Fly me to the moon

Soit l’histoire d’un adulte blanchi sous le harnais et qui s’arrête devant une librairie parisienne. Sa curiosité est piquée par la couverture d’un livre bien mis en évidence dans la vitrine. La couverture montre un engin spatial tout jaune. On voit une passerelle par laquelle grimpent des enfants en tenue de cosmonautes. Le livre s’intitule « Classe de lune ». Son auteur est un américain, un certain John Hare. Il n’y pas de texte, que des images et pourtant, l’histoire nous transporte au propre comme au figuré.

La seule chose que l’on peut lire, très brève, c’est la dédicace. Elle aussi est encourageante. Elle dit d’une part « Pour Henry, dont l’exemple m’aide à devenir quelqu’un de meilleur » et, précise d’autre part à l’étage du dessous : « pour Evan, qui me rappelle que devenir quelqu’un de meilleur devrait s’accompagner d’un pas de danse ». Simple et convaincant.

Suivons-les. L’autocar spatial vient de poser sa petite cargaison d’enfants sur le sol lunaire. On remarque le maître (ou la maîtresse on ne sait pas à cause du scaphandre) et l’un des gamins (un garçon, une fille?) qui tient à la main un bloc à spirales et une boîte de crayons de couleur. Les voilà partis à la découverte de notre astre. Ils font des bonds au sol par dessus les failles comme dans « Tintin sur la lune ». Ils regardent cette Terre que de nos jours tout le monde appelle bêtement « la planète ». Celui (ou celle) qui tient le bloc de papier s’isole un peu pour dessiner. Nous sommes très vite lui, ou elle. C’est fou comme à un âge avancé dans la vie on peut encore s’identifier à un autre, qui plus est dans un livre pour très jeunes humains.

Il y a une intrigue mince, mais qui nous happe, tout de suite. Car le petit héros (ou la petite héroïne) s’endort sur ses dessins derrière un talus de poussière. Quand il se réveille (restons sur « il » par commodité narrative) la classe s’est éloignée. Alors il court éperdu sur les traces de pas laissées par ses camarades. Et du haut d’un monticule, il voit que l’autocar spatial est parti sans lui. C’est un livre pour les petits, mais incroyablement, le sentiment d’inquiétude étreint le lecteur (ou la lectrice, décidément). Mais que va-t-il devenir, tout seul sur la lune. Pourtant, n’ayant rien de mieux à faire et plutôt que de se lamenter, il refait des dessins.

Et c’est alors qu’apparaissent des Luniens avec un seul œil au milieu du front. Ils sont tout gris car ils font corps avec le sable. C’est pourquoi Armstrong ne les a pas vus lors de la première expédition lunaire. On a enfin l’explication. Et ces drôles d’habitants découvrent avec notre héros ce que c’est que la couleur. Ils jouent avec les crayons que leur tend le petit cosmonaute et esquissent malhabilement des silhouettes sur une roche, une étoile et même un soleil.

En pleine classe improvisée de dessin, l’autocar spatial réapparaît. L’enseignant (ou l’enseignante) se précipite vers l’enfant oublié et le prend dans ses bras. Mais pour l’engueuler juste après car il aperçoit les graffiti sur la roche. Il intime à son jeune élève de les effacer. Puis il le prend par la main et le ramène vers l’aéronef jaune qui attend, campé sur ses pattes métalliques. Derrière, aux trois-quarts absorbés par le sable, les habitants de la Lune lui font un discret signe d’adieu. Seul l’enfant s’en rend compte.

Débarrassé de son casque le voilà de retour sur son siège avec son secret. Il vole de nouveau vers la Terre en dessinant ces cyclopes grisâtres que lui seul a vus. Une histoire emballante sur laquelle il fallait mettre des mots. Un album littéralement lunatique qui nous repose de bien des mauvais feuilletons terrestres. Vous vous y laisserez prendre.

PHB

« Classe de lune », John Hare, éditions Pastel 14 euros

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1 réponse à Fly me to the moon

  1. LiseBM dit :

    Eh bien je suis curieuse de connaître la date de ce voyage sur la l,une et si cet éditeur pastel est spécialisé dans les livres pour enfants…..

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