Grande révision

Depuis 12 ans précisément que le site des Soirées de Paris a réanimé le titre d’une revue associée en son temps à une révolution artistique, il était temps d’ouvrir un chantier de révision et de sortir (moralement) les grues. Les Soirées de Paris vont donc connaître un temps de repos visant à réaménager peu ou prou la formule et réétudier la périodicité. Dans l’attente d’une date de redémarrage non fixée encore à ce jour, on peut livrer quelques éléments de bilan, comme les 2859 articles publiés jusqu’à hier lundi. Par ordre d’importance, ce sont les expositions qui ont le plus été couvertes (631),  les livres (482), le théâtre (268), la musique (195) et sans oublier de mentionner Apollinaire notre saint-patron (241). L’article le plus lu a hypnotisé 20.506 lecteurs ce qui ne veut pas dire que c’était le plus intéressant tandis que certains n’ont pas dépassé 200 ce qui ne veut pas dire qu’ils n’étaient pas intéressants. D’autant que les vertus du web font que plus une chronique a de l’ancienneté plus elle est susceptible de glaner des nouveaux lecteurs. Continuer la lecture

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L’ami Jean-Claude Brialy

Acteur, metteur en scène, réalisateur, directeur de théâtre et de festivals, chroniqueur radio…, Jean-Claude Brialy (1933-2007) occupait une place de premier plan dans la vie culturelle et le paysage médiatique français. Premier ou second rôle au cinéma, il a joué dans plus de deux cents films et côtoyé les plus grands réalisateurs, à commencer par ceux de la Nouvelle Vague. Personnage aux multiples talents et à l’activité débordante, il était connu de tous. Sa disparition a laissé un vide immense, d’autant que l’homme avait le goût de l’amitié et portait haut et fort l’acte de mémoire. Ses idoles, ses amis continuaient à vivre à travers lui. Aujourd’hui, 15 ans après sa mort, ce sont eux qui se souviennent… “L’Ami Brialy, Prince des Dandys”, signé de la créatrice de costumes Pascale Bordet et du journaliste et écrivain Guillaume Evin, raconte le parcours exceptionnel de ce fils de militaire, travailleur acharné, qui marqua le monde du spectacle de son incroyable prestance. Grand esthète, il avait le goût du beau, comme le rappellent les merveilleux croquis de Pascale Bordet, et son élégance vestimentaire n’avait d’égales que sa distinction naturelle et sa droiture. Ce livre vient fort à propos lui rendre un hommage bien mérité. Continuer la lecture

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Paradis artificiels

Trop tôt pour déterminer s’il s’agit de bonnes ou de mauvaises nouvelles, mais elles s’accumulent. Les ventes d’œuvres d’art conçues par des algorithmes sont régulièrement signalées. Quelques ingrédients programmatiques, quelques suggestions traduites en langage numérique et la machine (ou l’ordinateur comme l’on voudra), pond, accouche. En 2018 une peinture artificielle avait déjà été adjugée aux enchères 400.000 dollars. En 2021, le robot Sophia avait collaboré avec un artiste humain pour, si l’on a bien compris un article du journal Vingt Minutes de l’époque, faire l’autoportrait du premier et le portrait du second. Le but en général reste de faire en sorte que le robot gagne en autonomie et devienne polyvalent. C’est-à-dire capable d’intervenir dans n’importe quelle discipline culturelle. Et de surcroît, il débarque actuellement des applications comme Dall-E permettant à tout un chacun de créer ses propres images, y compris les plus farfelues (une tortue à tête de chien par exemple), en livrant des indications (aléatoires ou réfléchies) à un algorithme. Comme un genre de logiciel de traitement  d’image ou de texte, mais en bien moins fatigant pour le cerveau. Continuer la lecture

