Art déco, une histoire parisienne

Quoi de plus naturel qu’une fenêtre-hublot pour illustrer un livre sur l’art déco. Cette ouverture est le signe qui ne trompe pas pour qui cherche sur les façades parisiennes cet art majeur apparu entre les deux guerres. Celle-là est un détail d’un immeuble situé 3 rue de la Cité Universitaire. Deux auteurs viennent de consacrer tout un livre aux nombreuses pépites art-déco qui foisonnent dans les rue de Paris. Emmanuel Bréon et Hubert Cavaniol pour les textes, Laurent Thion pour les photos, « Paris Art Déco » est une somme généreuse de tout ce que la capitale a su conserver dans ce domaine si séduisant.

Il est tout de même étonnant de constater l’étroitesse de la période au cours de laquelle a émergé l’art déco, singulièrement à partir de 1925 au moment de l’Exposition  internationale des arts décoratifs et industriels modernes de Paris qui fermera ses portes au mois d’octobre de la même année, comme le rappelle Emmanuel Bréon dans son préambule. La première guerre mondiale n’avait pas tout éliminé. Les arts en général avaient repris de plus belle après la victoire de 1918 au point de faire de Paris l’épicentre et l’hypocentre de la création, supplantant de loin toutes les autres capitales. L’art déco s’est inscrit dans cette époque déchaînée, émancipée, luxuriante, débauchée parfois. L’architecture art déco, comme la mode ou le mobilier, apportait à l’ensemble un mélange d’élégance et de modernité à nul autre pareil. La seconde guerre mondiale a anéanti ce puissant mouvement. Rien de ce qui a pu suivre jusqu’à aujourd’hui ne l’a égalé.

Parcourir ce beau livre nous amène à nous féliciter de ce que Paris a su conserver. Les photos sont réussies et c’est à mentionner dans la mesure où cadrer une façade d’immeuble est un exercice des plus délicats. C’est pourquoi le photographe Laurent Thion s’est également attaché à saisir les détails qui caractérisent si bien l’art déco et dont l’addition a permis de constituer un immeuble d’habitation, un bâtiment administratif, un cinéma, un théâtre ou encore un de ces jardins à l’organisation enchanteresse comme le square Kellerman ou encore celui de la Butte du Chapeau Rouge.

Détail du Collège néerlandais à la Cité universitaire

Il aurait fallu deux ou trois volumes pour que l’initiative soit complète mais sur près de 240 pages, l’effort est suffisamment conséquent pour chausser toutes affaires cessantes une paire de chaussures et s’en aller fouler ces itinéraires jalonnés d’autant de belles surprises. Une recension du travail des auteurs lasserait en raison de l’ampleur des cas répertoriés mais les grandes affaires sont là: le Rex, la piscine Molitor, La Coupole, le 100 rue Réaumur (1), les immeubles d’habitation à bon marché (HBM) du boulevard Serrurier ou de la Porte de Saint-Cloud, la caserne des sapeurs pompiers de la rue Mesnil, l’incroyable groupe scolaire Küss dans le 13e arrondissement, l’inévitable et grandiose Collège néerlandais de la Cité universitaire, la Banque Transatlantique, le cinéma de la place Gambetta, sans compter l’incomparable Cité nationale de l’Histoire de l’Immigration, ex-Musée permanent des Colonies.

Aimer l’architecture art déco avec ses variantes, c’est la joie de se promener dans Paris pour des découvertes de hasard tels les lycées Camille Sée ou Hélène Boucher aux constructions cousines. Emmanuel Bréon a bien raison de préciser que Paris ne détient pas le monopole de tous ces joyaux et qu’il en est d’autres à Reims, Lens ou Saint-Quentin, là encore la liste serait trop longue. S’engager dans la voie du tourisme art déco peut aussi bien conduire l’amateur au Vietnam dont les principales villes cèlent de nombreux trésors qu’un livre a également réunis (2). Qui a vu la gare de Dalat construite en 1938 ne peut que s’esbaudir. Mais le potentiel parisien est presque inépuisable et c’est tout le mérite de ce livre et de ses auteurs que d’avoir relevé autant de merveilles à nos yeux chagrinés par tant de ces ruptures architecturales chères à nos édiles.

PHB

« Paris Art Déco » par Emmanuel Bréon, Hubert Cavaniol et Laurent Thion – Somogy Editions d’art 39 euros

(1) A propos du 100 rue Réaumur sur Les Soirées de Paris

(2) « Vietnam à travers l’architecture coloniale » Arnold le Brusq et Léonard de Selva Patrimoines et Médias Editions de l’Amateur (1999)

Aspect du livre « Paris Art Déco » avec à gauche l’Ecole supérieure de l’aéronautique boulevard Victor

 

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2 réponses à Art déco, une histoire parisienne

  1. Cher Philipe,
    on ne pouvait trouver mieux que le conservateur Emmanuel Bréon comme auteur de ce livre. C’est lui qui a créé le MUSEE ANNEES 30 de Boulogne-Billancourt, à une époque où peu de gens s’intéressaient à cette période, c’est d’ailleurs le seul du genre en France avec LA PISCINE à Roubaix, chef d’œuvre Art Déco-Années 30, car il n’est pas toujours facile de distinguer les deux périodes qui se sont enchaînées, le style Années 30 débordant lui-même sur les Années 40.
    Malheureusement, on ne peut plus inclure la piscine Molitor parmi les chefs d’œuvre Art Déco, étant donné qu’elle a été détruite à 98% et refaite en pastiche du plus mauvais goût, d’ailleurs elle fut inaugurée en août 1929 et relève plutôt du style Années 30.
    Emmanuel Bréon a signé, toujours chez Somogy, en 1996, un livre intitulé L’ART DES ANNEES 30 , qui reprend quantité d’œuvres du musée ANNEES 30 de BB.

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