Pourquoi pas une turquerie? se dit Mozart. Il a vingt-six ans, déjà six opéras derrière lui dont « Mitridate » (composé à quatorze ans) puis « Lucio Silla » et « Idoménée », grands succès relevant de l’opera seria, avec ses héroïnes et héros déchirés tout droit venus de l’Antiquité. Alors oui, pourquoi pas une turquerie se dit Mozart, poussé par son librettiste Stephanie Le Jeune vers cette histoire de captive chrétienne retenue prisonnière dans le sérail d’un sultan épris d’elle. Venant de se marier avec Konstanze Weber contre la volonté de son père (symbolisé par le pacha Selim), voulant s’affranchir de Colloredo, le redoutable prince-archevêque de Salzbourg, s’installant à Vienne comme « musicien libre », le voilà qui plonge joyeusement dans le travail: « Ici commence le bonheur ! » déclare-t-il. On voit qu’il aborde sa maturité en toute innocence et effervescence avec « L’enlèvement au sérail ». Continuer la lecture
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Le passage de la météo de papa au climat d’aujourd’hui, nous oblige à chercher de nouveaux sujets afin de débattre aimablement avec notre prochain, sans que cela ne risque de tourner au duel. Pas facile. C’est donc après cette précaution liminaire, que l’on commentera la couverture du quotidien Excelsior en date du 14 juillet 1921 (ci-contre) et aperçue par hasard ces derniers jours sur un marché aux livres, journaux et vieux papiers. Cet été 1921, les bonnes affaires étaient pour les vendeurs de glaces et d’éventails. Alors que la France ne comptait pas encore quarante millions d’habitants et que le monde n’en recensait qu’un peu moins de deux milliards, les températures avaient bondi en Europe et notamment à Paris où les habitants n’avaient pas eu si chaud depuis 10 ans à en croire Excelsior. Mais rien n’avait été normal depuis le début de l’année. 


Le jeune baryton allemand Samuel Hasselhorn a décidé de célébrer à l’avance les 200 ans de la mort de Franz Schubert du 19 novembre 2028 par un projet génial nommé « Schubert 200 ». L’occasion de nous rappeler qu’aujourd’hui comme de son vivant, le petit Schubert (1797-1828) demeure une énigme. Né et mort à Vienne, haut d’un mètre cinquante, trapu et ventru, doté d’une masse de cheveux bouclés, il est surnommé « le petit champignon » par ses amis. Peu connu et reconnu durant sa vie sinon d’un fervent groupe d’amis se livrant à des « schubertiades » privées, il mourra à trente-et-un an probablement de la syphilis. Comment a-t-il pu, en si peu de temps, composer 600 lieder, 9 symphonies, d’innombrables sonates pour piano, de nombreuses messes et de la musique de chambre? Douzième de quatorze enfants, délaissant son métier d’instituteur imposé par son père, il va tenter de vivre de son art (plutôt pauvrement) sans jamais accepter de commande régulière, contrairement à Mozart (1756-1791) ou Beethoven (1770-1827). « Qui peut faire encore quelque chose après Beethoven?» dira-t-il, et il aura in extremis la joie d’être parmi les nombreux porte-torches à l’enterrement de son dieu vivant, un an avant de disparaître lui-même.