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Celle qui y était

Lorsqu’en 1910 Picasso s’inspire une fois encore de sa compagne, il saigne sa veine cubiste et obtient une métamorphose pour le moins anticonformiste. Alors que sur certaines photographies noir et blanc, l’on peut discerner des ressemblances troublantes entre le visage de Pablo Picasso (1881-1973) et celui de Fernande Olivier (1881-1966), cette fois la fragmentation a fait son œuvre destructrice. Sa muse est en effet méconnaissable dans cette « Femme assise dans un fauteuil », en raison d’un découpage puisant dans les lois de la géométrie. Mais bien qu’il soit omniprésent, le peintre malaguène n’est pas le sujet de l’exposition qui vient de débuter au musée de Montmartre. Certes Fernande Olivier  n’aurait sans doute pas connu la notoriété sans lui, mais l’accolage des deux noms pour composer l’intitulé de l’exposition n’est évidemment pas un hasard. C’est bien la première fois que l’on braque les projecteurs sur elle, ce qui suffit en soi à déplacer nos pas sur cette colline du Sacré Cœur où le plus vétéran des Parisiens se sent tout de même touriste. Continuer la lecture

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En deux mots

Les spécialistes des vieux papiers le savent, il est bien rare de retrouver un authentique télégramme, fût-ce le plus commun des « bleus », comme un faire-part ou des félicitations. Celui présenté aujourd’hui ci-contre est le fruit d’une heureuse conjoncture puisqu’il est signé Georges Clemenceau, « tigre » et homme d’État (1841-1929). En outre il est adressé à cet autre homme d’État qu’était André Tardieu (1876-1945). Et pour dire quelque chose de très banal, comme quoi le premier sera à Paris le samedi de treize heures à dix-sept heures et que si rien ne se fait durant ce laps de temps, il faudra laisser un petit mot. Daté du 6 octobre 1922, il montre que Clemenceau, en répétant deux fois « chez moi » ne faisait pas trop dans la synthèse en vue d’épargner ses sous, car ce genre de missive était payée au mot, ce qui en conduisait d’autres à faire plus court. On se souviendra peut-être de Gabin dans le « Baron de l’écluse » (1960), ajustant au guichet de la Poste un message d’ultimatum assorti d’une menace de duel, avec les quelques sous qu’il lui restait en poche. Continuer la lecture

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Copies confidentielles

Où l’on apprend par la voix d’une certaine Jeanne Anger qu’une efficace façon d’attirer Apollinaire était d’évoquer la perspective d’une bonne pâtisserie. Cette amie de Marie Laurencin (artiste et amante d’Apollinaire durant un certain temps) écrivait au poète. En post-scriptum et dans une autre missive de mars 1913, elle ajoutait avec une gaie légèreté: « Je suis plongée dans vos bouquins, j’en suis au troisième. Je regrette seulement de ne pas avoir un amant bien portant en ce moment. » C’est tout un volume de correspondance féminine avec l’auteur de « Alcools » qui vient d’être publié chez Honoré Champion. Cet ensemble intéressant à plus d’un titre, provient d’un fonds localisé à la Bibliothèque interuniversitaire de Montpellier. Les photocopies de lettres reçues ont été inventoriées par Victor Martin-Schmets, à l’origine de cette précieuse édition. Laquelle contient des correspondances signées par des femmes ayant compté dans la vie d’Apollinaire et enregistrées comme telles (Annie Playden, Marie Laurencin) et d’autres moins conséquentes, moins connues, mais c’est ce qui fait tout la rareté et tout le sel de cette édition. Continuer la lecture

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C’est dans cette «bicoque» qu’est né le Boléro de Ravel

