L’impression des couleurs n’était pas terrible mais tout chatoiement était devenu désirable, bon à prendre. Dans ce numéro de La Femme du mois d’octobre 1945, elles exprimaient si bien le retour à la vie après cinq années de guerre. L’hebdomadaire comptait peu de pages, le papier était rare. Ce numéro comportait notamment le compte rendu du salon d’Automne. Et l’article de Guy Dornand à ce sujet embaumait les libertés retrouvées. Il évoquait la « fête de la couleur », venue selon lui d’une « moisson picturale de l’été enfui ». Il se rappelait aussi l’édition précédente du salon où tout le monde semblait exiger une polychromie étourdissante « après quatre années vert-de-gris ». Un changement de cap que devaient illustrer les œuvres de « l’explosif » Picasso. Mais l’année suivante, en octobre 1945, c’était lui, Henri Matisse, « le plus jeune exposant du salon » qui était la vedette, avec une salle entièrement réservée afin d’y suspendre pas moins de quarante de ses toiles. En une phrase, Guy Dornand résumait le choc offert par « ce coloriste heureux au dessin elliptique, dont les différentes manières » constituaient « une montée permanente vers la lumière ». Délivrée, requinquée, l’envie de vivre profitait logiquement à la presse. On ne pouvait pas imaginer que l’humanité, incorrigible, saurait remettre son couvert empoisonné ici ou là. C’est ce qui donne en ce moment même, à cette édition de la Femme, un ton d’actualité. Continuer la lecture
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Igor Marchevitch (1912-1982) est sans doute le plus mythique des maestros français. Né le 9 août 1912 à Kiev, il descend d’un prince de Bosnie, Marko, chassé par le sultan. Fixé en Ukraine depuis le XVe siècle, le prince sera anobli, Marke-vitch signifiant « fils de Mark ». L’arrière-grand-père juriste d’Igor, comme son grand-père maréchal de la noblesse, sont fous de musique, et Boris, son pianiste de père « avait renoncé à ses privilèges pour se consacrer uniquement à la musique » (sic). La famille quitte l’Ukraine définitivement dès 1914, se partageant entre Paris et la Suisse où le père soigne ses poumons. Avec de tels gènes princiers et musicaux, sans oublier sa grand-mère russe et sa mère élevées en France, l’enfant fut loin d’être un enfant normal. Sa mère l’encourage à travailler une étude de Chopin au lieu d’aller faire de la bicyclette en lui disant: « Voyons, mon petit, est-ce que Beethoven faisait de la bicyclette ? » L’enfant prodige étonne ses différents professeurs de piano, et Alfred Cortot, de passage à Lausanne, l’invite tous frais payés à l’École normale de musique qu’il vient de fonder à Paris (voir mon article du 15 décembre 2025). Il y apprend le contrepoint avec la grande Nadia Boulanger, puis gagne ses premiers sous en composant des arrangements pour des courts métrages. Car il est aussi compositeur.
On ne peut pas dire que son pinceau avait été particulièrement amène en réalisant cet autoportrait de profil « à la parure de corail ». Cette huile a été néanmoins retenue afin d’orner la biographie de Yvonne Jean-Haffen ouvrage qui vient de paraître chez Flammarion et alors qu’une exposition sur l’artiste, a débuté le 4 avril à Dinan. Pour l’impression, l’imprimeur a un peu forcé sur la couleur et il semble que la réalité soit plus délicate, à en juger l’œuvre sur Internet. Le visage n’en reste pas moins sévère. Grâce à ce livre et à cette exposition, celle qui fut l’assistante puis très vite l’amante de Mathurin Méheut (1882-1958), méritait ce coup de projecteur et même ce coup de chapeau. Sa vie (1895-1995) est un roman si riche que l’auteure du livre, Geneviève Haroche-Bouzinac, a pu se montrer économe en superlatifs et en adverbes. « De l’ombre à la lumière » est une vraie biographie en ce sens qu’elle ne quitte jamais son personnage et mesure les aspects contextuels. Cette rigueur dans l’écriture et la construction chronologique du récit, a cet avantage de mettre en valeur une passion tout à la fois réciproque et irrésistible entre deux êtres. Lesquels étant mariés, c’est une double vie qui nous est racontée ici et une double trame avec un étage pour l’art et un étage pour l’amour.
Le site des Soirées de Paris a été piraté dans la nuit du 18 avril. Ce qui fait que brièvement, de faux articles vantant un site de jeux d’argent en ligne ont paru samedi matin. Les abonnés à notre newsletter ont pour leur part reçu un message publicitaire inhabituel et inapproprié. Des mesures de correction ont été prises. Nous vous présentons nos excuses pour ces désagréments et nous vous remercions de votre fidélité.
Une lectrice nous ayant aimablement avertis de la présence de Guillaume Apollinaire au Grand Palais, dans le cadre de l’exposition sur Henri Matisse, il devenait opportun d’évoquer le livre que publièrent de concert Henri Matisse (1869-1954) et André Rouveyre (1879-1962). Présent au Grand Palais, sobrement intitulé « Apollinaire », le livre paru en 1952, plus de trente ans après la disparition du poète, est une rareté dont la couverture (ci-contre) est en soi une signature. Le tirage avait été limité à 350 exemplaires. On peut le trouver pour environ 2500 euros ce qui décourage toute acquisition impulsive pour les fans ordinaires. Heureusement que la Bibliothèque royale des Pays-Bas en conserve un exemplaire dont elle publie en ligne, un échantillon pour la partie graphique (1). Quel dommage qu’on ne puisse bénéficier d’une réédition, quand on sait que le musée de Matisse, à Nice, ne se prive pas de commercialiser tout ce qui est possible avec incidemment des nus bleus sur magnets, mugs et même des torchons imprimés. D’autant que le narratif, comme on dit de nos jours, n’est pas mince entre Matisse et Apollinaire.
Vous aviez, en primaire, peiné sur l’accord des formes pronominales, ri bêtement au son d’improbables imparfaits du subjonctif, maltraité la concordance des temps. Adulte, vous renonçâtes à vous rappeler s’il faut inverser verbe et sujet après « aussi » (c’est attendu, sans être obligatoire, si une virgule lui est accolée) et « ainsi » (l’inversion est fréquente mais pas obligatoire, pas d’enjeu de virgule)… Mais il vous en est resté un certain goût de l’effort et la fierté un peu vaine de l’inaccessible beauté de la langue française. Et puis, au fil des discours entendus (politiciens de plus en plus normaux mais de moins en moins normaliens), des dialogues saisis dans la rue et ailleurs, d’échanges lus avec indignation puis relayés avec résignation dans les messageries sociales, vous vous êtes laissé dériver dans des ténèbres linguistiques, traversées ça et là de brûlants repentirs. Une grammairienne chevronnée vient de publier un nouveau bréviaire qui pourra, selon les cas, vous sortir (ou pas) de ce marasme. Anne Abeillé, auteur de « La Grammaire se rebelle », se revendique, disons-le d’emblée, de ces « linguistes atterrées » qui ont fait pendant aux économistes du même qualificatif, avec une intention avouée: déconstruire les idées reçues, desserrer les carcans. Son ouvrage entend désinhiber, en dénonçant le grammaticalement pur.
