Faites circuler il y a quelque chose à voir

Les affiches dans Paris montrant ces trois jeunes femmes en maillot de bain pleines de santé interrogent. L’hypothèse qui consisterait à penser que la tête de leur porteur est logée quelque part dans leur fondement apparaît invraisemblable. Dès lors que l’on veut bien se rendre au Cent-Quatre dans le cadre du festival photographique Circulation(s) on y apprend grâce à la légende qu’il y a un trucage. C’est même la marque de fabrique de l’artiste Weronika Gesicka. Les organisateurs ont eu d’ailleurs raison de faire du travail en trompe l’œil de cette polonaise l’emblème de la manifestation.

Le Cent-Quatre qui abrite une partie de cette exposition éclatée aux quatre coins de Paris a bien mûri. L’immense lieu qui abritait autrefois les pompes funèbres de la Ville de Paris est devenu un espace de vie où beaucoup de gens peuvent s’exprimer à loisir. Il paraît que le budget de fonctionnement de cet ensemble est, notamment pour le chauffage, une véritable charge et même une pompe à finances, mais il n’en reste pas moins que dans ce quartier quand même un peu défavorisé, pour beaucoup c’est une aubaine, un ballon d’oxygène culturel.

L’exposition Circulation(s) a réuni nombre d’artistes censés représenter la photographie européenne contemporaine et pour ce qui est de la large diversité des artistes concernés, il y a de quoi jauger la créativité des uns et des autres. Cela va parfois de paysages esthétiques et froids à des assemblages d’où il ressort parfois une idée de scénario convaincante.

Le travail de Mafalda Rakos. Photo: PHB/LSDP

Il en va ainsi de l’artiste autrichienne Mafalda Rakos qui a construit une œuvre murale illustrant les troubles alimentaires dont souffrent des millions de personnes dans le monde. Elle a semble-t-il été à la rencontre de beaucoup de ces personnes qui lui ont confié leurs clichés personnels, dessins, écrits et sculptures qu’elle a fixés à la verticale sur plusieurs mètres carrés au milieu de ses propres réalisations. Il en résulte un corpus plutôt touchant et disparate dont elle réussit paradoxalement à nous donner une vision cohérente.

Dans le genre original on peut aussi mentionner Alan Knox qui en répandant les cendres de son grand-père sur du papier photographique en a conçu une sorte une sorte de séduisant planétarium sobre autant qu’assez étrange. Dans la partie gratuite de l’exposition figure également Sonja Hamad, une photographe syrienne qui a travaillé de son côté sur les femmes Kurdes ayant choisi de vivre armes à la main. Dépouillées, esthétiques, ses photos retiennent nos pas et surtout notre regard pressé de tout découvrir.

la place manquerait ici pour citer tout le monde mais dans la troisième pièce de la manifestation, la « E » de mémoire, il se trouve une petite salle de projection si bien fichue avec ses trois transats rouges que l’on hésite à discerner où se trouve l’œuvre entre ce qui est projeté et la pièce elle-même, vraie réussite scénographique.

Au final les organisateurs ont réussi à nous distraire à travers une variété convaincante des différents artistes invités. On se laisse balader avec plaisir entre hauts et bas et on repart avec la satisfaction d’avoir reçu au guichet, tel un petit bonus, un plan explicatif dont le verso est justement garni des trois grâces à califourchon sur leur cavalier sans tête.

PHB

Circulation(s) au Cent-Quatre jusqu’au 5 mars, 5 rue Curial 75019 Paris

La salle de projection de la pièce « E »

Print Friendly, PDF & Email
Be Sociable, Share!
Ce contenu a été publié dans Exposition, Photo. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

2 réponses à Faites circuler il y a quelque chose à voir

  1. philippe person dit :

    Bravo pour votre critique boomerang : on a l’impression que c’est une apologie du 104… Et c’est une charge absolue contre cet endroit pour bobos en plein quartier défavorisé…
    Gabegie financière, expos insensées (on les croirait imaginer par Borges et Bioy Casares pour les « Chroniques de Bustos Domecq »), dérive de la culture dans le ludique…
    Quand Paris aura les J.O, autre gabegie, autre dérive, on rasera des parcs et des jardins, mais pas le 104 qui sera alors le fidèle toutou culturel de cette pompe à phynance…
    Je conseille aux habitués du 104 une visite à la Cité Curial toute proche…
    Je me souviens que j’étais sorti d’un spectacle LGBT à la gloire de Lana Wachowski (ancien Larry et l’un des frères auteurs de « Matrix ») et que je me suis baladé autour du 104 (en vélib car je suis un bobo peu courageux)… Des hommes en grande tenue islamique y discutaient religion, des petites prostituées africaines attendaient le client, des clochards vomissaient et des junkies y faisaient de mauvais rêves… C’était sans doute le « quartier quand même un peu défavorisé » que vous décrivez… Quant au « bol d’air culturel », je vous laisse juge…

  2. Caroline Rives dit :

    Le festival Circulations(s) a des satellites. On peut par exemple aller voir la réjouissante exposition Putput dans l’excellente galerie Esther Woerdehoff, 36 rue Falguière
    http://ewgalerie.com/

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *