Cap vers l’Est à la galerie Camera Obscura

Boulevard Raspail, à deux pas du quartier de Montparnasse, la galerie Camera Obscura est un lieu bien connu des collectionneurs et amateurs de photographies. Au rythme de cinq expositions par an, de splendides tirages, souvent d’époque, signés d’artistes faisant référence en ce domaine, se succèdent régulièrement sur ses murs : Willy Ronis, Saul Leiter, Marc Riboud, Sarah Moon, Michael Kenna, Claudine Doury … Les clichés vintage de Bernard Plossu tout juste décrochés, la galerie met cap vers l’Est avec trois artistes contemporains, d’univers fort dissemblables, l’Américain Mickael Ackerman, né en 1967, l’Australien Max Pam, né en 1949, et l’Italien Paolo Roversi, né en 1947, avec, pour points de convergence, l’Inde et le Yemen. Un dépaysement artistique et géographique des plus salutaires en ces temps où voyager en des terres éloignées semble mission impossible. Continuer la lecture

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Vie et mort de la cravate

Elle sont là alignées, suspendues à un fil, tristement avachies comme des oreilles de cocker. Elles n’ont aucune certitude de retrouver vie un jour ou l’autre. Il s’en faudrait de peu pour qu’à la faveur d’un incident quelconque – déménagement, nettoyage de printemps, scène de ménage – elles disparaissent à tout jamais. Parce que la plupart d’entre elles n’ont même pas droit à une seconde vie. Et pourtant ces cravates ont toutes eu leurs heures de gloire. Elles ont fièrement plastronné sur la poitrine de leur propriétaire. Discrètes ou arrogantes, elles disaient toujours quelque chose sur celui qui la portait. Elles pouvaient devenir un signe distinctif. On se souviendra de la (trop) longue cravate rouge de Donald Trump comme on se souvient de la cravate à pois de Gilbert Bécaud. Continuer la lecture

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Boulogne-Billancourt comme un musée à ciel ouvert

Voilà enfin le livre qu’on attendait depuis longtemps, celui qui célèbre le règne de l’Art déco à Boulogne-Billancourt dans toute sa splendeur, toute sa diversité et toute son étendue. Le maire de BB, Pierre-Christophe Baguet, très attaché à ce patrimoine, a raison de parler dans la préface de «musée à ciel ouvert». Il a raison de rappeler la fameuse Exposition internationale des Arts décoratifs de 1925, qui a donné aux arts déco leurs lettres de noblesse, et aux artistes français, dont beaucoup étaient boulonnais ou billancourtois, une aura internationale.
Et il a raison de rappeler que Billancourt fut rattachée à Boulogne par un décret présidentiel cette même année 1925, et que le maire de cette nouvelle et vaste commune, André Morizet, fit acte de visionnaire en commandant en 1934 un hôtel de ville à la mesure de l’évènement à l’architecte Tony Garnier (la Halle de Lyon). Continuer la lecture

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Gel tradition

Oui, tradition, tellement le fait d’en acheter est devenu un réflexe au même titre que la ficelle et la baguette non moulée bien cuite. On parle bien ici du gel hydroalcoolique (ci-contre en libre-service) destiné à stériliser jusqu’à l’os nos paluches en voie d’assèchement. Et non du gel lubrifiant voué à d’autres usages, encore qu’en fin de journée un peu de fluide apaisant est toujours bon à prendre, une fois achevé le risque de serrer à l’étourdie la main de quelqu’un. Jusqu’à présent les industriels sont restés assez sages sur les étiquettes, se contentant de mettre des mentions comme « pulpe de vie » assorties d’un petit drapeau tricolore histoire de réveiller la fibre cocardière. L’humour n’a pas encore franchi l’étape de la grande distribution alors que l’on pourrait rire d’un « gel cafard » ou d’un « gel bourdon », tellement cette onction pluri-journalière vient nous rappeler que les rapports tactiles sont toujours proscrits. Continuer la lecture

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Appelez-le « Ramón »

Écrivain multiforme, aussi inclassable qu’imprévisible, Ramón Gómez de la Serna, pur Madrilène né en 1888, fut l’ami de Valery Larbaud qui voyait en lui l’un des meilleurs écrivains de son temps, au même titre que Joyce et Proust. Célèbre en Espagne, réputé en Europe où on le considérait comme un pionnier de l’avant-garde, il devint peu à peu oublié en France jusqu’à la parution toute récente de son autobiographie: « Automoribundia 1888-1948 ». Ce pavé de plus de mille pages (ci-contre), d’un intérêt qui ne faiblit pas, lui permet de sortir du purgatoire avec les honneurs du torero Caracho (1) qui quitterait les arènes de Madrid par la Puerta Grande. Dans les premières décennies du XXe siècle, Gómez de la Serna fut l’un des premiers en Espagne à vivre de sa plume : sa signature se retrouve dans un nombre impressionnant de journaux de diverses tendances. Continuer la lecture

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Ci-gisent la fausse comtesse des Landes et son Jules