Ce 14 avril, il y aura quarante années que Simone de Beauvoir quittait notre monde pour passer à la postérité. Elle y entrait lestée de son œuvre principale, « Le Deuxième sexe », publié en 1949. En un bon millier de pages, elle y dressait le catalogue des sujétions dont les femmes avaient été et étaient encore l’objet à son époque. Ceci dans l’optique de la philosophie existentialiste, récusant notamment le déterminisme biologique dans la condition humaine. Elle est ainsi devenue à jamais la figure de proue du Mouvement de Libération des Femmes. Une phrase issue de son livre est devenue slogan: « On ne naît pas femme, on le devient! » On pourrait y trouver le pendant d’horloge de l’aphorisme d’Érasme dans son Traité sur l’éducation: « On ne naît pas homme, on le devient! ». Lui-même copié sur le constat de Tertulien, théologien du IIIe siècle: « On ne naît pas chrétien, on le devient! » qui a lui, le mérite de se passer de démonstration. Mais tandis qu’Érasme évoquait « l’homme » en tant qu’être humain, Beauvoir, elle, considère spécifiquement la femme, être du genre féminin. Ce qui ouvre une tout autre perspective.
Tout le monde connaît le guide Michelin, mais beaucoup moins d’amateurs connaissent l’autre guide rouge, celui des « Maîtres Cuisiniers de France ». Si l’ancêtre dénombre cette année 668 étoilés (un record), l’autre s’en tient à 570 élus, dont quelque 162 ambassadeurs à l’étranger, de l’Europe au Koweït, puisque la gastronomie française est une fierté mondiale. 668 contre 408, on saisit d’emblée ce qui distingue le petit frère, une plus grande sélectivité, un plus grand raffinement, à commencer par sa couverture d’un rouge orange avec son monogramme doré et ses pages pleines de photos, celles de la bobine du maître, de son restaurant et d’un plat favori. Si tous deux servent la cuisine française, leur fonctionnement est entièrement différent. Comme chacun sait, le guide créé en 1900 par les deux frères Michelin s’élabore grâce à une mystérieuse armée d’inspecteurs préservant leur anonymat (en principe… mais peut-on le croire ?), alors que le suivant est composé de chefs cuisiniers ayant demandé à être admis par la commission de l’Association, puis jugés sur pièce.
C’est sans doute moins glamour que le temps du muguet, moins révolutionnaire que le temps des cerises, mais la présence d’asperges sur les étals des marchés constitue l’un de ces petits événements saisonniers qui contribuent aux plaisirs modestes de la vie. D’abord parce qu’elle porte la promesse d’un printemps proche, souhaité avec une certaine impatience quand l’hiver a semblé interminable; ensuite parce qu’elle donne aux gourmets l’occasion de retrouver une saveur unique et incomparable, d’autant plus appréciée que la saison en est relativement courte (d’avril à juin). Ces racines savoureuses connues depuis très longtemps (asparagus officinalis) ont donc commencé à sortir de leurs cachettes. Leur teint ivoirin prouve qu’elles furent privées de toute lumière avant de commencer leur vie publique.
Elle est là, éternelle icône dans la tempête … oh, là, pardon, je m’emporte déjà … elle est là donc, comme toujours à l’entrée de « son » théâtre, elle est seule pour contrôler les billets, avec un grand merci souriant. Ceux qui ne la connaissent pas physiquement (y en a-t-il ?) apprécieront l’accueil si simple et efficace. Les autres, la première fois comme la énième, penseront, ah tout de même, quelle expérience, ce théâtre. Bienvenue à la Cartoucherie du Bois de Vincennes, au Théâtre du Soleil précisément. Ariane Mnouchkine, donc, est fidèle au poste. À la barre d’un vaisseau qu’elle a cofondé en 1964, amarré dans cet enclave multi-théâtrale depuis 1970. Un sacré bail. Pour le spectacle lui-même, Sautez trois paragraphes. Car « l’expérience Théâtre du Soleil » débute en réalité dès l’appel téléphonique de réservation. Pas de site de réservation, ni même d’e.mail de réservation. Non, la voix humaine, cette Chère voix humaine, il faut échanger. Idéalisme. Collectivisme. Humanisme. Voilà un îlot de gauche, purement de gauche, c’en est émouvant. Réservation par téléphone, donc. Pas tout à fait. On a le choix.