Et Dieu dans tout ça

Je me souviens des deux curés qui traversaient la cour du collège  entourés d’une nuée de gamins rigolards.  Nous n’étions pas encore en 68, il aurait été impensable  d’imaginer qu’ils ne puissent être habillés autrement qu’en soutane.  Les jeudis on allait au catéchisme. Après 1968, les deux curés s’en sont allés, l’un pour se marier et l’autre  est devenu prêtre ouvrier. Et moi j’ai cessé de fumer faute de presbytère pour griller tranquille une Kool menthol.   Je me souviens d’une église non loin de Thouars dans les Deux Sèvres. Les colonnes  de la nef étaient inclinées  comme arc-boutée pour faire front à la tempête qui un jour viendra.

Ma fille avait quatre ans. À Saumur, elle fut bousculée par un blindé, une sorte de half-track soviétique dont le chauffeur avait oublié que l’eau réfrigère mieux que la bière par grande chaleur. Le soir même, la télé régionale ouvrait sur cet accident survenu lors du Carrousel. J’étais rentré seul dans une fermette que je possédais en Anjou. Elle était restée en observation. J’étais dehors et regardais le vol incroyable des chauves-souris. Une deux-chevaux, jaillit dans la cour, le curé du coin en sort, il était tard. Nous parlâmes de la vie, de la mort et des confitures. Cela ne veut rien dire, mais j’aime bien. Il était jusqu’à point d’heure quand il partit, d’un bond dans sa « deuche ». Un curé de campagne comme les autres, toujours présents,  même s’il  voit la République s’occuper de moins en moins des églises rurales.  Ma fille s’en tira avec une jambe cassée.

Chaque année, ce sont plus d’une centaine de prêtres en France  qui endossent la chasuble. Un quart à un tiers des nommés l’ont été en Île-de-France. Un dynamisme propre au bassin parisien qui s’explique : «Jusque dans les années 1960, le catholicisme français était extrêmement rural. Aujourd’hui, il est vraiment vivant dans les zones urbaines denses», note l’évêque de Nanterre dans le Parisien.  Comment vivent les séminaristes quand ils débarquent à la Courneuve ? Faudra qu’un jour je fasse le journaliste.

Ce fut quand même une surprise. Cette émotion immense, nos cœurs brûlaient, des centaines de milliers de personnes accrochées aux balcons de leurs téléviseurs. Nous assistions démuni devant l’incendie de Notre Dame de Paris.

Les ors fondus de  de la chrétienté coulent mais c’est la République qui paiera.  Des feux étranges ont dévoré le Vatican, comme la mort de Jean Paul 1er, 33 jours après son élection,  la faillite de Banco Ambrosiano, la banque du Vatican, le suicide de son patron Roberto Calvi, la loge P2 , la mafia sicilienne sous les barreaux. D’autres feux couvent. La question de la pédophilie devint incontournable et Benoit XVI céda la place à  François. Curieuse Église qui se joue des secrets qu’on lui prête et qui n’en sont pas. Les voies du Seigneur sont impénétrables, mais les liens Internet beaucoup moins.

Incontournable église qui émerge là où ne l’attendait pas, quand Jean Paul II osa l’impossible, la chute du communisme, mais l’église de Rome était rongée par un autre mal, malin le mal, la pédophilie. Je m’interromps, une dépêche : « Accusé d’agressions sexuelles par plusieurs hommes, le représentant du Vatican en France ne bénéficie plus de l’immunité. Alors qu’il est visé par une enquête, le Vatican a en effet décidé de la lever, a annoncé lundi un porte-parole du ministère français des Affaires étrangères. Le nonce apostolique est visé par les plaintes de quatre hommes, dont trois au moins lui reprochent des attouchements. Début avril, l’évêque septuagénaire a été entendu par la police judiciaire parisienne « à sa demande », selon une source judiciaire.

Un livre monument que Frédéric Martel a publié en début d’année, « Sodoma » chez Robert Laffont, dévoile le vrai poids de l’homosexualité au sein de l’Église. Comme pour lui donner raison, l’actualité la plus récente, avec une nouvelle cascade de mises en cause de prêtres et de prélats de haut rang, a transformé le pavé de Frédéric Martel  en véritable bombe. Nominations aux postes de pouvoir, coteries, guerres fratricides, rumeurs, règlements de comptes, complots contre le Pape : les homosexuels constituent une écrasante majorité de l’entourage du Pape, on parle de 80% du Vatican. Nous nous plongeons dans un univers à la James Ellroy, « Vatican Confidential ». Frédéric Martel livre ici une enquête magistrale et fascinante. Quatre ans de travail sur cinq pontificats, 1.500 témoins interviewés dans les arcanes du Vatican et de l’Église, des centaines de prêtres, 50 évêques, 40 cardinaux, tout cela dans 30 pays avec 80 collaborateurs.

On a l’impression qu’il n’y a plus de limite, c’est la nuit du 4 aout.

Les prêtres qui ont conçu un enfant sont invités dans la grande majorité des cas à quitter la prêtrise pour s’en occuper, en bénéficiant d’un processus administratif accéléré, a annoncé un haut responsable du Saint-Siège. Normalement, un prêtre doit avoir plus de 40 ans pour être autorisé à quitter l’état clérical. Mais cette règle ne s’applique pas à ceux ayant une progéniture, l’Église souhaitant que l’enfant puisse grandir avec son père.

« On cherche à faire tout ce qui est possible pour que la dispense des obligations de l’état clérical soit obtenue dans le délai le plus bref possible, quelques mois, afin que le prêtre puisse se rendre disponible auprès de la mère pour s’occuper de l’enfant« , a commenté le cardinal Stella. Selon lui, 80% des demandes de dispenses sont liées à des enfants déjà nés.

Évidemment, le cœur du problème est la pédophilie et l’atteinte à l’intégrité de l’enfant. Pour des jeunes séminaristes, le monde extérieur est riche en inconnus.  Il est révolte, révolution même. On le respecte on l’admire trop peut-être, Et lui qui admire-t-il ?  Marie, la mère d’entre les mères ou Marie-Madeleine, la femme seule, riche.

Au fait, dans l’Église catholique, les prêtres ne font pas de vœu de chasteté, mais ils s’engagent au célibat et à obéir à leur évêque. Les religieux (moines, religieuses) prononcent les 3 vœux (pauvreté, chasteté, obéissance). La chasteté à laquelle le religieux est appelé est la même que celle de tout chrétien (prêtre ou laïque), son engagement est plus fort : du fait de son vœu, tout manquement à la chasteté cause un péché plus grave pour lui que pour un autre chrétien qui n’aurait pas prononcé ce vœu.

Oui, ça n’aide pas tout ça.

 

Bruno Sillard

 

« Sodoma, Enquête au cœur du Vatican » Frédéric Martel Robert Laffont

 

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2 réponses à Et Dieu dans tout ça

  1. Il me semble que c’est en prêtant le flanc par l’exercice du pouvoir temporel que le ver trouve ainsi sans problème à faire des siennes à gogo dans le fruit !

  2. philippe person dit :

    Yolande Zaubermann a consacré un documentaire, « M », à la pédophilie dans les Yeshivah en Israël… Même cause même effets… Pourtant les rabbins peuvent prendre femmes…
    Dans ce très beau documentaire, les violeurs avouent leurs crimes et parlent librement avec une de leurs victimes. Ils conviennent qu’ils ont, enfants, subi la même chose, que ça a toujours existé dans ces écoles où l’on enseigne la Torah..
    Je n’excuse personne, mais a-t-on jamais demandé aux prêtres catholiques (ou autres) s’ils avaient été aussi victimes d’attouchements ou plus quand ils étaient enfants de choeur…
    Il faudrait là aussi briser la loi du silence. On comprendrait peut-être que les pulsions naissent plus facilement chez ceux qui ont déjà vécu le même traumatisme…

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