Quand Renoir « paysannait » en Champagne

Apollinaire considérait Renoir comme « le plus grand peintre vivant » et disait de lui qu’il avait su choisir « l’humanité, elle seule, comme critère de la beauté ». En 1880 Renoir a déjà 39 ans. Il travaille dans son atelier de Montmartre et a pour habitude de déjeuner rue Saint Georges dans la crémerie de Madame Camille. C’est là qu’il rencontre Aline Victorine Charigot de dix huit ans sa cadette qui devient son modèle, sa maîtresse puis sa femme et la mère de ses 3 fils : Pierre l’acteur, Jean le cinéaste et Claude le céramiste.
Aline est originaire d’Essoyes en Champagne non loin de Troyes et c’est elle qui lui fait découvrir en 1888 son village natal et qui va convaincre Pierre Auguste d’acheter là bas en 1894 leur première maison.
Il écrit alors à son amie Berthe Morisot : « Je suis en train de paysanner en Champagne pour fuir les modèles coûteux de Paris. Je fais des blanchisseuses ou plutôt des laveuses au bord de la rivière ». C’est là que la famille Renoir se retrouve tous les étés pendant 30 ans. Essoyes sera le rendez-vous des jeux de plein air, des pique-niques, pêches, baignades aussi bien en famille qu’entre amis, dans la joie des « parties de campagne » si chères à Jean Renoir.
De cette maison Jean Renoir disait « Pour moi, il n’existe pas de village comparable dans le monde entier. J’y ai vécu les plus belles années de mon enfance… Les endroits que Renoir (père) préférait étaient ceux où la rivière l’Ourse court sous les cailloux « De l’argent en fusion, disait il » (1)

La maison, demeurée maison familiale, est mise en vente en 2012 par Sophie, l’arrière petite fille de l’artiste. Le maire Alain Cintrat sait saisir l’occasion d’enrichir l’offre culturelle de ce village de 800 habitants en se portant acquéreur.
Ainsi Essoyes va devenir « Village des Renoir » avec l’atelier du peintre (ci-contre), « l’espace des Renoir » aménagé dans les anciennes écuries du château Heriot , un espace d’exposition consacré à l’intimité de cette famille qui avait reçu « le talent en héritage », et enfin la maison familiale ouverte en 2017 sans compter le cimetière où le peintre repose en famille avec Aline, et leurs 3 fils.

Une offre culturelle où la gastronomie est très présente car nous sommes en Champagne et Renoir apprécie ce qu’il appelle son « vin de pays » et la réputation de la cuisine d’Aline va bien au delà d’Essoyes et court jusqu’à Paris avec notamment son « poulet sauté », son triomphe. (2)
Un siècle a passé et aujourd’hui, Karine Rémy, directrice du Centre culturel Renoir et Philippe Talbot, œnologue à Essoyes, ont créé une offre « oenotouristique » inédite entre culture et dégustation, en associant des tableaux du maître à des champagnes de la région.
Un comité de dégustation composé d’œnologues, sommeliers et journalistes a élu, chez 10 maisons de champagne indépendantes de l’Aube, la cuvée qui symbolisait le plus « l’univers Renoir » avec une sémantique commune aux vins et aux tableaux : « finesse, beauté, élégance, rondeur, féminité ».

Parmi ceux ci Les champagnes Remy Massin ont crée la cuvée « Louis Aristide »(3), un brut Prestige, associé au « Déjeuner des canotiers », tableau où Aline figure au premier plan, jouant avec son petit chiot. C’est cette même maison qui organise de nombreux événements sur demande dont, pour quelques « happy few » un pique nique champêtre et gourmet avec dégustation de champagne au beau milieu des vignes et vue panoramique sur le vignoble. Un pur moment de grâce.

Marie-Pierre Sensey

(1)Le poulet sauté, triomphe de Madame Renoir
Couper le poulet en morceaux. Le faire dorer dans très peu d’huile d’olive dans une casserole épaisse. À mesure que les morceaux sont dorés, les mettre de côté dans un plat chaud. Jeter l’huile et remettre le poulet dans la casserole avec un peu de beurre, très peu. Ajouter 2 oignons hachés fin pas trop gros, 2 tomates épluchées, un bouquet de persil, du thym, une gousse d’ail, du laurier, très peu d’eau chaude, sel et poivre. Remuer souvent. Attention à ne pas brûler le fond. Cuire à tout petit feu. Une demi-heure avant de servir, ajouter quelques champignons, des olives noires grecques, italiennes ou provençales, et le foie. Un petit verre de cognac dans la casserole découverte pour qu’il s’évapore. Au moment de servir, saupoudrer de persil et ail hachés très fin.
Recette transmise par Jean Renoir

(2) La cuvée Louis-Aristide, en hommage au premier du nom, est composée de plusieurs années millésimées de Pinot Noir, réserve perpétuelle commencée en 1995. Un vin complexe et joyeux qui reflète l’atmosphère festive du tableau, charmeur à l’image des hommes qui y figurent, avec une finale fraîche et élégante à l’image des femmes.

(3) Jean Renoir « Renoir, mon père »

L’atelier de Renoir

Essoyes « Village des Renoir » dans l’Aube
Nombreuses animations cette année à l’occasion du centenaire du décès d’Auguste Renoir
1919-2019  Commémoration des 100 ans du décès de Pierre-Auguste Renoir
Champagnes Rémy Massin et fils à Ville sur Arce, côte des Bars.

Print Friendly, PDF & Email
N'hésitez pas à partager
Ce contenu a été publié dans Anecdotique. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

6 réponses à Quand Renoir « paysannait » en Champagne

  1. LOMBARD dit :

    Mèfi que Renoir ne serve pas uniquement de strapontin aux champagnes et aux autres vins…
    Je me suis rendu à Essoyes il y a six-sept ans, visité L’Espace Renoir, très décevant, un véritable attrape-couillon, fait tout le Circuit Renoir dans le village, etc.
    J’espère que, depuis, ils n’en sont pas restés là, car c’était alors très indigent pour un si grand peintre !
    Même l’atelier dans la petite maison était très pauvre : la chaise roulante suspendue dans le vide au centre de la pièce et une énorme caisse de bois qui servait aux transport. C’est tout !
    Seules de grandes taches de peinture au sol étaient, elles, des plus émouvantes.

  2. Marie-Pierre dit :

    Cher Lombard. Merci de votre commentaire. Je regrette que vous préfériez rester sur une mauvaise impression ancienne et que vous ne teniez pas compte de ce qui fait l’actualité de mon propos à savoir l’ouverture récente de la maison familiale et les nombreuses actualités liées aux commémorations du centenaire, autant d’initiatives remarquables et courageuses de la part d’une toute petite commune de 800 habitants. Le maire attire 20 000 visiteurs/an et surtout il a permis à sa commune d’inverser la tendance de la désertification et du départ des commerçants, autant d’éléments très encourageants pour l’avenir. Quant à la suspicion de considérations marketing de la part des maisons de champagne, je vous trouve là encore très rabat joie. Nous avons des maisons indépendantes, une vraie démarche oenologique. Pourquoi renoncer aux correspondances chères à Charles Baudelaire ? Quant à la maison Rémy Massin citée, il se trouve que Carole Massin est originaire d’Essoyes et que sa famille connaissait très bien la famille Renoir. Des photos d’elle même avec Jean et Sophie en témoignent. Nous ne sommes plus dans le marketing. Un dernier élément et je vais malheureusement vous décevoir mais les tâches de peinture sur le plancher de l’atelier ne sont pas d’époque. Elles sont postérieures.

  3. philippe person dit :

    À l’heure où les Anglais se préparent à avoir les conditions climatiques de la Champagne… et à prendre la succession des Champenois dans le vin du même nom car la Champagne va avoir le climat de la Provence, je vais jeter un pavé dans la mare…
    En tant que Marnais d’Origine, il n’est de vrai Champagne que du triangle Epernay-Ay-Reims…
    Le Champagne de l’Aube…Ah Ah Ah !!!! Une piquette digne de la grosse trogne de ce jouisseur de Jean… avec ou nom sa peau d’ours…
    Les Renoir étaient plus près d’être Bourguignons que Champenois.
    Voilà à l’ère de la mondialisation, une saine querelle de voisinage.

  4. Oui, sans aucun doute ma grande déception de l’époque – forte impression d’avoir été eu ! – imprègne encore à cœur mes propos.
    Mais je trinque donc à Renoir à Essoyes. Tous mes vœux !
    Et je vais relire plus attentivement votre article.

    .

  5. Ju dit :

    Un très bel article qui donne envie d’aller se Balader en Champagne.

  6. Jacques Derouin dit :

    En tout cas, merci Marie-Pierre pour la recette que je ne manquerai pas de tester !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *