Zurich, un lac, des banques et une vie culturelle riche

On avait de Zurich, une image d’austérité cossue. Austère, comme la Réforme religieuse dont elle a été le centre au XVIe s. Cossue parce qu’elle détient le record d’établissements bancaires et financiers du pays. On avait mésestimé la richesse artistique, architecturale et culturelle de cette belle cité alémanique et la qualité de vie qui y règne. Depuis des années, sans faillir, Zurich se classe en effet parmi les dix premières villes du monde où il fait bon vivre. Un centre historique carte postale traversé par une rivière si propre qu’on s’y baigne, un lac aux eaux cristallines entouré de sommets enneigés, une atmosphère diurne paisible mais une vie nocturne riche en spectacles et fêtes. Continuer la lecture

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Monsieur Proust, retour au théâtre

4 mars – 5 septembre 2020 : six longs mois interminables sans théâtre. Un moment de vie inédit et jusque-là inenvisageable. De beaux instants d’émotion partagés chez Duras avec le portrait tout en délicatesse de deux âmes solitaires dans “Le square” (1), puis, une éternité plus tard, un autre portrait, tout aussi sensible, celui de “Monsieur Proust” dessiné par Céleste Albaret et Marianne Denicourt (ci-contre). Après des semaines passées en sa compagnie (2), il semblait bien naturel de suivre l’auteur de “La Recherche” sur la petite scène de la Maison de la Poésie, de rattraper avec lui ce temps si tristement perdu. Avec “Monsieur Proust”, la comédienne Marianne Denicourt, accompagnée dans son projet artistique par le comédien et metteur en scène Ivan Morane, a entrepris l’adaptation théâtrale des souvenirs de Céleste Albaret, la fidèle gouvernante de Proust, et d’en faire une lecture. Une lecture formidablement vivante, faut-il préciser. On ne pouvait rêver plus beau moment d’émotion pour sceller nos retrouvailles avec le théâtre. Continuer la lecture

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Apollinaire au rendez-vous de Minsk

Par sa mère Angélique de Kostrowitzky, Guillaume Apollinaire avait un cousin russe, poète comme lui et mort la même année que lui en 1918, mais en Biélorussie. Sous le pseudonyme de Karuś Kahaniec, Kazimierz Rafał Kostrowicki (ci-contre) était également auteur, dramaturge, sculpteur, artiste et militant politique. Il était né en 1868 contre 1880 pour Apollinaire. Cette information pour le moins mal connue mais notamment mentionnée dans un livre de Jeremy Moczarski paru en 2019, « Poetry in the blood », n’est pas inopinée. Car il se trouve que c’est demain jeudi, à Minsk en Biélorussie, qu’aura lieu un genre de réunion de famille, celle des « Kostrowicki », sous les bons auspices du Museum of the history of literature et de différents concours institutionnels. Un peu comme si la famille Rimbaud organisait un séminaire à Charleville ou si le clan Duguesclin tenait un conclave au Mont-Saint-Michel. Continuer la lecture

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Le Laboureur de Bohême met en garde la mort !

Voilà une heureuse idée du Théâtre de Poche que cette réouverture sous le signe de la révolte d’un humain très humain contre ce qui le dépasse. « Le Laboureur de Bohême » met en scène le dit laboureur qui vient se plaindre auprès de la mort qu’il a perdu son épouse, femme exceptionnelle, trop tôt disparue. Heureuse intuition du duo Marcel Bozonnet et Pauline Devinat d’être allé chercher ce texte du XVe siècle de Yohannes Von Tepl, texte rare et en partie tombé dans l’oubli, qui nous est rendu par la traduction et l’adaptation de Florence Bayard. Heureuse résonance enfin avec notre rentrée déconfinée, prise entre sidération, attente et envie d’action. Continuer la lecture

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Plaidoyer pour la carafe d’eau

Ça vous est tous arrivé. Et plus d’une fois. Peu importe le décor, fausse auberge rustique avec petits bouquets de fleurs sauvages ou intérieur post-industriel avec tables de récupération : dans tous les cas, il s’agit d’un restaurant français.
Le serveur, jeune homme plutôt sympathique sorti vraisemblablement depuis peu d’une école hôtelière, vient de vous vanter les plats de la carte et les spécialités du jour. Après les hésitations d’usage (minutes généralement insupportables pour ceux que la faim commence à tenailler), le choix est fait. La commande est prise. La question essentielle du degré de cuisson de la viande a même été réglée. Continuer la lecture

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La mystérieuse « cancel culture »

