Le Reichsparteitagsgelände, le passé sombre de Nuremberg

Nuremberg (500 000 habitants) est la seconde ville de Bavière après Munich. Pôle industriel important, elle a été à la tête de la révolution industrielle en Allemagne au XIXe siècle. Presque entièrement détruite par les bombardements alliés en 1945, la ville a été reconstruite à l’identique. Aujourd’hui, malgré son passé sombre, Nuremberg est souriante avec son vieux centre médiéval, ses belles églises gothiques, son château, et ses terrasses ensoleillées le long de la rivière Pegnitz. Et si la ville abrite de nombreux musées dignes d’intérêt il serait dommage de faire l’impasse sur le centre de documentation du Reichsparteitagsgelände (site du congrès annuel du parti national-socialiste, ci-dessus).

Ville symbolique du IIIe Reich, Nuremberg est surtout connue pour son tribunal où se sont déroulés de novembre 1945 à septembre 1946 les procès des principaux criminels nazis. Elle l’est également à cause des lois de Nuremberg, qui ont permis d’accentuer le processus d’exclusion des juifs. C’est à l’occasion du congrès annuel du parti nazi qu’elles ont été édictées. Car ce que l’on sait peut-être un peu moins c’est que Nuremberg a abrité chaque année de 1933 à 1938 (la guerre y ayant mis fin en 1939) le congrès annuel du parti national-socialiste. Avec sa classe ouvrière importante, Nuremberg constituait en effet un terrain de chasse idéal pour le parti nazi.

Le centre de documentation du Reichsparteitagsgelände (site du congrès annuel du parti national-socialiste) est installé dans l’ancien Kongresshalle (centre de congrès) du parti national socialiste à laquelle une aile moderne en verre a été accolée. L’intérêt de sa visite est autant pédagogique qu’architectural. Le parcours est jalonné de panneaux, de documents, objets et films d’archives qui offrent un éclairage intelligent sur l’histoire du nazisme depuis la montée au pouvoir d’Hitler jusqu’aux procès de Nuremberg en passant par la création du parti du national-socialiste, la guerre, les déportations… Les audio-guides qui accompagnent la visite sont extrêmement bien faits. Le Kongresshalle, d’une dimension colossale a été inspiré par le Colisée de Rome. C’est le plus grand monument du national-socialisme encore debout. Commencé en 1935, il devait contenir 40 000 places assises en gradins mais, jamais terminé en raison de la guerre, il est resté sans toiture et n’a atteint que 40 m de hauteur au lieu des 70 prévus. Une tribune a été reconstituée à laquelle il est possible d’accéder. Elle permet d’imaginer l’impression grisante qu’Hitler devait éprouver quand il haranguait les foules.

Kongresshalle, le »Colisée » de Nuremberg

Une très large avenue d’environ deux kilomètres de long, où se déroulaient les défilés militaires, séparait le Kongresshalle du Zeppelinfeld, le grand stade conçu par Albert Speer. Le Zeppelinfeld réunissait les membres du parti, accueillait les défilés et diverses autres manifestations. Hitler y tenait ses discours depuis une tribune de 200m de long inspirée du grand autel de Pergame. Le congrès du parti réunissait chaque année environ 450 000 personnes qu’une organisation au cordeau permettait de nourrir trois fois par jour et de loger dans des tentes de fortune.

C’est dans le Zeppellinfeld que Leni Riefenstahl a tourné son film, « Le Triomphe de la Volonté », lors du rassemblement du parti national socialiste de 1934. On peut en voir de larges extraits dans le centre de documentation du Kongresshalle. En dépit de ses sympathies avec le nazisme, on ne peut nier les talents de communicatrice et de réalisatrice de films de propagande de Leni Riefenstahl et sa vision avant-gardiste. D’un point de vue artistique et technique, ses images sont en rupture totale avec les images traditionnelles. Prises en contre-plongée sous des angles inédits, elles permettent de souligner la puissance du parti et de son chef.

La visite de la salle 600 du tribunal où se sont déroulés les procès de Nuremberg complète utilement celle du centre de documentation du Reichsparteitagsgelände et du Zeppelinfeld. À condition d’avoir encore le moral au zénith et qu’aucune audience ne se déroule dans la salle 600, le bâtiment faisant toujours office de tribunal aujourd’hui. Les procès ont eu lieu à Nuremberg, zone d’occupation américaine, non pas tant en raison de l’importance de la ville, symbole du nazisme, mais parce que le tribunal, toujours sur pied, était l’un des seuls du pays à être à même de contenir de telles audiences.
Si toutefois, vous avez besoin de vous changer les idées (noires) après la visite de cette période sombre de l’Histoire, dirigez-vous derrière le Kongresshalle. Là, dans un paysage bucolique, vous pourrez vous attabler devant une bière au biergarten local et admirer le charmant lac à vos pieds.

Lottie Brickert

Centre de documentation du Reichsparteitagsgelände, Bayernstraße 110, 90478 Nuremberg – Ouvert tous les jours de 10h à 18h – Admission : 6€.

Paysage bucolique derrière le Kongresshalle

 

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Une réponse à Le Reichsparteitagsgelände, le passé sombre de Nuremberg

  1. Raymond dit :

    Le talent d’évocation de Lottie ne suffira peut-être pas cette fois pour donner envie au lecteur de la suivre dans ce lieu, par crainte de rencontrer quelque fantôme infréquentable.
    Sauf éventuellement pour tester le Biergarten.

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