur le site du COLLÈGE DE FRANCE , en « podcasts » .

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