Certaines tombes oubliées du cimetière des Landes à Chatou sont garnies de mousse. Et cette parure végétale fait ainsi œuvre de vitalité dans un décor qui en manque. Mais pas celle-là, ou à peine. La poussière et la suie achèveront bientôt de faire disparaître le nom du gisant, Jules Weil. Celui qui faisait office de beau-père aux côtés de Guillaume Apollinaire n’est pas tout seul. Puisque sa compagne, Angélique de Kostrowitzky a été enterrée avec lui la même année en 1919. À quelques jours près, ils sont tous les deux morts de la grippe espagnole, celle qui avait emporté Guillaume quelques mois auparavant (inhumé au Père Lachaise). Quant au frère Albert, également victime d’une maladie infectieuse, il est enseveli au Mexique. Ce petit clan familial  s’est évaporé d’un seul coup, dans la foulée de Guillaume, l’écrivain, poète et journaliste. Et tout indique que cette tombe ne reçoit pas beaucoup de visites. Le déplacement s’en trouvait conséquemment  justifié. Continuer la lecture

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Tzintzuntzan (Mexique) : un village mystérieux au cœur de la culture tarasque

Tzintzuntzan, son nom claque comme un pétard chinois. Et pourtant c’est dans le Michoacan, sur la côte pacifique du Mexique, que se trouve ce bourg insolite de 12.000 habitants. Haut-lieu de la culture tarasque, une civilisation aujourd’hui oubliée, comme a pu l’être celle des Olmèques, la petite ville rurale concentre des trésors historiques et artisanaux inattendus. L’approche de Tzintzuntzan est surprenante. Avant de parvenir en son centre, la route traverse une forêt de gigantesques poteaux de bois et de pierre sculptés. Totems, mats aux motifs élaborés, bestiaire colossal, statues religieuses comprenant des dizaines de  « Saint-Michel terrassant le dragon », mais aussi des Ganesh et des Shiva … on se croirait dans un atelier de décors de films. C’est que les artisans sculpteurs de Tzintzuntzan fabriquent de quoi satisfaire les goûts de tous les commerces et particuliers du Michoacan ! Continuer la lecture

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Canul’art

1916 à New York…. Salon des Artistes indépendants du Nouveau Monde. Soucieux de donner un air nouveau à la création artistique, il se dote d’un règlement particulièrement libéral : tout un chacun pourra exposer, en payant six dollars de cotisation. Ni jury, ni sélection préalable. Parmi les 2125 œuvres reçues, figure un urinoir, présenté sens dessus dessous, signé R.Mutt, et baptisé Fountain (ci contre le modèle vu à Beaubourg). Le comité d’accrochage s’en émeut, et se réunit pour statuer sur la destinée de cette «œuvre». Refusée, pour au moins deux motifs : sa connotation évidente avec un sexe féminin, «immorale et vulgaire», sa nature de simple «article de plomberie», incompatible avec une œuvre d’art. L’absence de l’objet dans l’exposition suscite des réactions. Continuer la lecture

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Jean de la Croix, poète moderne du désir

Thème ô combien prometteur, le désir sera au centre de l’édition 2021 du Printemps des poètes. Une raison bien suffisante pour évoquer une œuvre poétique ancienne, méconnue et justement marquée par le désir  : celle de Jean de la Croix (1542-1591). L’homme était un mystique du siècle d’or espagnol. Contemporain de Thérèse d’Avila, il en a été à la fois le disciple, le confesseur, et le continuateur de la réforme du Carmel pour sa branche masculine. Sans revenir sur les détails d’une vie d’aventure passionnante et d’une densité spectaculaire -ce qui dépasserait largement le cadre de cet article-, c’est de l’œuvre d’un écrivain singulier dont il s’agit ici. Continuer la lecture

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Hélène Roger-Viollet, une vie vouée à la photographie

Roger-Viollet. Un nom bien connu des Parisiens et des amateurs de photographie. Quel promeneur ne s’est, en effet, arrêté devant la vitrine de la rue de Seine, le regard soudain attiré par de beaux portraits en noir et blanc des grands noms des arts et des lettres ? Cocteau, Colette, Camus, Guitry, Breton, Proust…, mais aussi des vues de l’Exposition universelle de 1889 ou encore de la construction de la Tour Eiffel. La mythique agence photographique, référence internationale dans le domaine de l’archive, avec un fonds de plus de 6 millions de documents, possède depuis peu son espace d’exposition et il est désormais possible, pour les non-professionnels, d’en pousser la porte afin d’y contempler des œuvres photographiques. Par ailleurs, il est aussi fort tentant de repartir avec un petit trésor sous le bras, les tirages pouvant dorénavant faire l’objet, sur commande, de reproductions vendues à des prix tout à fait raisonnables. La galerie expose actuellement des clichés de la fondatrice de l’agence, Hélène Roger-Viollet (1901-1985), belle occasion de découvrir l’histoire et le travail d’une femme qui voua sa vie à la photographie. Continuer la lecture

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