Bon voyage (de noces) en Turakie

La Turakie ne figure sur aucune carte. C’est un vieux pays pourtant, une terre à la fois proche et lointaine, frontalière du rêve et de la poésie, diplomatiquement voisine de la magie et du système D. Un pays qui ne connaît pas d’autres limites que celles de l’imagination de son, comment dire, roi ? non, de son intendant peut-être ? Michel Laubu ne voudrait pas de couronne. Il n’est qu’humble animateur, metteur en avant des vraies vedettes que sont les objets qui peuplent la Turakie.

Les spectateurs se croyant normaux, disons pas frappés de folie douce, appellent ces habitants de Turakie qui casserole, robinet, qui bout de bois ou de papier, ventilateur ou jouets d’un autre temps. Michel Laubu bricole une foule immense sur scène. Et le spectateur s’y perd sourire béat aux lèvres, à tout âge. Enfant de 5 ou 70 ans, c’est idem.

La compagnie Turak présente « Parades nuptiales en Turakie » jusqu’au 26 novembre au théâtre Mouffetard (LE théâtre de la marionnette à Paris. La compagnie présente également les 18 et 19 « Chaussure(s) à son pied », interprété par la complice Emili Hufnagel.). De la préhistoire de l’amour au banquet de noces, c’est drôle et émouvant, doux et tranchant, jusqu’au tableau final enivrant.

La séduction, l’amour, sujet éternel, des millions de fois rebattu. Mais vous ne le verrez jamais comme ici. La belle n’est pas femme facile, les prétendants doivent s’échiner. Cupidon est bien là, pas toujours très professionnel. De bric et de broc, de blague potache en fins jeux de mots, le spectacle offre une parenthèse, un moment hors du temps, un voyage très loin de la rue Mouffetard. Le marionnettiste, car marionnettiste il est, qui s’efface derrière ses créatures pour nous faire traverser la ligne de l’imaginaire, revient parfois sous les projecteurs pour se faire interprète de cet espace bizarre qu’est la Turakie. Un intermédiaire qualifié. Car la langue déjà de ce drôle de pays nous reste tout à fait étrangère. Passeur de rêve et bilingue, Michel Laubu confie une traduction possible du titre du spectacle, ces « Parades nuptiales en Turakie », par « Bioutbek biiklof än Turakia ». Naturellement, il s’agit de Turakianistan Classic imposant de « rouler les r comme les galets au fond du torrent », précise cet enfant aux cheveux gris, aux cheveux blancs. Qui se repose en quelque sorte avec ces parades nuptiales après avoir revisité l’opéra Carmen. Revisité en « cArmen », quand un croissant de lune vient se planter à côté du phare Ar men, tout au bout du monde, au large de l’Ile de Sein (où veille d’ailleurs un consul de Turakie). A cet instant précis comme tout au long des Parades nuptiales, l’amour est enfant de bohème, il n’a jamais connu de lois. Ouvrant tant de territoires à explorer pour Michel Laubu et ses objets si joliment animés.

Byam

« Parades nuptiales en Turakie » Côté pratique, parlons finalement peu mais bien, concret, les détails techniques et pas moins pratiques

Et voilà le blog de Turak (en français)

« Parades nuptiales » Photo: Laurent Vichard

 

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Une réponse à Bon voyage (de noces) en Turakie

  1. huiban J dit :

    Quel beau texte !
    Comme il donne envie de partir …
    Oh ! Voyager si loin du quotidien
    Vers ce pays imaginaire qu’est la Turakie

    Joëlle qui en profite pour saluer le consul de Turakie à Sein

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