Avez-vous remarqué que la mystérieuse expression «cancel culture» commence à envahir les journaux et médias français, alors que ce mouvement est déjà bien implanté aux États-Unis ? Difficilement traduisible en français, l’expression signifie littéralement «la culture de l’annulation». On pourrait aussi la traduire, selon les cas, par culture du boycott, de l’humiliation publique, de l’interpellation, de la dénonciation, de l’antiracisme. Du pur Philip Roth, mais pour de vrai !
Plus question de plaisanter : il s’agit de mettre en cause publiquement telle ou tel responsable en l’accusant de racisme, ou d’une forme de racisme, dans le cadre ses fonctions. On procède par attaques coordonnées, généralement en ligne, surtout sur Twitter, pour déstabiliser quelqu’un et lui faire perdre éventuellement son job, mais pas toujours. Il importe avant tout de le stigmatiser, de révéler un racisme anti-minorités plus ou moins latent.
Surfant sur la vague du «#MeToo», le mouvement viendrait de militants de la nouvelle gauche antiraciste, et il s’étend à toute allure depuis l’assassinat de George Floyd le 24 mai dernier, relançant le mouvement «Black Lives Matter» fondé en 2013 par la communauté afro-américaine. Continuer la lecture

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Cloportes marinés au vin blanc

Il fallait ce qu’il fallait. Pour les nerfs malades, la sciatique ou pour les problèmes de pituites, on utilisait encore de l’huile de petits chiens. En 1784, Monsieur Baumé, maître apothicaire de Paris, écrivait que le remède nécessitait des chiots à peine nés, de l’huile d’olive et du vin blanc. On découpait les pauvres bêtes en petits morceaux et on les faisait frire dans un mélange d’huile et de vin tout en ayant soin de remuer l’ensemble avec une spatule de façon à ce que les ingrédients n’attachent pas. Le tout était mis en cruche fermée par un bouchon de liège et exposée au soleil durant deux à trois semaines. La recette différait sensiblement si l’on voulait de l’huile de fourmis, de scorpions, de vers, de cloportes ou de castors. Chaque espèce animale avait sa réputation envers différents types de maux. À lire cette cinquième édition des « Éléments de pharmacie théorique et pratique », imprimée peu avant la Révolution française, on mesure mieux les avantages acquis du monde moderne. Continuer la lecture

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Mon père, ce géant

L’hôpital, les pompes funèbres, la visite au curé, un dernier au revoir à la morgue, la préparation de la cérémonie, l’adieu en petit comité, l’après-cimetière  et puis le tri de la maison alors que les souvenirs affluent et que commence l’impossible deuil… Avec “Avant que j’oublie” (2019), son premier roman pour lequel elle a reçu en juin dernier le Prix Livre Inter 2020, Anne Pauly fait bien plus que relater la mort de son père. De cet anonyme, elle trace un vibrant portrait tout en couleurs et creuse derrière les apparences. La nuance est son affaire. Son style si singulier, au franc-parler empli d’humour, nous emporte à la découverte de ce géant devenu un véritable personnage de roman. Un livre à lire. Un écrivain à suivre. Continuer la lecture

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Neuf petits traducteurs

On connaissait les dix petits nègres, voilà les neuf traducteurs, enfermés dans un bunker de luxe pour produire simultanément, chacun dans sa langue, la version de L’homme qui ne voulait pas mourir, dernier tome de la saga Dédalus d’Oscar Brach.
Les deux premiers volumes de cette trilogie avaient valu à leur auteur un succès planétaire, et assuré la fortune de la petite maison d’édition qui seule avait misé sur cet auteur obscur. Pire qu’obscur : sans visage et sans publicité, Oscar Brach est inconnu et refuse de se faire connaître. « Les Traducteurs » de Régis Roinsard, film franco-belge, vient justement de faire l’objet d’une sortie en DVD. Continuer la lecture

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Philip Roth et « Les faits »

Les Éditions Gallimard ont fait beaucoup de bruit médiatique récemment au sujet de la nouvelle traduction du livre de Philip Roth intitulé «Les Faits, Autobiographie d’un romancier». Nouvelle traduction signée Josée Kamoun, déjà traductrice de certains Roth, qui a jugé pertinent de reconsidérer ces (soi-disant) mémoires à la lumière de toute son œuvre, et alors que l’auteur a disparu le 22 mai 2018 (voir mon article du 25 mai 2018).
Roth a 55 ans quand il publie «Les Faits» aux États-Unis en 1988, et il est déjà considéré depuis pas mal de temps comme un auteur américain majeur, et ce depuis son premier recueil de nouvelles «Good Bye, Columbus», gratifié en 1960 du National Book Award (une première pour un premier livre), le National Book Critics Circle Award  venant couronner « La Contrevie » en 1986. Continuer la lecture

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