The Last Tuesday Society, grandeurs et décadences

Amateurs et amatrices d’émotions fortes, masquées et décadentes ? Faites votre premier pas de danse sur le parquet des bals masqués de The Last Tuesday Society. Ils sont faits pour vous! Cette drôle de société n’est pas seulement un magasin spécialisé dans la taxidermie, ni une galerie où l’on organise des expositions et des conférences philosophiques, c’est aussi un cercle de dandys décadents, au féminin et au masculin. Des dandies qui se délectent à organiser des bals masqués baroques où l’atmosphère flirte avec les scènes les plus osées du chef d’oeuvre de Stanley Kubrick, Eyes Wide Shut.

C’est derrière les portes « members only » d’un Gentlemen’s Club du West End, spécialement loué pour l’occasion, et dont le décor rococo se prête à merveille à l’événement que les bals masqués de The Last Tuesday Society dévoilent leur décadence. D’une pièce à l’autre, le style varie. Dans l’une, un groupe de mariachis met du piment à une ambiance déjà hot. Une cage -à taille humaine- trône dans la salle et on s’amuse à s’y enfermer, à s’en faire libérer et même à s’y faire gentiment fouetter…

Ecrevisses, huîtres et débauche… A côté, dans une atmosphère beaucoup plus obscure, une fille dénudée s’excite sur une barre de pole dancing, seule au milieu des débauchés trop occupés à flirter derrière leurs loups… Des serveurs et des serveuses entièrement nus proposent des écrevisses et des huitres sur des plateaux d’argent. La toute proximité de leurs corps nus et de certains de leurs attributs rend la consommation de ces mets aphrodisiaques un brin embarrassante. L’atmosphère se charge sexuellement et la débauche n’est plus qu’à quelques pas…

D’ailleurs, un homme passe, nu. Seul son sexe est peint. Il est aussi cintré d’une laisse. Visiblement à la recherche d’un maître ou d’une maîtresse, notre fétichiste se dirige vers une salle qui pourrait être une des antichambres du manoir d’échangistes du chef d’œuvre de Kubrick. Le dress code des bals masqués est simplissime : le masque est obligatoire mais les vêtements optionnels…

Derrière la vitrine des bals : une société et un magasin de curiosités. The Last Tuesday Society n’organise pas seulement des bals, c’est une organisation pataphysique créée par William James à l’université de Harvard en 1878. Depuis mars 2007, les affaires de la société sont gouvernées à Londres par le “Chancellor” Viktor  Wynd et “Tribune” Suzette Field, assistés de leurs fidèles membres. C’est au coeur de Hackney, sur Mare Street dans l’Est de Londres que leur magasin de curiosités et de taxidermie est ouvert sur rendez-vous du jeudi au samedi. Et la collection d’objets de Viktor Wynd est plutôt hétéroclite : un mur de papillons côtoie les excréments en bocaux d’Amy Winehouse et de Kylie Minogue, un objet en plastique de chez MacDo est l’heureux voisin de trois foetus humains dans une bouteille… Il faut avoir le cœur accroché quand on prend rendez-vous chez Viktor et Suzette…

Quant à l’arrière-boutique, c’est une galerie dans laquelle Viktor prend grand plaisir à exposer des artistes qu’il aime. Le programme change tous les mois et l’artiste élu a tout le loisir de décorer la vitrine du magasin de ses œuvres. Enfin, la petite boutique des curiosités organise aussi des conférences, des débats…

De retour dans les salons du bal masqué, on valse sur une musique baroque. Une Marie-Antoinette poudrée et perruquée mène la danse… L’homme nu a disparu dans un recoin où l’on ne distingue plus que des formes de corps à l’abandon. Dans ce décor c’est bien grands ouverts que l’on veut garder les yeux…

Prochain bal de The Last Tuesday Society, le 26 mai. Oserez-vous cliquer là.

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3 réponses à The Last Tuesday Society, grandeurs et décadences

  1. jmcedro dit :

    Heureusement Londres est là, encore, pour nous montrer les limites de la décence, et comment les franchir.

  2. Bruno Sillard dit :

    Pourquoi cette atmosphère à la fois libertine et mais aussi victorienne que nous traduit Elisabeth Blanchet, est-elle autant propre à l’Angleterre. ?
    Un instinct morbide qu’à mon sens Kubrick n’ai pas su traduire dans Eyes Wide Shut, alors qu’il avait réussi Orange Mécanique. Justement, peut-être, parce que la violence lui est moralement moins choquante que le sexe poussé dans ses dernières limites.
    N’est-ce d’ailleurs pas la morale de Mister Hyde ou même celle de Jack l’éventreur.
    L’échangisme de l’autre côté de la Manche n’est-il, comme ici, qu’un jeu ?
    A moins que quelque part sous les voutes d’une crypte secrète, un tableau se délite, se déchire, se détruit. Un portrait de l’Angleterre ? Noblesse oblige.

  3. de FOS dit :

    On passe d’un film dérangeant à un théâtre qui dérange. Mais qu’est-ce qu’une « organisation pataphysique » ?

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