L’appel longue distance

Afin de passer un coup de fil top secret à son père qui orbite autour de Neptune, le Major Roy McBride est prié par ses autorités de tutelle de l’appeler depuis une cabine martienne. Présentée ainsi l’affaire pourrait prêter à sourire sauf que « Ad Astra » est un film dramatique. Ce n’est pas la première fois que l’on nous fait le coup du voyage aux confins de l’univers, mais force est de constater, au moment où le générique de fin se déroule, que l’ennui n’est pas au menu de ce long métrage de deux heures. Même si pas une once d’humour ne vient perturber le voyage sur la Lune (via la compagnie Virgin…), puis sur Mars et enfin vers Neptune. Le réalisateur James Gray nous a concocté un voyage spatial de près de neuf milliards de kilomètres et son film impose le respect.

L’auteur est convenu que la réalisation de « Ad Astra » a été la plus « difficile » de sa carrière. Mais le résultat est là, impeccable si l’on excepte deux ou trois allusions  à d’improbables intelligences artificielles qui sont un peu les tartes à la crème du genre. L’époque est lointaine, bien après 2019. On peut en effet payer son billet pour la lune. C’est du reste ce que fait Roy McBride (Brad Pitt) afin de ne pas éveiller des soupçons sur les motifs de sa mission. Dont on ne dira presque rien ici afin de ne pas crever le suspense.

Notre astre le plus proche n’est pas de tout repos. En dehors de la zone sécurisée pour les touristes, des pirates sont à l’œuvre, sillonnant la poussière en recherche de ressources manquantes. Le major McBride doit donc s’adjoindre une escorte de deux rovers pour rejoindre la zone de lancement d’où il partira pour Mars, ultime étape le croit-il alors pour Neptune, afin de rejoindre son père qui ne donne plus de nouvelles. Comme de juste le convoi se fait attaquer par des gredins ce qui donne lieu à une course poursuite spectaculaire sur le sol lunaire. Nous sommes très loin de « Bullit » où Steve McQueen au volant de sa Ford Mustang (promise aux enchères en janvier 2020)  parcourait à fond la caisse les rues de San Francisco. Et pourtant on y pense, la faute à notre mémoire cinématographique. Là aussi James Gray fait preuve d’un brio incontestable dans une séquence qui aurait pourtant pu tourner à la farce.

Le film est prenant de bout en bout. Chaque épisode réalimente habilement le suspense. Régulièrement par ailleurs le major McBride est contraint de se soumettre à une évaluation psychologique et de livrer ses constantes: nous pourrions faire de même tellement les ficelles utilisées en l’occurrence s’avèrent efficaces. « Ad Astra » tourne principalement autour de la personnalité de son héros et concentre son propos sur la solitude qu’il éprouve. Le jeu de Brad Pitt est sobre, le pathos est finement distillé. Disons sans trop trahir le film qu’il finira par retrouver son père et que ce dernier préférera que son propre fils le largue à jamais dans l’espace afin de ne pas retourner sur Terre. Une légère faiblesse scénaristique peut-être que « Ad Astra » compense, ô combien, par ses effets spéciaux.

Ce que ne peuvent pas encore nous procurer les agences spatiales de par le monde, les cinéastes l’ont fait via des résultats variables depuis la référence majeure inscrite par Stanley Kubrick en 1968 avec « 2001 L’odyssée de l’espace » (la même année que « Bullit » au passage). De fait on connaissait bien la Lune, assez bien Mars, mais beaucoup moins Neptune, la planète bleue (1). Rien que pour cela, le voyage de 9 milliards de kilomètres aller et retour proposé par James Gray vaut le déplacement. Ne chicanons pas notre plaisir pour quelques peccadilles.  Ce sont les aléas inévitables de l’écriture dans l’espace.

PHB

(1) Neptune vue par la sonde Voyager 2 en 1989
Print Friendly, PDF & Email
N'hésitez pas à partager
Ce contenu a été publié dans Cinéma. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

1 réponse à L’appel longue distance

  1. Il faut préciser que James Gray est le plus formidable cinéaste de l’actuelle génération, le digne héritier des Coppola, Scorsese, Scott, etc. Il est notamment imprégné de Nouvelle vague, comme en témoignent ses précédents films, pratiquement tous sélectionnés à Cannes et tous remarquables, depuis « Little Odessa » (1994) à « The Immigrant » (2013, avec Marion Cotillard), en passant par « The Yards » (2000, avec Joachim Phoenix) ou « La nuit nous appartient » (2007),
    Des films qui ne le prédisposaient pas au genre grand spectacle de l’espace, et c’est ce qui rend sa démarche si passionnante.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *