Le fol demande beaucoup mais fol est qui le lui donne

Un notaire d’aujourd’hui en perdrait presque son latin. Quand peu avant sa mort en 1631, le sieur Jean Lacurne, avocat au Parlement de Dijon, précisait entre autres dispositions testamentaires, qu’il donnait à son neveu le maire d’Arlay, son « pot de noix confites » et « son écorce de citron ». De même que, et c’est le plus important, son recueil de proverbes « qui n’est point achevé ». Il se trouve que le recueil en question vient d’être publié aux éditions Honoré Champion,  sous la houlette du philologue et traducteur, Michael Kramer. Il s’agit-là ni plus ni moins d’une sorte d’exploit éditorial que cette « Anthologie et conférence des proverbes français, italiens et espagnols », contenant quelque huit cents occurrences. Double exploit posthume puisque d’une part, c’est la première fois que cette recension savante est publiée dans son intégralité et parce que d’autre part, Michael Kramer en a identifié l’auteur. Jusqu’à présent, le volume n’était qu’une référence de bibliothèque, après maints legs et péripéties. Continuer la lecture

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Marcel Sembat, le révolutionnaire distingué

Il y a plusieurs justifications à évoquer Marcel Sembat aujourd’hui. D’abord parce que cela fera cette année cent ans qu’il est mort brutalement. Ensuite cet homme de gauche a été ministre d’un gouvernement d’union entre 1914 et 1916, ce qui l’ancre dans une problématique très contemporaine. Également en raison de son engagement pour les arts et les artistes qui allait de pair avec ses convictions politiques en matière de liberté d’expression. Un livre publié en 2008 aux éditions Somogy/Archive Nationales (ci-contre) raconte non seulement en détail la vie de cet homme mais aussi le couple qu’il formait avec l’artiste Georgette Agutte. Intitulé « Marcel Sembat et Georgette Agutte à la croisée des avant-gardes », l’ouvrage va donc bien au-delà du terrain politique en s’attardant sur le collectionneur qu’il fut avec son épouse et ses relations plus ou moins denses avec des personnalités comme Rosa Luxemburg, Auguste Rodin, Matisse, Guillaume Apollinaire, Blaise Cendrars ou encore Marcel Proust. Continuer la lecture

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Explosion en plein vol

Grand Prix de littérature dramatique 2020 Artcena, “Romance” de Catherine Benhamou dresse un poignant portrait d’une adolescente d’aujourd’hui. Coincée dans sa banlieue, en quête d’un avenir qu’elle aimerait pouvoir maîtriser, une jeune fille se voit prise au piège des relations entretenues sur les réseaux sociaux. Laurent Maindon, dont la compagnie s’est fait le chantre du répertoire contemporain, y voyant un moyen de mieux appréhender notre société et d’en chercher des clés de compréhension, a choisi de porter ce texte à la scène. On ne pouvait rêver meilleure rencontre. Ce seul en scène est, de plus, interprété par une jeune comédienne extrêmement talentueuse dont le nom est à retenir : Marion Solange-Malenfant. Le spectacle se jouera cet été au Festival d’Avignon. Continuer la lecture

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Entre Manuel de Falla et Federico Garcia Lorca, une profonde amitié

Encore enivré des effluves de jasmin qui accompagnent sa visite de l’Alhambra, le touriste de Grenade a rarement l’idée de se rendre dans une petite ruelle proche pour y découvrir le «Carmen de la Antequeruela». Les «carmenes», désignent à Grenade des habitations particulières typiques, possédant un patio et un petit jardin, conçues pour favoriser une relative fraîcheur. Celle-ci fut pendant près de quarante ans la résidence du plus célèbre des compositeurs espagnols, Manuel de Falla. Né à Cadix en 1876, il s’y était installé en 1920. Il connaissait déjà la célébrité grâce à ses musiques de ballet comme «L’Amour Sorcier» ou «Le Tricorne», créé par Diaghilev. Après ses années parisiennes où il s’était notamment lié avec Debussy et Paul Dukas, il souhaitait vivre dans un lieu propice à la contemplation. Idéalement située dans l’enchanteresse ville andalouse, cette maison comblait ses attentes. Il y vécut de 1920 à 1939, en compagnie de sa sœur Maria, avant de s’exiler à la fin de la guerre civile, en Argentine, toujours avec sa sœur. C’est dans ce pays qu’il décéda en 1946. Continuer la lecture

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Adogrammes colonisateurs

Il ne faut jamais défier les adolescents trop longtemps. Si le projet est bien présenté, ils foncent. C’est ce qui est arrivé à quelques jeunes chanceux appartenant à des classes de sixième et de cinquième. Leur prof Tristan Félix, poète par ailleurs et bien d’autres choses encore, leur a proposé de « coloniser » des pages blanches, avec des calligrammes, mot inventé par Apollinaire après le temps des calligraphes. Un exercice consistant à plier les mots au service de la forme. Elle en a fait un livre étonnant dont la couverture parle toute seule. Sur ce dessin soumis aux contours du sujet, peut-être un autoportrait, on peut lire sur la droite, le long d’une courbe qui épouse une natte: « Mes épaules portent un lourd fardeau, un ensemble de faiblesses et de défauts. » Ce qui traduit bien les doutes existentiels, la faible estime de soi que l’on peut avoir à cet âge où tout va commencer, où l’innocence s’éloigne inexorablement dans le rétroviseur. Continuer la lecture

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Paris-Lisbonne en passant par Yerres

Nous sommes à Yerres à 25 km de Paris soit à une demi-heure de voiture. La propriété dénommée «Maison Caillebotte» (1) dresse son imposante architecture néo classique voire néo-palladienne avec ses colonnades et les statues de Vénus et Apollon en façade qui dominent le parc de 11 hectares.  C’est là que résida pendant 19 ans la famille Caillebotte: le père à l’origine de la fortune familiale et le plus célèbre des fils Gustave -très lié aux impressionnistes- qui a peint sur place plus de 90 toiles au cours des étés des années 1870.
La propriété Caillebotte est aussi depuis 2009 un centre d’art qui accueille dans l’ancienne laiterie à savoir «La ferme Ornée» une des plus belles expositions d’une saison franco portugaise battant son plein, laquelle nous raconte une histoire complètement méconnue en France, celle des «modernités portugaises» sur une période qui va de 1910 à 1970 comme cette peinture (détail ci-dessus) de Sarah Affonso réalisée en 1930. Continuer la lecture

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Francfort sur le Main, des saucisses, des banques et une vie culturelle enviable

À 3h30 de Paris en train direct, Francfort sur le Main (au centre-ouest de l’Allemagne, dans le Land de Hesse) vaut largement quelques jours de visite. Loin de l’image austère que pourrait véhiculer ce pôle financier, la ville de 800 000 habitants est belle, agréable à vivre et présente de nombreux atouts culturels. On imagine souvent Francfort comme une ville fébrile et sans cachet dont les activités sont toutes tournées vers le commerce et la finance. Il faut dire que la lutte qu’elle a menée au moment du Brexit, à côté d’autres villes européennes, pour s’imposer comme la plus importante place-forte financière d’Europe, n’a fait que renforcer cette image. Elle avait ses atouts. La banque centrale européenne (ci-contre) est installée à Francfort, de même que la banque centrale allemande, la Bourse allemande, la Commerzbank -pour citer les plus connues- ainsi quelques 400 autres institutions financières et sièges de grandes compagnies. Continuer la lecture

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Parfums de Chine et d’industrie

En face de cet autre confluent qu’est celui de la Marne et de la Seine se trouve un complexe hôtelier qui fit beaucoup murmurer lors de l’achèvement de sa construction il y a trente ans. Calqué dit-on sur la Cité interdite de Pékin, Chinagora fit peu à peu figure de palais abandonné avant d’être repris par la province chinoise du Hunan afin de transformer l’ensemble en hôtel de luxe. Mais il y eut une période et même aujourd’hui encore vu de l’autre rive, où ce complexe n’était pas sans rappeler ces mirifiques palais à la sauce Hayao Miyazaki où la nuit tombée des nefs scintillantes viennent déposer d’étranges fantômes pour d’improbables messes païennes. Dans cette banlieue d’Alfortville, garnie de maints vestiges industriels, cela valait la peine d’y jeter un œil et même les deux. Impliquant une vaste boucle piétonne partant du métro Porte d’Ivry, un point de départ très peu pratique mais qui a l’insigne avantage de faire découvrir au visiteur une zone en perpétuelle mutation. Continuer la lecture

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Sortie de route

C’est donc un « immense » acteur qui vient de nous quitter sous une pluie d’hommages et, cela fait déjà deux beaux poncifs inscrits au compteur. Gabin était immense, Belmondo pareil, Piccoli itou et Jean-Pierre Bacri idem. Ce n’est pas compliqué, on leur colle toujours la même étiquette. Jean-Louis Trintignant n’y a pas échappé. Bien sûr par « immense » il faut prendre en compte la dimension immatérielle, car pour ce qui est du cercueil ou de l’urne funéraire, c’est à peu près la même taille pour tout le monde. Il est bien rare qu’un acteur microscopique nous quitte, du reste personne ne se risquerait à le mentionner en utilisant cet épithète. Lorsqu’ils sont moins importants, Philippe Léotard, Wladimir Yordanoff, Étienne Chicot au hasard, on va plutôt évoquer des artistes à la sensibilité méconnue, abonnés aux seconds rôles (deux poncifs de plus) mais ils ne seront pas  qualifiés d’immenses à leur sortie de scène, de monstres sacrés, voire de légende (morte ou vivante). Ils auront donc droit à quelques mots aimables sans plus, du moins si l’actualité leur laisse un peu de place. La marque de l’immensité se reconnaît quand les chaînes « bouleversent » ou « bousculent » leurs programmes afin de rendre un salut collectif à ceux qui nous firent rêver. Le nec plus ultra étant la cour des invalides (Belmondo). Continuer la lecture

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Histoires concentrées d’animaux, de Rosa Bonheur, et du Portugal

Au château de Fontainebleau s’est déroulé les 3, 4 et 5 juin dernier le 11ème festival de l’histoire de l’art. Paradoxalement et volontairement, ce grand rendez-vous annuel qui réunit des historiens de l’art des philosophes, des anthropologues et autant de spécialistes pointus, se veut avant tout une manifestation destinée au plus grand nombre. Pari réussi grâce à une programmation riche de 200 événements et aussi grâce à la thématique retenue à savoir la place de l’animal dans l’art, ainsi qu’au choix du pays invité : le Portugal. Une occasion pour le grand public de (re)découvrir trois artistes hors pair dont le plus ancien d’entre eux, Jean-Baptiste Oudry (1686-1755). Lequel fut le plus brillant portraitiste animalier du XVIIIe siècle français. Ses remarquables portraits des chiens du roi Louis XV réunis dans l’appartement Mérimée du château (ci-dessus), jouent avec les codes du portrait de cour et témoignent de l’engouement pour l’animal de compagnie de l’époque. «N’a t’on pas eu raison d’appeler Monsieur Oudry un magicien en peinture ?» disait à son propos Baillet de Saint-Julien. Continuer la lecture

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