En 1921, Maurice Ravel a 45 ans. C’est un compositeur connu et reconnu, mais il ne jouit pas encore de la célébrité mondiale que lui conférera quelques années plus tard le fameux « Boléro ». Avec son frère Édouard, dont il est très proche, il doit quitter l’appartement parisien de l’avenue Carnot où est décédée sa mère en 1917, disparition dont il ne se consolera jamais vraiment. Par ailleurs, les médecins lui recommandent de s’éloigner de Paris pour raisons de santé, afin d’échapper aux miasmes de la grande ville et retrouver l’air sain de la campagne. Il demande alors à la fille d’un ami critique musical, Georgette Marnold, de lui trouver «une bicoque, à 30 kilomètres au moins de Paris» en ajoutant, sans doute avec une pointe d’humour : «Je pense quelquefois à un admirable couvent en Espagne, mais, sans la foi, ce serait complément idiot.» Le choix s’arrête sur une villa assez originale de Montfort l’Amaury, en Seine et Oise (aujourd’hui Yvelines) à une cinquantaine de kilomètres de Paris, petite ville déjà fréquentée par le beau monde de l’époque. Continuer la lecture

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Une minute d’arrêt en gare

En 1998 une partie de la gare de Limoges-Bénédictins a été calcinée par un incendie majeur. Elle a été remarquablement rénovée depuis. Et c’est tant mieux. Parce que les habitants de Limoges y tiennent beaucoup et que d’une façon générale, la plupart de ceux qui ont eu l’occasion de la découvrir à l’occasion d’un déplacement en Haute-Vienne ou d’y prendre l’heure à son campanile, restent marqués par le souvenir de sa masse imposante et de son style disons pluriel, fourré à l’Art-déco. Cette gare qui a vu passer le premier train vraiment rapide d’avant le TGV, soit le fameux Capitole, vient d’être désignée la plus belle de France. Depuis quatre ans en effet que ce singulier « beauty contest » est organisé par la SNCF, c’est la première fois que celle de Metz est détrônée, mais il faut dire qu’elle n’était plus en lice. Ce qui a permis à l’édifice de Limoges de gagner cette année devant Saint-Brieuc et Troyes. Continuer la lecture

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Une Seine très musicale

Ouverture de la saison à la Seine musicale, le vaisseau de lumière arrimé au bout de l’île Seguin à Boulogne-Billancourt, ancien fief de Renault. Laurence Equilbey, la grande dame en résidence depuis l’inauguration en 2017, était à la baguette avec son orchestre sur instruments anciens Insula orchestra, fondé en 2012. La patronne, comme dirait Proust, avait concocté un de ces programmes reflétant ses goûts obstinés : Beethoven (1770-1827) et Louise Farrenc (1804-1875). Son compagnonnage avec Beethoven est bien connu, tout comme son enthousiasme pour Louise Farenc, compositrice oubliée du XIXème siècle. Sans compter son désir de nous faire entendre de jeunes artistes, en l’occurrence Lucas Debargue, pianiste français de trente-deux ans déjà très célébré. Continuer la lecture

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Bouffée de protoxyde d’azote au Petit Palais

Lorsque le Ministère des Affaires étrangères voulut, au début du 20e siècle, redécorer son ambassade viennoise, elle fit appel à de grandes signatures d’artistes, comme elle le mentionne d’ailleurs sur son site Internet. Ce bien bel édifice, élégant en diable, méritait à juste titre les plus grands soins ce qui fait que l’édifice peut aujourd’hui se vanter d’être « la seule représentation diplomatique au monde de style Art Nouveau ». Outre des noms remarquables comme Majorelle (pour l’escalier), une série de douze tableaux censés illustrer « la vie et les inventions modernes » avait été commandée à un certain André Devambez (1867-1944). Pourtant séduisantes (détail de l’une d’elles ci-dessus), ses illustrations ne furent pas au goût des commanditaires. Elles avaient même été renvoyées en France avant que dans les années quatre-vingt, quelqu’un se ravise, renvoyant les belles images à Vienne. Elles donnèrent même leur nom au salon où elles ont été accrochées pour de bon. Il se trouve que André Devambez est actuellement exposé au Petit Palais lequel musée a été bien inspiré d’honorer ce touche-à-tout aimant à l’évidence s’amuser en travaillant. Continuer la lecture

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