Nouveau vent de fraîcheur au Musée d’Art moderne

La jeune femme qui regarde la toile de Delaunay tient à la main la même image du même artiste. De 1920 à 1931, Robert Delaunay est revenu vint fois sur le motif de la Tour Eiffel. Ceux qui étaient habitués à cet hôte privilégié du MAm peuvent être rassurés, la nouvelle rénovation qui vient de s’achever ne l’a pas oublié. Delaunay fait partie des VIP du lieu de même que Fernand Léger, Georges Braque, André Derain, Pablo Picasso, Juan Gris ou encore Foujita, soit un carrousel étourdissant de grands peintres dont la modernité n’a toujours pas été diminuée avec le défilement années. Le fait que ce musée apparu en 1937 se rafraîchisse encore une fois, valait convocation. D’ici le printemps 2020 s’ajoutera également une remise à neuf des bas-reliefs du bassin du parvis. Ce qui n’est pas du luxe, tant l’extérieur fait un peu grise mine. Mais le chantier est en cours.

Dès l’entrée le plaisir est intact. C’est une joie effective que de se lancer à travers les salles, coursives et alcôves qui constituent le parcours  (gratuit) des collections permanentes. Il y a toujours beaucoup d’espace pour mettre en perspective les toiles géantes et l’on s’y sent mieux qu’ailleurs, mieux qu’au bureau, bien mieux que dans le métro et presque chez soi.

Les retrouvailles et redécouvertes sont nombreuses comme avec cette « Femme aux yeux bleus de Modigliani », ce nu de Suzanne Valadon, cet autre nu indépassable de Foujita, ou encore ce nu couché (1930) de Raoul Dufy qui, donne l’impression étrange que le modèle consulte son smartphone. Parfois on s’amuse et c’est bien ce qui fait la preuve qu’un musée est resté vivant. Raoul Dufy bien sûr, le peintre du bonheur, qui remplit toute une pièce de sa féérie électrique sur 600 mètres carrés. Raoul Dufy à qui l’on doit encore cette fameuse « Vie en rose » qui joue en quelques minutes le même rôle qu’un puissant anti-dépresseur. Conçu en 1931, son médicament n’est toujours pas périmé.

Parmi toutes les peintures qui accueillent le visiteur dès l’entrée, transformant on l’a bien compris notre morosité en allégresse par effet de dépaysement, il y a une sculpture qu’il ne faut absolument pas rater tant son esthétisme est saisissant, tant sa pureté nous rend muet. Il s’agit d’un bronze de Gustave Miklos (1888-1967), acheté pour l’exposition de 1937, concomitamment à la construction du Palais de Tokyo dont l’aile orientale abrite le MAm. Admirable visage baissé, extraordinaire pureté d’un buste à la sobriété adolescente, lissage mat sans fioritures importunes, cette sculpture n’a pas de nom, tout titre en l’occurrence aurait été considérablement réducteur. L’artiste hongrois, qui s’était engagé dans la guerre de 1914 aux côtés de Ricciotto Canudo, Joseph Csaky, Blaise Cendrars, et Jean Lambert-Rucki,  a heureusement survécu pour produire cette merveille.

La suite de l’itinéraire scénographique nous rapproche progressivement des décennies plus récentes. En témoigne cet autre nu qui fait l’affiche dans la rue en tant que déclinaison contemporaine de « L’origine du monde » de Courbet et plus encore cette toile séduisante en diable de Jean Hélion « La grande mannequinerie » qui montre un SDF couché devant un magasin chic de confection. Jean Hélion, né le 21 avril 1904 à Couterne et mort le 27 octobre 1987 à Paris, est dit-on l’un de ceux ayant contribué à introduire l’art abstrait aux États-Unis.

Plus on s’approche de la fin du circuit en revanche, plus l’accrochage devient inégal. On y croise le meilleur et malheureusement aussi, l’insignifiant. On se demande d’ailleurs par quel truchement, certaines œuvres sont là, tel ce transistor Sony (Peter Fischli et David Weiss) qui crachote sous le vague effet d’une lumière disco. Pour meubler peut-être, c’est un mystère ou une hypothèse. Notre jugement doit manquer de maturité mais il est tout de même possible d’en sourire. On se pose moins de questions à l’égard de Peng Wan-Ts, né en 1939 dans la province du Sichuan et auquel toute une salle a été dévolue. Lorsque l’on observe son travail original (voir ci-dessous), on se dit que l’art moderne a encore de beaux jours devant lui, car ce peintre tout autant que dessinateur, surprend dès la prise de contact visuel. Et de ce point de vue le Musée d’Art moderne n’a pas raté ce nouveau rendez-vous. L’on peut s’y réjouir, s’y agacer ou même s’y instruire, dans tous les cas il y a là-bas matière constante à étonnement, à voir la vie en rose, telle que la théorisait Raoul.

PHB

Peng Wan-Ts « La mariée » (1968)

Musée d’Art moderne de Paris, 11 Avenue du Président Wilson 75116 Paris

 

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3 réponses à Nouveau vent de fraîcheur au Musée d’Art moderne

  1. Yves Brocard dit :

    Merci pour l’envie que vous nous donnez d’aller voir ce nouvel accrochage.
    Je ne connaissais pas Gustave Miklos et ai voulu en savoir plus sur son oeuvre. J’ai eu du mal à la trouver et le site http://parismuseescollections.paris.fr/fr/musee-d-art-moderne/oeuvres/sans-titre-201#infos-principales en donne une bien piètre image! Quel dommage!
    Mais finalement, c’est peut-être mieux, car on a ainsi envie aller voir sur place.

  2. anne chantal mantel dit :

    Merci pour ce rappel ! A noter dans nos tablettes …
    J’espère que les Bonnard et Van Dongen n’ont pas été mis au placard … ni la collection art déco.

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