Déconvenue royale

La princesse Royal. Couverture du livre. Photo: PHB/LSDPSituée dans le premier tiers du livre, l’anecdote accable pour de bon celui ou celle qui s’obstinerait à jouer les avocats de la défense. Dans « La princesse Royal », le journaliste Patrick Guilloton lève apparemment un secret de polichinelle pour les picto-charentais. Lorsque Ségolène Royal prenait le TGV pour Poitiers, elle descendait selon l’auteur « toujours par le wagon de seconde après avoir voyagé en première. C’est l’une de ses habitudes les mieux ancrées, des centaines de Poitevins ont repéré le manège ». Rien de tel qu’un journaliste régional, blanchi sous le harnais, pour raconter ce qui ne remonte pas toujours dans les rédactions parisiennes.

Rien de tel également qu’un journaliste du crû pour nous faire connaître l’humour décapant des campagnes. Quand la chance tourne pour un candidat ou pour un autre lors d’une consultation électorale raconte-t-il, les habitants du pays d’Aunis ont cette formule cocasse : « Les mouches ont changé de bourrin ». En peu de mots voilà les politiques rhabillés pour l’hiver.

Dans une interview à la Charente Maritime, le quotidien où il a travaillé avant Sud-Ouest, Patrick Guilloton avoue que ce sont les législatives de 2012 et le duel entre Ségolène Royal et Olivier Falorni (patron du PS local) qui l’ont décidé à écrire ce livre. « J’ai quarante ans de journalisme derrière moi, confie-t-il à son ancien journal, j’ai suivi en direct trois campagnes présidentielles. Les législatives, je ne les compte même plus. Jamais, je n’ai vécu une campagne comme celle-là. C’était de la folie. Une telle haine, c’est du jamais vu. »

Conférences de presse après conférences de presse, déjeuners informels avec les journalistes locaux, entretiens personnels avec Ségolène Royal, l’auteur a eu le temps, en une décennie d’engranger moult anecdotes et de se faire une idée globale du personnage qui n’en sort pas, on l’a compris, à son avantage. Il lui reconnaît un flair indéniable, une combativité hors normes mais aussi une sorte d’aura qui semble hypnotiser ses collaborateurs les plus proches, dévoués corps et âme. Patrick Guilloton utilise le mot « guêpe » pour dépeindre son agressivité, explique qu’elle cogne d’abord avant de se radoucir et de changer de tactique si l’uppercut n’a pas été décisif. Et d’évoquer aussi cette com’ liée à la démocratie participative bien connue des Parisiens depuis qu’ils ont changé de maire.  Le journaliste décrit un public qui « reste coi » en entendant des choses définitives comme « le progrès est l’accomplissement des utopies ».

Les journalistes ne sont pas si bêtes, selon une fâcheuse tendance des politiques à les considérer trop souvent comme manipulables. En témoigne ce paragraphe éloquent à la suite de la narration du vote du budget de la Région, arraché de haute lutte: « Ségolène Royal est aux anges. Elle apostrophe les journalistes en quittant l’assemblée, leur offrant mine de rien, des pistes pour leur article du lendemain » par exemple une « belle victoire » ou une « démonstration des vertus de la démocratie participative »… Face à la presse, il est un fait que le personnage est surentraîné. Il lui arrivera dans ce domaine de débaucher une journaliste de Radio France pour lui confier dans sa région « d’excellence  » une mission visant « à mettre en place les politiques de civilisations sur lesquelles l’institut de recherche Edgar Morin, implanté à Poitiers, a fait de nombreuses propositions ». Le descriptif du poste est extrait d’un communiqué de presse repris dans le livre. Commentaire de Patrick Guilloton : « le premier qui rit aura une tapette ».

Sur le plan journalistique, c’est du travail à charge mais honnête. L’auteur qui a confié aux Soirées de Paris n’avoir reçu aucune protestation des personnes intéressées, ne s’est pas en outre senti obligé d’entrer par « effraction » dans le cerveau de son sujet comme cela été le cas par deux de ses confrères s’occupant à tirer profit des faiblesses de l’ex-conjoint de la princesse. Il se borne avec ses notes à appuyer là où ça peut faire mal, c’est à dire sur les défauts d’un système de gouvernance et de gestion (1) que les outils de communication moderne sont censés colmater. Mais pas au point de boucher la fente des urnes.

PHB

(1): Article du Point en date du 7 novembre 2016

« La Princesse Royal ». Patrick Guilloton Editions du Cherche Midi. 331 pages, 19 euros. Octobre 2016

NB: On voudra se souvenir malgré tout que c’est la seule ministre à avoir défendu le jardin des serres d’Auteuil et, autre fait d’armes notable, annulé le décret « stupide » qui allait interdire aux Franciliens de faire du feu dans leur cheminée.

 

Print Friendly, PDF & Email
Be Sociable, Share!
Ce contenu a été publié dans Livres, Politique. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

3 réponses à Déconvenue royale

  1. Marie J dit :

    Le choix de la photo de couverture laisse en effet imaginer la tonalité du propos…

  2. Martine dit :

    Passer à la paille de fer la vie des hommes et femmes politiques est un exercice à poigne, rarement aussi réjouissant que le livre de Patrick Guilloton, comme le souligne Philippe. Ségolène Royal qu’il crédite d’au moins deux « bonnes actions » s’était aussi justement battue contre les bizutages dégradants, largement répandus en facs, dans les classes prépa, à l’armée et dans d’autres lieux institutionnels inspirés. Délicat sujet cependant que les serres d’Auteuil ! Que Roland Garros n’ait pas déménagé ailleurs pour s’agrandir est une vraie question : la logique aurait dû inciter la FFT à accepter une délocalisation en banlieue pour doubler la surface des courts et des espaces publics. Mais tel qu’il a été voté et maintenu, le projet de rester à la lisière de Paris et Boulogne est une formidable machine à désinformation : les Serres Fraissinet n’ont jamais été menacées, et un court doit être construit dans une partie des jardins qui était jusque là utilisée par … des locaux techniques et qui devrait plutôt les valoriser. Que les riverains s’indignent du bruit, de la nuisance des travaux, de la foule chaque printemps, est un sujet compréhensible . Que Roland Garros puisse prospérer ailleurs est aussi un débat. Mais les prises de position sur les Serres et leur jardin sont presque aussi largement passionnelles que l’aura exercée apparemment par Ségolène sur son entourage …

    • Je crois en effet que tout politique suivi à la trace sur ses terres et ailleurs n’en sort pas grandi….
      Quant aux Serres d’Auteuil, les associations de défense du patrimoine et de l’environnement s’efforcent depuis 6 ans de les sauver des griffes de la Fédération de tennis et de la mairie de Paris, et il est vrai qu’en 6 ans, Ségolène Royal est la seule ministre, de droite ou de gauche, ayant joué son rôle.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *