Nord-Est de Paris: place au « mix and match »

L’ex-peu avenant boulevard Macdonald a fait peau neuve. A l’austère paysage industriel a succédé un bling-bling contemporain que l’on peut découvrir sans peine par le RER E, station Rosa Parks ou le tramway T3. Car, c’est une bonne nouvelle, les aménagements de cette ancienne zone de relégation ont été conduits dans le but de désenclaver le secteur et de créer un quartier de suture avec Aubervilliers au nord, elle aussi en pleine métamorphose et le quartier de la Villette à l’est. Cette volonté de rendre aimables les anciennes frontières de Paris s’était d’abord manifestée sur le côté nord du boulevard avec la construction d’un nouveau quartier en 2011 sur les friches de l’hôpital Claude-Bernard, détruit depuis 1970.

Le jeu du avant/après est vite réglé. Mais du passé on n’a pas fait table rase puisque a été conservé le bâtiment essentiel à l’opération de la rive sud du boulevard, celui des Entrepôts Macdonald. Edifice le plus long de Paris, il s’étire sur près de 617 mètres entre les portes d’Aubervilliers et de la Villette. Livré en 1969 par l’architecte Marcel Forest, il était composé de trois niveaux, sous-sol, rez-de-chaussée et étage, offrant une surface développée de 130 000 m2. Le premier étage s’avançait en porte-à-faux sur 5 m au dessus des quais de déchargement, côté boulevard et côté rails. La toiture terrasse, appartenait à la Ville de Paris, qui y avait installé une pré-fourrière. Le projet prévoyait une surélévation future de trois niveaux supplémentaires, à la destination non définie. Ceci expliquait la sobriété de la façade percée d’une longue baie unique, habillée d’un simple treillis de béton, conçue comme un simple soubassement posé sur un socle en retrait.

Il a fallu attendre les années 2010, et la vente par Calberson en 2006, pour que les constructions attendues viennent se déposer là. De mauvais esprits pourraient dire au hasard, mais ce n’est pas vrai. Certes la découverte de cet ensemble de bâtiments bariolés aux formes différentes, juchées sur leur piédestal, fait d’abord penser à un catalogue de prouesses architecturales, une exposition internationale toute prête en vue des éventuels JO, ou bien, boulevard des Maréchaux oblige à une parade immobile. C’est vrai que ce nouveau quartier se donne à voir. Car il s’agit bien d’un nouveau quartier polyfonctionnel, composé de logements, de bureaux, de locaux d’activité, de commerces, d’une école et d’un collège ainsi que d’un gymnase, bâtis sur le terrain le plus contraint qui soit : le toit d’un entrepôt. S’il a à peu prés la longueur de l’île Saint-Louis, cet îlot artificiel n’en a pas la largeur, il mesure entre 48,25 et 68,85m. La comparaison n’est pas gratuite, le Grand Paris se veut polycentrique et divers, et dépasser l’échelle du bâtiment pour la construction contemporaine est très pertinent. La réussite du quartier de la Grande bibliothèque en est la preuve.

Si l’on verrait bien l’île Saint-Louis larguer les amarres on peut sans peine imaginer l’îlot Macdonald se détacher et prendre son envol, et en aéronef urbain, participer à l’ultime densification de la ville. Mais il est bien ancré au sol, arrimé par les réseaux de transports en commun (le tramway le traverse) et les circulations douces, ainsi que par une vaste place piétonne ouverte vers la station Rosa Parks. La décision de conserver ce géant industriel, accusé de manquer de qualités, a fait grincer quelques dents, alors que son horizontalité très marquée lui donnait une certaine classe. De plus il a fallu renforcer les fondations et reconstituer la trame de béton de la baie. Mais le choix de faire la ville sur la ville a prédominé et ce projet volontariste a été confié à une maîtrise d’ouvrage collective : la société Paris Nord-Est (PNE) qui regroupe la Ville de Paris, représentée par sa société d’aménagement Semavip, et le promoteur Icade, filiale immobilière de la Caisse des dépôts.

Côté place:de gauche à droite: Maupin, Brenac et Gonzales, ANMA et de Portzamparc. Photo: MFL

A production prestigieuse, acteurs stars, à l’image du néerlandais Rem Koolhaas désigné pour donner une cohérence d’ensemble au programme. Mais c’est Floris Alkemade, son directeur de projet, qui a coordonné les 15 architectes chargés de bâtir chacun son lot. On retrouve beaucoup de noms illustres : Christian de Portzamparc, Marc Mimram et François Leclerc, Brenac & Gonzalez, Djamel Klouche, Odile Decq, les belges FAA+XDGA (de Geiter) ou encore le Japonais Kengo Kuma, qui a conçu le groupe scolaire. Ces abonnés du Who’s who ont eu toutes les latitudes pour créer sans dépendances formelles un ensemble composite au sein duquel leur participation ne peine pas à exister tant les façades sont habillées sans souci d’harmonie avec les voisins. C’est peu dire qu’ils ne sont pas plombés par le syndrome d’Haussmann. Exit le bon goût français, place au mix and match. Cela fonctionnerait à merveille si l’on n’avait pas cette impression qu’ils sont tous en concurrence.

Sur la façade nord, le long du boulevard Macdonald, les bâtisseurs ont dû respecter l’horizontalité et la continuité du bâtiment d’origine qui sert de seconde peau aux constructions récentes. Côté sud, l’entrepôt n’apparaît que par séquences ou avec sa grande fenêtre évidée et les maîtres d’œuvre ont eu plus de liberté pour s’exprimer, parfois de façon ludique, comme Stéphane Maupin qui a habillé son foyer de jeunes travailleurs d’as de trèfles stylisés et très jaunes, ou bien Raphaëlle Hondelatte et Mathieu Laporte qui ont juché des petites maisons sur leur toit. Dans l’ensemble, et il y un important travail sur la « peau » à l’instar d’Odile Decq qui propose des façades très graphiques. A voir si elles devront faire leur mue ou bien trouveront une pérennité.

Le monolithe a été évidé transversalement dans sa base pour permettre un passage pour les piétons et le tramway. Au centre il comporte un jardin collectif mais privé sur toute la moitié ouest, tandis que dans la partie est, la plus étroite, les édifices sont éclairés par cours et courettes ( à l’ancienne). Les derniers immeubles ont été livrés en 2015 et les abords, côté SNCF, ne sont pas encore finis. Laissons à ce fragment de ville le temps de prendre vie. Même si, il faut bien le dire, il est déjà daté, et malgré ses efforts n’arrive pas à ringardiser les tours d’André Noquet dont le décor géométrique n’a pas pris une ride depuis 1966 (rue Curial). Sa configuration originale et la diversité des architectures méritent la visite. La grande place pourrait à termes être conviviale, quant aux commerces, les grandes et moyennes surfaces ont été privilégiées, décourageant toute tentative de recréer un mode de shopping traditionnel. Ainsi va la ville, ainsi va le Grand Paris, accordons lui la patine du temps.

Marie-Françoise Laborde

Côté boulevard, la perspective est inchangée. Photo: MF Laborde

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