Les voyages imaginaires de Darius

Dans les Fleurs du mal de Baudelaire « les parfums, les couleurs et les sons se répondent ». Appelées aussi « Synesthésies » ou équivalences sensorielles, les Correspondances désignent les rapports entre le monde matériel et le monde spirituel. D’après Baudelaire, seuls les artistes savent déchiffrer le sens des analogies qui permettent de passer du monde des perceptions à celui des idées.
« Darius », c’est d’abord un texte, un très beau texte signé Jean-Benoit Patricot (lauréat du prix Durance Beaumarchais SACD 2014), un dialogue épistolaire, une correspondance à deux voix.

Il y est question comme dans Baudelaire, de parfum et d’invitation au voyage.
Une mère aimante -Claire, Clémentine Célarié- lance un défi à un parfumeur -Paul Pierre Cassignard-, un défi qui changera par ricochet le cours de la vie de celui ci. Le voyage était la passion de Darius, le fils de Claire. Victime d’une maladie dégénérative, il ne peut plus voyager, il ne dispose plus que de l’odorat et du toucher. Claire demande alors à Paul de reconstituer pour lui les odeurs des villes que son fils a aimées.

Paul vit retiré en Provence depuis la mort de sa femme. D’abord réticent, il trouvera dans cette quête une sorte de rédemption tandis que le souvenir de Darius survivra à sa mort à travers le parfum que Paul a créé. Pour Paul la vie reprend le dessus après la mort de Darius et peut être par Darius, ou plutôt par son parfum.
« Darius » c’est une mise en scène originale à la fois simple et délicate signée Anne Bouvier. Un voilage vaporeux symbolise la distance géographique entre les deux acteurs jouant ainsi  sur l’absence et la présence des 2 personnages qui correspondent par écrit. 

Au centre de la scène, un orgue à parfums.

Une scène de « Darius ». Photo: Richebé

Darius est lui absent de la scène, il est une simple évocation et pourtant si présent à chaque instant car il est le sujet principal de la correspondance. Les intermèdes musicaux de Raphaël Sanchez et les lumières de Denis Koransky ajoutent à la magie du lieu et de l’instant.

L’ensemble, servi par deux acteurs remarquables participe à un spectacle bouleversant d’amour et de foi en la vie. Le public est conquis et nous aussi.

« Mais, quand d’un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir» , ainsi que l’écrivait Marcel Proust (Du côté de chez Swann).

Marie-Pierre Sensey

« Darius » de Jean-Benoît Patricot
Jusqu’au 30 avril 2017
Du mardi au samedi à 19 et le dimanche à 18h.
Théâtre des Mathurins
36 rue des Mathurins 75008 Paris

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Une réponse à Les voyages imaginaires de Darius

  1. Dans le domaine des « synesthésies », il existe des musiciens mais aussi des individus lambda qui voient des couleurs chaque fois qu’ils jouent ou écoutent de la musique. Voir à ce sujet notamment le passionnant livre d’Oliver SACKS « MUSICOPHILIA, La musique, le cerveau et nous », au Seuil.

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