La dame -en rose- de chez Maxim’s

Le lundi soir chez Maxim’s rue Royale, jour de fermeture du restaurant, on range les chaises et les tables et la petite scène du théâtre s’anime. Place à la petite troupe réunie autour de Gérard Chambre qui nous conte à sa façon l’histoire de Jackie Kennedy. Et pourquoi pas à la façon d’une comédie musicale comme pour conjurer le mauvais sort qui semble avoir fait d’une vie si romanesque une tragédie ? Ponctuant le monologue de celle qui se raconte à la première personne avec nostalgie et aussi une certaine classe, des petites saynètes chantées et dansées viennent égayer le récit.

Ainsi le drame de Dallas est évoqué à la fois par des cow-boys sur un air de country et par l’irrésistible et entraînant générique de la série culte éponyme tandis que Jackie dans son tailleur rose souillé du sang présidentiel évoque le coup de tonnerre et la tête qui a craqué en mille morceaux : «Il s’est mis à pleuvoir rouge, la pluie rouge collant gluante comme la mer rougie par le soleil».

Celle qui avait déjà perdu deux de ses enfants évoque son défunt mari qu’elle appelait Jack, non sans amertume : « Jack qui adorait les femmes sauf la sienne et préférait les chasser plutôt que les garder ». Tandis que Jackie passe seule devant son écran de télé, la soirée d’anniversaire de son mari, Véronique Fourcaud interprète une Marilyn de légende qui enchaîne après le « Happy birthday, Mr Président » un « I want to be loved by you » déchaîné, au cas où le spectateur n’aurait pas bien saisi.

Après à peine 3 années passées à la Maison Blanche, le temps de refaire toute la déco, il est temps de faire les valises. Jackie n’a plus de maison, plus d’amis, plus d’histoire et pas plus de « moi ». On apprend au passage que celle qui passait pour une femme plus élégante que sexy va trouver quelque réconfort dans « la pisse de panthère du Docteur Jacobson » et aussi dans les bras de quelques acteurs de cinéma de l’époque et pas des moindres : Marlon Brando et Warren Beatty et surtout, surtout, Franck Sinatra, prétexte à une interprétation chorale et magistrale de « My way ».

Personne ne peut nier que Jackie a réussi deux superbes mariages. Elle est passée de femme de l’homme le plus puissant du monde à femme du plus riche. « Money Money ». « Pas de love story chez les milliardaires ». « Préférer l’argent à l’amour, ça se paie toujours ».

Jackie a fait son choix. Après Jack, Lee Harvey Oswald, Martin Luther King et Bobby Kennedy, elle veut tourner la page de ces morts violentes et de ces destins sanglants. Aristote Onassis va la protéger et saura convaincre cette croqueuse de diamants avec quelques cadeaux hors de prix. Elle va passer du rôle de femme potiche, une jolie potiche qui avait donné de l’élégance à la présidence de Kennedy, à celui de femme trophée, un trophée bien vite encombrant et ce, dès le lendemain de la noce. L’épisode grec est bien sûr le prétexte à des airs de Sirtaki. Puis vient l’affrontement avec Maria Callas et l’interprétation burlesque et tragi-comique de la « Norma » de Véronique Fourcaud : «La cruelle, elle se l’est marié». Et aussi, plus surprenant, le « Maria » de West Side Story.

Puis voilà la fin, Bye bye Jackie, celle que Aristote Onassis appelle désormais la veuve noire. «J’ai toujours l’impression que la pièce se joue sans moi». Il va enfin être temps d’être « soi ». « Comme un oiseau qui attend de s’envoler, Comme une bougie dans le vent, tu brûles dans nos cœurs ».

De belles voix, un rythme qui joue du chaud et du froid, du joyeux et du tragique, de l’insouciance et du grave, du frivole et de la nostalgie. Un spectacle drôle, léger et toujours élégant, comme Jackie.

Marie-Pierre Sensey

 

« Jacqueline Kennedy, la dame en rose »
Comédie musicale créée, écrite et mise en scène par Gérard Chambre

Au théâtre Maxim’s Pierre Cardin, 3 rue Royale Paris, tous les lundi soir à 20h30

Avec Anaïs Gilbert dans le rôle de Jacqueline Kennedy, Véronique Fourcaud (Callas et Marylin), Gérard Chambre(JFK), Romane Coumes, Fabrice Coccitto (Onassis) et Mathieu Gambier. Piano et direction musicale Marion Villaneau.

 

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