Un incident qui dit tout. Lorsque Dimitri Chostakovitch brosse avec humour les travers d’une bureaucratie totalitaire avec son opéra « Le nez », la blague ne plaît pas à tout le monde. Lénine est mort depuis longtemps. Mais Staline a pris le relais et la rigolade n’est pas au programme. Nous sommes en 1930 et l’association des musiciens russes prolétaires s’empresse de donner son avis. Elle ne finasse pas et qualifie l’œuvre « d’infantile et gauchiste ». Avec le recul, cette dernière épithète ne manque pas d’épices. Les termes en tout cas valent une sentence: interdiction de représentation. Rediffusé sur Arte, le bon documentaire de Philippe Picard et Jérôme Lambert, nous raconte comment un musicien génial dut louvoyer dans un monde dystopique afin de survivre et de protéger sa famille. Intitulé « Symphonie en rouge », le film majoritairement noir et blanc, vaut à la fois pour cet aspect politique et aussi pour la redécouverte d’un homme accompagné de son répertoire de quinze symphonies, six opéras, six concertos, trois ballets, environ vingt pièces de musique de chambre et une cinquantaine de partitions pour le théâtre. Dimitri Chostakovitch (1906-1975) débuta aussi en salles de cinéma comme accompagnateur musical. Il jouait la nuit avant de se rendre « épuisé », dès le matin au conservatoire. Continuer la lecture
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