« Imprimé en France et s’il pleut en Italie »

C’est ce qui est mentionné en tout début d’une nouvelle collection 10/18 dont la matière pourrait ressortir au néo-dadaïsme. Autant dire que tout est permis, que la bride est lâchée, malgré un contenu maîtrisé. Il y a dans l’ordre que l’on veut: « Le monde merveilleux du bobo », « Le monde merveilleux de la femme au foyer » et « Le monde merveilleux du premier rendez-vous ». Les trois volumes sont traduits de l’anglais, ce qui donne par exemple chez l’éditeur Penguin Books, « How it works: the hipster »  (Comment fonctionne un hipster) pour l’univers bobo. Réservé aux vieux enfants qui ne comprennent pas le monde moderne, cette suite est des plus drôles.

Le design s’apparente aux livres de notre prime jeunesse, avec des illustrations choisies dans le style « Martine à l’école ». Les textes qui accompagnent les images sont très courts, écrits avec des grosses lettres. On se laisse très vite prendre à cette mécanique moqueuse autant qu’habile. Ainsi la page 16, illustrée d’une paire de chaussettes en croix, raconte que « Les bobos aiment l’art ». Que cette paire de chaussettes est une « sculpture, intitulée -toutes les danses de ma vie, classées dans l’ordre chronologique-«  qui s’est vendue « plus de dix millions d’euros à la braderie #(comprendre hashtag) broderiearty ». Et la chute de nous expliquer que malgré les apparences, la sculpture en question « est faite en chaussettes ». C’était bien ce que nous avions compris mais c’est le rappeler qui au final nous fait sourire.  L’un des sommets relevés dans la section bobos est celui-ci: « Les bobos trouvent les assiettes totalement démodées. Ils préfèrent manger sur des planches, des tuiles ou des iPad de première génération ». On n’en dira pas plus, l’ouvrage vaut comme les deux autres 6,90 euros, c’est à vous de voir si vous voulez irriguer vos méninges d’une lampée d’humour anglais.

Pour faire suite aux bobos on a choisi celui consacré à la femme au foyer (titre originel: « How it works: the wife ». C’est aussi bon même si bien sûr il a toujours été plus drôle de taper sur les bobos. En fait l’humour y reste vif. Car « devant vous » se trouve « la femme au foyer ». Mais si elle a l’air heureuse, « c’est parce qu’elle en est à son troisième verre de vin ». Soit une douche en guise de chute. Et si son mari « donne une conférence à Dubaï », elle « se console en faisant du shopping en ligne » « elle a commandé deux Écossais un rouge et un vert ». Elle se promet de renvoyer « celui qui lui plaît le moins ».

Ce voyage en absurdie, idéal pour la plage, est signé J.A. Hazeley LOL, et J.P Morris WTF sachant que « LOL » veut dire Laughing out loud (en français mort de rire) et WTF (what the fuck » ce que l’on s’épargnera de traduire. Dans « Le Monde merveilleux de la femme au foyer » il est précisé que les deux complices sont également les auteurs de « Perdez du poids grâce à l’épilation intégrale » mais c’est bien sûr une blague de plus.

Il reste à citer le monde là aussi méta-dadaïste « du premier rendez-vous » et plus particulièrement du troisième entre Robert et Simone. Cette dernière sait que l’échéance en est déterminante et qu’à l’issue du rendez-vous en question soit elle finira ses jours avec Robert soit elle devra rompre brutalement « en le traitant comme un chien ». Mais comme cette alternative ne lui plaît guère « demain, elle fera semblant d’être morte et partira bronzer en Floride ».

Pince-sans rire, désabusée, sarcastique, idiote tout étant pertinente, cette petite série qui cultive la dérision et nous invite à l’auto-dérision, aère avec bonheur toutes ces réflexions expertes sorties des plateaux télé qui nous assomment pour de vrai.

PHB

 

Aperçu du « monde merveilleux du bobo ». Photo: PHB/LSDP

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2 réponses à « Imprimé en France et s’il pleut en Italie »

  1. Marie dit :

    Dans le même registre, mais non traduit, des pastiches du Club des Cinq qui deviennent vegan, qui résistent au brexit, qui partent en séminaire stratégique…

  2. A propos d’ humour anglais, on vient de ressortir chez « Pavillons poche »le premier roman de Evelyn Waugh (« Retour à Brideshead »), « Grandeur et décadence », d’une virulence plus que réjouissante. C’est ainsi: il a des Anglais qui naissent avec la satire sociale chevillée au corps!

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