Tout s’accélère: ode au ralentissement

Affiche du film "Tout s'accèlère"Dans le film « Tout s’accélère » qui sera distribué à compter du 20 avril, il y a une  tortue et un escargot qui apparaissent à l’écran. Mais qui sait si ces deux symboles de la lenteur ne sont pas, dans leur propre monde, engagés comme nous dans une course de vitesse? Le réalisateur de ce film-questionnaire, Gilles Vernet, est un ancien trader. Prenant conscience que sa vie d’acteur de la vie financière ne lui permettait pas de s’occuper de sa mère malade, il a raccroché les gants pour devenir instituteur et c’est avec sa classe de cm2, dans le 19e arrondissement, qu’il a réalisé son film bourré de questions sans réponses définitives et de réponses qui renvoient perpétuellement à tout un champ de réflexions.

De nos jours  tout le monde a bien compris que l’on vivait dans la consommation éperdue du temps avec la double notion de retard et d’avance et bien plus rarement de la ponctualité. Est-ce propre à notre société technologique? Ce n’est pas si sûr tant il est probable que dans la France du Moyen-âge lorsque l’espérance de vie dépassait de peu cinquante ans, le temps imparti était compté différemment.

Pour ce débat sans fin, Gilles Vernet a beaucoup interrogé les enfants de sa classe, invités à donner un avis sur la problématique du temps qui passerait plus vite qu’avant accompagné d’une croissance en folie. Aucune vérité ne sort particulièrement de leur bouche mais au moins ont-ils conscience de la vanité de ce que leur instituteur leur explique assez habilement avec des parallèles astucieux comme la croissance exponentielle de bactéries enfermées dans un flacon et obligées de trouver d’autres contenants pour se démultiplier.

"Tout s'accélère", scène de la tortue à roulettes. (Laclairière Production"

« Tout s’accélère », scène de la tortue à roulettes. (Laclairière Production »

Mais grâce à ces enfants, séduisants de par leur spontanéité et leur fraîcheur, il y a une scène préméditée tout à fait convaincante. On voit deux d’entre eux chronométrer les passants entre deux lignes tracées sur un trottoir. Ils dressent des procès verbaux pour excès de vitesse aux plus rapides et leur enjoignent de refaire le parcours plus lentement en traînant au bout d’une ficelle une tortue à roulette. Les gens ainsi appréhendés semblent se plier au jeu de bonne grâce. Malheureusement la scène est paradoxalement trop courte tandis que le film à l’inverse a une légère tendance à s’éterniser (c’est vrai on n’a pas que ça à faire…) dans ce questionnement utile mais objectivement sans début ni fin.

Tout est relatif d’ailleurs puisque ce métrage original a ses propres limites, soit quatre vingt et une minutes exactement ce qui en fait une projection honnêtement digeste. En dehors des enfants, Gilles Vernet a interrogé des »grands » sur leurs sentiments à l’égard du temps avec des personnages aussi divers que Nicolas Hulot que l’on ne présente plus ou encore Jean-Louis Beffa ex-patron de Saint-Gobain (1). Bien qu’il soit actuellement directeur de recherche au commissariat à l’énergie atomique, c’est à Etienne Klein que l’on peut attribuer les propos les plus intéressants sur le plan philosophique. On aurait apprécié écouter plus longtemps cet homme pertinent qui raconte aussi avoir refusé un jour une interview parce qu’il avait à donner « un cours juste après« . La production de l’émission lui a alors dit que ce n’était pas grave que l’on allait lui louer un moto-taxi et Etienne Klein de démontrer par l’anecdote la « jouissance » que l’on pouvait éprouver à dompter le chronomètre tout en vivant pleinement.

Il est également dit assez justement, quelque part dans le film, qu’à notre époque, le fait d’être débordé et de pouvoir ainsi répliquer à tout bout de champ « je n’ai pas le temps » constitue l’excuse la plus « commode » pour ignorer l’autre ou pour tout simplement chasser les importuns qui pensent pouvoir installer leur chaise pliante au beau milieu de notre agenda. « Tout s’accélère » n’a pas d’autre ambition que nous faire réfléchir un peu plus d’une heure, c’est énorme si l’on veut bien considérer tout ce qui nous attend d’urgent juste après, mais comme le disait un cinéaste connu ou quelqu’un, « il n’y a jamais rien d’urgent, il n’y a que des gens pressés« . Ce que le film illustre assez bien.

PHB

(1) La productrice est Claire Beffa, fille de Jean-Louis Beffa

NB: A noter qu’un des rares trucs à avoir décéléré dans les 100 dernières années c’est le cinéma. Jusque dans les années vingt souvenez-vous, à 16 images par seconde seulement, le moindre battement de paupière s’apparentait à un tic nerveux.

Aperçu du film

Gilles Vernet, auteur et réalisateur. Laclairière Production

Gilles Vernet, auteur et réalisateur. Laclairière Production

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2 réponses à Tout s’accélère: ode au ralentissement

  1. tictac dit :

    on peut également dire:
     » il ni y’a pas de gens pressés il ni y’a que des gens en retard »

  2. Isabelle Fauvel dit :

    Merci pour ce joli billet, Philippe, qui donne très envie de voir le film. On peut aussi relire « L’Homme pressé » de Paul Morand et penser la vitesse avec Paul Virilio.

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