Péquenauds impitoyables

L’élevage de cochons, quel souci. William Munny peine à trier les siens. Et le voilà qui tombe et retombe dans la fange malodorante. Dans « Impitoyable », Clint Eastwood acteur, mais aussi réalisateur, oblige son personnage à une séance d’humiliation dont il coutumier. Mais là plus encore, son William Munny fait peine, à se couvrir ainsi de boue devant ses jeunes enfants. « Unforgiven » pour le titre original, refait une apparition dans les salles obscures 25 ans après sa sortie, y compris dans un coffret DVD de luxe avec des heures de bonus. Du Eastwood à très haute concentration de bas desseins.

« Impitoyable » est notamment inscrit à la programmation du Ciné  Champollion ce qui constitue une sorte d’élévation au rang de film de référence. Le film raconte l’histoire d’un homme à la vilaine réputation qui s’est rangé comme fermier avec femme et enfants. Depuis le décès de son épouse qui l’a convaincu de mener une vie vertueuse, il peine à faire face. Jusqu’au jour où un  jeune type vient le convaincre de gagner une prime en éliminant deux cowboys ayant mutilé une prostituée. L’auto-humiliation reprend alors car cela fait onze ans qu’il n’a ni tenu une arme ni mené un cheval. Il rate à plusieurs reprise une boîte de conserve avec son revolver, se ridiculise à remonter vainement sur son destrier et dans les deux cas devant ses enfants qui répriment leur consternation. Eastwood pousse un peu le bouchon mais son propos n’est pas de vendre un homme toujours à la hauteur loin s’en faut.

« Impitoyable » est un western en marge de ce à quoi nous sommes inconsciemment habitués. L’intégralité des personnages révèle une cohorte de péquenauds violents démontrant des mœurs de primates et vivant à Big Whiskey, bourgade perdue du Wyoming. C’est un film sans héros sur lequel Eastwood a travaillé longtemps. L’image de cette population délabrée qu’on nous propose d’accompagner dans ses basses œuvres est bien le fruit d’une préméditation un peu sombre et même d’une certaine délectation à la matérialiser, à l’accentuer, il faut le souligner. Seules les pensionnaires du bordel local relèvent le niveau par leur humanité, notamment celle ayant été mutilée, jouée par l’excellente Anna Thomson. La motivation générale de l’histoire, l’énergie qui fait le lien entre tous,  est d’ordre financier. Si William Munny se mêle de ce qui pourrait être une traditionnelle vengeance c’est pour de l’argent. Si le tenancier du boxon de campagne n’est pas heureux du traitement infligé à l’une de ses travailleuses c’est précisément parce qu’elle ne pourra plus travailler avec ses cicatrices. Ce pourquoi il réclame un dédommagement à un shérif au moins aussi impitoyable que William Munny et interprété par Gene Hackman.

Malgré tout, un semblant de rédemption, un ersatz de bon sentiment, percent chez William Munny. Les égards dont il fait finalement preuve en direction de la femme mutilée sont une autre traduction des rapports complexes que Eastwood entretient tout au long de sa filmographie, en tant que réalisateur, avec la gent féminine. Son personnage ne « veut pas » payer pour être avec une femme précise-t-il à son acolyte. Il n’empêche que la morale de Clint, dans ce film (fort) plus qu’ailleurs, n’est pas toujours facile à cerner. Une des constantes cependant, de celui qui fut aussi le héros de « Gran Torino » sorte de western moderne des banlieues, est qu’après le méfait, les mauvaises tensions, vient toujours le renversement du rapport de force. C’est la bonne mécanique que « Impitoyable » n’oublie pas. À la fin William Munny finit par tuer tous les affreux. Mais il n’en devient pas un héros pour autant. C’est toute la singularité de cette  œuvre où la pluie est omniprésente.

PHB

« Impitoyable ». Au cinéma Champollion et en coffret DVD

 

 

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