Sur de bons rails

Dans la vraie vie il s’appelait Hunter S. Thomson mais dans le livre son patronyme est Walker. Dans la vraie vie elle s’appelle Cheryl Della Pietra, mais dans le livre qu’elle a consacré à l’écrivain américain, elle a choisi de se prénommer Alley. Alors fraîchement sortie de ses études et après un boulot de barmaid, elle s’est trouvé un job consistant à assister le concepteur du gonzo-journalisme, jour et nuit. « Gonzo girl » raconte avec brio comment, à partir de deux heures du matin, elle obligeait Thomson à pondre deux pages qu’elle réécrivait en douce avant de les faxer à l’éditeur. C’est sans aucun doute un « must have » de la rentrée littéraire. Tellement ce bain d’anti-conformisme, de monde déjanté, d’univers irrévérencieux, de comportement dérangeant, d’ambiance malsaine, débouchent paradoxalement sur une lecture ô combien plaisante à dévorer. Continuer la lecture

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Je t’appelais d’une cabine

Il n’y avait pas qu’Apollinaire pour comprendre la révolution téléphonique à venir. Dans son poème « Les Fenêtres », lequel ouvrait en 1913 le catalogue de l’exposition de Robert Delaunay à Berlin, il disait qu’il y avait « un poème à faire sur l’oiseau qui n’a qu’une aile » et que ledit poème serait expédié par « message téléphonique ». De nos jours il s’en envoie de par le monde quelque 300 milliards au quotidien soustraction faite des indésirables. Une somme incroyable. Mais non il n’y avait pas qu’Apollinaire pour anticiper cette folle évolution. Seulement 13 ans après l’invention du téléphone par Alexander Graham Bell en 1876, Jules Verne (1828-1905) et son fils Michel (1861-1925) publiaient un recueil de nouvelles intitulé « Hier et demain ». L’ouvrage comprenait « La journée d’un journaliste américain en 2889 ». Continuer la lecture

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Sur les traces du young Lawrence

Avant qu’il ne devienne le célèbre et très mystérieux Lawrence d’Arabie, officier de liaison espion, défenseur des peuples arabes contre le Grand Turc de 1916 à 1918, Thomas Edward Lawrence devait passer ses vacances de l’été 1908 à parcourir la France du nord au sud pour voir de près ses châteaux et ses cathédrales du Moyen Âge. Il est alors étudiant au Jesus College d’Oxford, et le voilà qui enfourche sa bicyclette, seul, à vingt ans, et va comptabiliser 4000 kilomètres à la recherche des forteresses édifiées par Richard Cœur de Lion. Continuer la lecture

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Elles finissent mal … en général

Une Histoire d’Amour, donc. De celles qui finissent mal ? Motus. Certes, c’est le cas en général, n’est-ce pas ? Et comme nous le rappelle la bande-son, Plaisir d’amour ne dure qu’un moment, chagrin d’amour dure toute la vie. Alexis Michalik, à nouveau auteur et metteur en scène, comédien cette fois en prime, nous présente Une histoire d’Amour à la Scala, sur le cosmopolite Boulevard de Strasbourg. Et c’est un nouveau coup de maître. Cela fait un bien fou de revenir dans de telles conditions au théâtre après six mois d’entracte contraint. Michalik remet le couvert pour notre émerveillement. On rit, on pleure. En même temps. Continuer la lecture

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L’araignée qui préférait les solos

le palpe des araignéesMaurice Thomas convenait que l’entomologie relevait « d’une passion tenace » transformant celui qui la pratiquait « en une sorte de maniaque (…) qui ne se lasse pas de voir et revoir mille et une fois la même chose », quand bien même elle serait dépourvue de toute « valeur pratique ». Dans son livre publié en 1953, consacré aux araignées, il décrivait ses longues heures passées à observer leurs accouplements. On y apprend, schéma à l’appui (ci-contre) que le mâle fait part de ses intentions à la femelle en utilisant un langage sémaphorique des plus clairs. Il agite en alternance ses organes reproducteurs que sont son palpe droit et son palpe gauche, enrichis en sperme par l’abdomen. Si elle accepte l’invitation, l’accouplement prendra plus d’une heure. Si elle refuse en revanche, l’opération prend un tour burlesque dont Maurice Thomas nous livre le détail savoureux. Continuer la lecture

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De la villa Anne-Marie au Monastère de Brou

La villa Anne-Marie avec ses dépendances, l’ancienne grange, la fontaine, le four à pain et la magnanerie, sont logés au fond de la vallée bien loin du village. «Ici, vous serez tranquilles». Des pièces vides pour symboliser l’absence, le départ. Et une salle de classe (ci-contre) avec des pupitres d’enfants, des dessins d’enfants. Et des photos de visages d’enfants, innocents et joyeux comme peuvent l’être les enfants, et de leur institutrice aussi et de ceux qui avaient choisi de faire de ce lieu un refuge. À Izieu le temps s’est arrêté le 6 avril 1944 jour de la rafle nazie de la colonie des enfants réfugiés de l’Hérault. 44 enfants et 5 adultes. Ce qui était leur refuge les a conduit directement aux camps d’extermination. «Les enfants furent jetés sur des camions comme des colis et Monsieur Zlatin reçut des coups de crosse. Les pauvres petits chantèrent en partant «Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine». (1) Continuer la lecture

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Zurich, un lac, des banques et une vie culturelle riche

On avait de Zurich, une image d’austérité cossue. Austère, comme la Réforme religieuse dont elle a été le centre au XVIe s. Cossue parce qu’elle détient le record d’établissements bancaires et financiers du pays. On avait mésestimé la richesse artistique, architecturale et culturelle de cette belle cité alémanique et la qualité de vie qui y règne. Depuis des années, sans faillir, Zurich se classe en effet parmi les dix premières villes du monde où il fait bon vivre. Un centre historique carte postale traversé par une rivière si propre qu’on s’y baigne, un lac aux eaux cristallines entouré de sommets enneigés, une atmosphère diurne paisible mais une vie nocturne riche en spectacles et fêtes. Continuer la lecture

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Monsieur Proust, retour au théâtre

4 mars – 5 septembre 2020 : six longs mois interminables sans théâtre. Un moment de vie inédit et jusque-là inenvisageable. De beaux instants d’émotion partagés chez Duras avec le portrait tout en délicatesse de deux âmes solitaires dans “Le square” (1), puis, une éternité plus tard, un autre portrait, tout aussi sensible, celui de “Monsieur Proust” dessiné par Céleste Albaret et Marianne Denicourt (ci-contre). Après des semaines passées en sa compagnie (2), il semblait bien naturel de suivre l’auteur de “La Recherche” sur la petite scène de la Maison de la Poésie, de rattraper avec lui ce temps si tristement perdu. Avec “Monsieur Proust”, la comédienne Marianne Denicourt, accompagnée dans son projet artistique par le comédien et metteur en scène Ivan Morane, a entrepris l’adaptation théâtrale des souvenirs de Céleste Albaret, la fidèle gouvernante de Proust, et d’en faire une lecture. Une lecture formidablement vivante, faut-il préciser. On ne pouvait rêver plus beau moment d’émotion pour sceller nos retrouvailles avec le théâtre. Continuer la lecture

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Apollinaire au rendez-vous de Minsk

Par sa mère Angélique de Kostrowitzky, Guillaume Apollinaire avait un cousin russe, poète comme lui et mort la même année que lui en 1918, mais en Biélorussie. Sous le pseudonyme de Karuś Kahaniec, Kazimierz Rafał Kostrowicki (ci-contre) était également auteur, dramaturge, sculpteur, artiste et militant politique. Il était né en 1868 contre 1880 pour Apollinaire. Cette information pour le moins mal connue mais notamment mentionnée dans un livre de Jeremy Moczarski paru en 2019, « Poetry in the blood », n’est pas inopinée. Car il se trouve que c’est demain jeudi, à Minsk en Biélorussie, qu’aura lieu un genre de réunion de famille, celle des « Kostrowicki », sous les bons auspices du Museum of the history of literature et de différents concours institutionnels. Un peu comme si la famille Rimbaud organisait un séminaire à Charleville ou si le clan Duguesclin tenait un conclave au Mont-Saint-Michel. Continuer la lecture

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Le Laboureur de Bohême met en garde la mort !

Voilà une heureuse idée du Théâtre de Poche que cette réouverture sous le signe de la révolte d’un humain très humain contre ce qui le dépasse. « Le Laboureur de Bohême » met en scène le dit laboureur qui vient se plaindre auprès de la mort qu’il a perdu son épouse, femme exceptionnelle, trop tôt disparue. Heureuse intuition du duo Marcel Bozonnet et Pauline Devinat d’être allé chercher ce texte du XVe siècle de Yohannes Von Tepl, texte rare et en partie tombé dans l’oubli, qui nous est rendu par la traduction et l’adaptation de Florence Bayard. Heureuse résonance enfin avec notre rentrée déconfinée, prise entre sidération, attente et envie d’action. Continuer la lecture

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