Sauf à comparer les ADN des pères supposés en allant gratter leur squelette, sauf à tomber sur un écrit certifié que l’on aurait exhumé d’une vieille boîte à chaussures, il reste probable que l’on ne connaîtra jamais l’identité du père de Guillaume Apollinaire. Un livre vient de sortir à ce propos, traquant le mystère en profondeur dans un labyrinthe aux parois flottantes. Intitulé « Le Sphinx et la Nuit », l’ouvrage signé Claude Debon, remet la matière froide sur l’étal des spéculations. Dans les années soixante-dix, elle avait découvert dans les archives d’André Billy, à la bibliothèque de Fontainebleau, une lettre à n’ouvrir qu’après la mort de Jacqueline Apollinaire, l’épouse du poète. Le contenu conférait au premier évêque de Monaco, Monseigneur Charles Theuret (1822-1901), la qualité de géniteur. Ce qui mettait à bas le consensus prévalant jusque-là, prêtant à un certain Francesco Fluigi d’Aspermont, la paternité d’un de nos plus grands écrivains, né à Rome en 1880. Mais dans les deux cas, il y a les éléments qui collent et ceux qui décollent. L’universitaire Claude Debon en fait le tri sans états d’âme, ne cédant pas à la tentation de conclure. Continuer la lecture
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Le passage de la météo de papa au climat d’aujourd’hui, nous oblige à chercher de nouveaux sujets afin de débattre aimablement avec notre prochain, sans que cela ne risque de tourner au duel. Pas facile. C’est donc après cette précaution liminaire, que l’on commentera la couverture du quotidien Excelsior en date du 14 juillet 1921 (ci-contre) et aperçue par hasard ces derniers jours sur un marché aux livres, journaux et vieux papiers. Cet été 1921, les bonnes affaires étaient pour les vendeurs de glaces et d’éventails. Alors que la France ne comptait pas encore quarante millions d’habitants et que le monde n’en recensait qu’un peu moins de deux milliards, les températures avaient bondi en Europe et notamment à Paris où les habitants n’avaient pas eu si chaud depuis 10 ans à en croire Excelsior. Mais rien n’avait été normal depuis le début de l’année. 


Le jeune baryton allemand Samuel Hasselhorn a décidé de célébrer à l’avance les 200 ans de la mort de Franz Schubert du 19 novembre 2028 par un projet génial nommé « Schubert 200 ». L’occasion de nous rappeler qu’aujourd’hui comme de son vivant, le petit Schubert (1797-1828) demeure une énigme. Né et mort à Vienne, haut d’un mètre cinquante, trapu et ventru, doté d’une masse de cheveux bouclés, il est surnommé « le petit champignon » par ses amis. Peu connu et reconnu durant sa vie sinon d’un fervent groupe d’amis se livrant à des « schubertiades » privées, il mourra à trente-et-un an probablement de la syphilis. Comment a-t-il pu, en si peu de temps, composer 600 lieder, 9 symphonies, d’innombrables sonates pour piano, de nombreuses messes et de la musique de chambre? Douzième de quatorze enfants, délaissant son métier d’instituteur imposé par son père, il va tenter de vivre de son art (plutôt pauvrement) sans jamais accepter de commande régulière, contrairement à Mozart (1756-1791) ou Beethoven (1770-1827). « Qui peut faire encore quelque chose après Beethoven?» dira-t-il, et il aura in extremis la joie d’être parmi les nombreux porte-torches à l’enterrement de son dieu vivant, un an avant de disparaître lui-même.
S’intéresser à Apollinaire conduit à faire des tas de choses et notamment, à lire des livres dont l’acquisition n’aurait pas été évidente autrement. Il se trouve qu’un de ses amis publia au début des années trente une galerie de portraits se terminant par un mince profil du poète. Mais Fernand Fleuret, l’auteur (1883-1945), commença son ouvrage par une défense en règle de Gilles de Rais, noble et guerrier ayant vécu du temps de Jeanne d’Arc et même un temps à ses côtés. La justice s’il est possible d’employer ce mot, s’appliqua à le détruire avec méthode de façon à ce que, quoi qu’il arrivât, le sieur de Rais devenu de Retz, terminât sous une potence. Ce passionnant récit à décharge, documenté, n’est pas sans nous interpeller, nous qui ne vivons pas dans le pays le mieux placé au monde (22e) pour ce qui est de la justice et qui a failli encore récemment, introduire la notion de faute « implicite ». Concernant Gilles de Rais, ce fut bien pire encore et même cocasse par moment. Pêle-mêle il était accusé d’alchimie, d’assassinats et de sodomie sur les deux sexes. Fernand Fleuret relevait qu’il n’y avait pourtant eu que des témoins mâles à la barre et que chacun, avec un ensemble troublant, déclara que la sodomie en question ne fut jamais « consommée par habitation ». Un acte qui était puni par le feu. Gilles de Rais finit « pendu et ars » ce qui signifiait qu’après avoir été strangulé on allait brûler son cadavre.