Une sélection perfectible pour « La France de Depardon »

Le grand format photographique est un amplificateur dangereux. Il ne transforme certes pas une photo quelconque en résultat exceptionnel bien que parfois cela puisse aider. Il y a dans « La France de Raymond Depardon », exposée jusqu’au 9 janvier 2011 à la BNF Mitterrand, au moins deux tirages totalement dépourvus d’intérêt.Il faudrait que l’on nous explique en quoi les photos d’une boucherie-charcuterie provinciale ou d’un tabac-magasin de presse sis à Sélestat, sont intéressantes en dehors de leur strict aspect documentaire (d’accord c’était quand même le but de la commande publique). Leurs cadrages sont pour le moins incertains et surtout, elles ressemblent dramatiquement  à ces clichés que l’on fait au hasard, juste pour le défoulement qui consiste  appuyer sur le déclencheur. Ca passe dans le secret d’une exposition domestique, ça coince par ici.

Autre exemple : la mairie de Waben dans le Pas-de-Calais. Pour qui la connaît, c’est vrai qu’elle mérite d’être photographiée. Elle a pour elle de représenter quelque chose (malgré le cadrage là encore) au contraire  de cette malheureuse boucherie-charcuterie qui fait dans l’anti-sujet. On pourrait à la rigueur gloser sur l’anti-thème mais il faudrait quelques heures d’avion à tuer. Pour tout dire une sélection plus rigoureuse s’imposait car le reste est parfois meilleur.

Pourtant, après 6 années de travail à la chambre 20 x 25 pour seulement 36 tirages présentés, il y a eu de toute évidence une action de triage. Les séries de bord de mer sont plaisantes. Un garagiste qui campe devant son atelier dans un « bleu » repeint par le cambouis et la photo est impeccable.

 Le photographe a confié à « Chroniques » le journal de la BNF, qu’il a pris la route « avec un bonheur inouï » et qu’il n’a pas vu « une France morte, bien au contraire » mais un « territoire qui vit, qui bouge et qui veut vivre le mieux possible ». Une sensation et des  remarques qui se trouvent bien restituées dans la plupart des photos exposées. Le grand format, cette fois, vient à point.

Un petit bémol encore : les photos ne sont pas légendées. C’est un peu contradictoire pour du documentaire. La jeune personne qui se trouve à l’accueil explique que c’est une astuce (oh oh oh) et que les réponses aux questions que l’on se pose, se trouvent en marge de la même exposition, mais répliquée en miniature et à la suite du parcours. C’est l’anti-trouvaille…

Que recommander ?

Aller voir La France de Depardon parce que dans Depardon tout est bon.

Aller voir La France de Depardon parce qu’il y a du bon dans Depardon.

Aller voir La France de Depardon pour regarder les gens qui regardent, c’est très parlant.

Préférer jusqu’au 16 janvier l’exposition sur les primitifs de la photographie à la bibliothèque Richelieu et s’émouvoir du portrait de Corot fait en 1852 par Adalbert Cuvelier (1812-1871) ou la photo des « ramoneurs en marche » (1851) par Charles Nègre (1820-1880). Dans les deux cas, c’est cadré!

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