La vie est un songe… éveillé

Le 13ème Art, le tout nouveau théâtre de la Place d’Italie, semble, trois petits mois seulement après son ouverture, trouver enfin ses marques. Le climat glacial et austère des premiers jours a fait place à une atmosphère plus chaleureuse et accueillante. Après le très renommé cirque canadien Eloize et sa dernière création “Cirkopolis”, qui fit l’objet d’une chronique dans Les Soirées de Paris, il reçoit pour les fêtes de fin et de nouvelle année un spectacle tout aussi réussi et là encore universel : le “Slava’s Snowshow”, signé par une troupe aux multiples récompenses internationales qui célèbre en beauté ses vingt-cinq années d’existence.

Il s’agit ici non pas de cirque et de haute voltige, mais de poésie visuelle et musicale habitée par de loufoques créatures vertes aux longs chapeaux-oreilles et de clowns à l’allure de grands nounours en combinaison de peluche jaune, nez, longue écharpe et interminables pantoufles d’un beau rouge assorti. Bienvenue dans le monde merveilleux de Slava Polunin, le grand clown russe contemporain ! La magie de Noël se prolonge en ce début d’année…

“Slava’s Snowshow” : le “spectacle de neige de Slava” dans la langue de Molière. Mais qui est donc ce Slava Polunin – prononcez “Polounine”, à la russe cette fois-ci – ? Viatcheslav (Slava) Ivanovitch Polunin est né le 12 juin 1950 à Novossil, une petite ville d’ex-URSS, à 350 kilomètres de Moscou. A dix-sept ans, il s’installe à Leningrad et travaille l’art du mime, puis celui du clown. En 1968, il rassemble quelques clowns pour créer le Teatr Licedei dont les spectacles remportent aussitôt un vif succès. Quasi-muets, ils expriment sans détours le désir de changement et de liberté dans l’Ex-Union soviétique. De l’audace récompensée par le public. De 1970 à 1989, le Teatr Licedei voyage partout dans le monde.
Dans la lignée du grand Chaplin, du mime Marceau ou encore du clown soviétique Leonid Engibarov, les maîtres qu’il admire, Slava Polunin est un créateur merveilleusement inspiré, comme l’atteste Assissiaï, le personnage touchant et parfois ridicule qu’il a créé. Charlot et Bip sont ses lointains cousins.

En 2001, Slava Polunin s’installe en Seine-et-Marne, à Crécy-la-Chapelle, dans un moulin repeint en jaune et entouré de fabuleux jardins. Sous la houlette du magicien maître des lieux, celui-ci se transforme aussitôt en un véritable laboratoire d’expérimentation et de création artistique. “Dans ma propriété du Moulin Jaune, l’art et la vie se mêlent au quotidien pour que règne la poésie. ” déclare l’intéressé. La poésie, le leitmotiv de Slava Polunin.

Slava’s Snowshow © V.Vial

Le “Slava’s Snowshow” opus 2017 est justement une succession de tableaux plus poétiques les uns que les autres. Sans paroles, ni histoire. Compréhensible par tous. Un rêve pour petits et grands. Un univers parfois proche de celui d’un Philippe Genty. Sur des standards musicaux tels que le “Concierto de Aranjuez” de Joaquín Rodrigo, “o fortuna” de Carl Orff, le plus célèbre mouvement de son œuvre “Carmina Burana”, “Le Boléro” de Ravel, “La Sonate au Clair de Lune” de Beethoven ou encore “Via con me” de Paolo Conte, les numéros s’enchaînent dans une harmonie visuelle et sonore totale, assez époustouflante. Si certaines saynètes font rire les petits – rires enfantins si charmants et spontanés qu’ils déclenchent, à leur tour, celui des grands –, l’ambiance est plus au sourire émerveillé et à l’enchantement. Costumes aux couleurs chaudes et flashy, décor de neige, lune et soleil au jaune orangé se dessinant joliment sur un ciel de nuit, balançoire, rocking chair, cheval à bascule, bulles de savon, gigantesque toile d’araignée, ballons de couleur aux dimensions démesurées…, tout ici est réuni pour créer une atmosphère de conte de Noël.

Certains moments resteront à jamais dans les annales, tels cette fantastique et vigoureuse tempête de neige recouvrant la scène et le public d’innombrables petits morceaux de papier blanc transparent… Ou encore cette scène d’arrosage où les créatures vertes aux longs chapeaux-oreilles se promènent parmi les spectateurs en faisant tournoyer leurs immenses parapluies surmontés chacun d’une bouteille d’eau. Des parapluies arroseurs farceurs et joyeusement efficaces… Le public est également invité à coopérer. Ainsi lorsqu’une monumentale toile d’araignée, fine et légère comme un voile, est déroulée au-dessus de la tête des spectateurs, ceux-ci sont-ils amenés, à l’aide de leurs bras levés, à la faire évoluer jusqu’au fond de la salle et ce jusqu’à sa lente désintégration…
L’émotion est également au rendez-vous comme, lors de cette scène de mime d’une grande agilité et tout en simplicité où, à l’aide d’un porte-manteau, un clown incarne à lui seul deux personnages échangeant des adieux déchirants sur ce que l’on peut imaginer être un quai de gare. Ou encore cette image où un personnage traverse lentement la scène en traînant derrière lui au bout d’une ficelle trois petits chalets de bois au toit enneigé, de taille décroissante, tels des matriochkas… Magnifique apparition.

Pour finir, la salle se transforme en un hallucinant terrain de jeu lors d’un échange de ballons géants entre les clowns et le public définitivement conquis. Pour ceux qui auraient perdu leur âme d’enfant, ce spectacle est l’occasion de la retrouver. “It’s wonderful. It’s wonderful. It’s wonderful…” nous rappelle Paolo Conte de sa belle voix chaude.

Isabelle Fauvel

“Slava’s Snowshow”, du 13 décembre 2017 au 7 janvier 2018 au 13ème Art, le nouveau théâtre de la Place d’Italie, 75013 Paris
Le teaser /www.youtube.com/watch?v=YTKn6mkmFFI
Le Moulin Jaune
Du 13 au 21 février, le 13èmeArt accueillera James Thierrée avec son spectacle “Raoul”  

Slava’s Snowshow © V.Vial

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