Le glamour en négatif de Diao Yinan

Au tout début du film nous assistons à une réunion d’une bande de voleurs de motos, qui se répartissent les quartiers à opérer, clan par clan. Cela se passe dans le sous-sol d’un hôtel miteux. Une simple ampoule éclaire le lieu. Un genre de speaker explique aux participants comment chaparder un deux-roues sans se faire prendre. Parmi eux il y a Zhou Zenong (Hu Ge) qui vient lui aussi prendre sa part de gâteau. Sauf que le séminaire commercial va mal tourner et qu’il va devoir prendre la fuite parce qu’il a, sans le vouloir, tué un policier. Plus tard, le réalisateur a visiblement cherché à produire un effet de similitude, puisqu’il nous emmène dans un meeting policier où chaque policier se voit attribuer un secteur dans lequel Zhou Zenong se cache peut-être. Là aussi les murs vont du gris au verdâtre, selon leur proximité avec un éclairage blafard à souhait. La couleur de l’affiche est singulièrement trompeuse. Continuer la lecture

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Dernières nouvelles d’Albert

acte de deces de albert apollinaire source genea netL’information justifiait de briser la trêve de Noël car on a retrouvé le certificat de décès de Alberto Eugenio Giovanni de Kostrowitzky, le demi-frère de Guillaume Apollinaire. On savait très peu de choses sur sa disparition en 1919 au Mexique. Il appert du certificat (ci-contre) daté du 5 juin 1919, qu’il a expiré la veille à 36 ans (à 14h45) d’une septicémie-phlébite-typhus dans un hôpital français au numéro 150 de la rue de l’hôpital. Le certificat dit aussi qu’il est agent de négoce. Selon nos recherches, il a été enterré au « Panteon Frances de la Piedad, Mexico, Mexique ». Toutes sortes d’informations que sauf erreur, les biographes d’Apollinaire ne connaissaient pas avec certitude. Récit d’une découverte avec l’aimable complicité de Gérard Goutierre pour la traduction. Continuer la lecture

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Le petit livre jaune

Moins qu’un livre d’ailleurs, devrait-on dire un fascicule. L’auteur en est Henri de Lescoët. Un homme qui se rappelle à notre bon souvenir chaque automne depuis 1941, lors de la remise du prix Apollinaire (1). Il publie ce très mince ouvrage jaune pâle en 1989 depuis Nice où il réside. À 89 ans cette année-là, il a tenu à rédiger quelques pages à l’adresse d’Apollinaire. On y apprend qu’il a vécu un an rue de Palermo chez ses beaux-parents dans l’immeuble même où Apollinaire s’engagea pour la durée de la guerre. Henri de Lescoët y évoque aussi l’enfance niçoise d’Apollinaire ainsi que le « très attentif ami » René Dalize qui avait dénommé son copain de classe, « le roi de la blague bien fraîche ». S’y ajoutent également quelques illustrations de l’auteur ainsi que son propre portrait exécuté par Cocteau. Continuer la lecture

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Une femme disparaît

« Seules les bêtes », est en réalité le titre du film de Dominik Moll sorti sur les écrans le 4 décembre. Et ce titre gardera tout son mystère et toute sa beauté. Contrairement à celui de la disparue qui sera résolu, mais par des chemins pour le moins inattendus. L’allusion au maître du suspense, Alfred Hitchcock, vient spontanément, mais au cours du film on pense aussi à « Mais qui a tué Harry ? », pour la balade du cadavre, car celui-ci va faire du chemin, avant de disparaître définitivement. Ce qui nous renvoie au film ayant fait connaître Dominik Moll en 2000, « Harry, un ami qui vous veut du bien », tourné dans la solitude des monts du Cantal. Cette fois ci l’intrigue se déplace à l’est, sur le causse Méjean, en Lozère, et beaucoup plus au sud, à Abidjan, en Afrique. Continuer la lecture

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Fastes musicaux festifs

Chacun sait que sa majesté Louis XIV avait la jambe galbée d’un excellent danseur, mais on ne se rend pas toujours compte quelle place essentielle a tenu la musique au cours du Grand Siècle. Elle rythmait aussi bien le quotidien du roi qui se rendait tous les jours à la messe que les nombreux événements de la Cour. Il y avait deux grands corps de musique, la Chapelle du roi et la Musique de la Chambre du Roy.
Et c’est un Italien né à Florence en 1632, Giovanni Battista Lulli, que le Roi-Soleil devait nommer en 1661 surintendant de la musique du roi, puis maître de musique de la famille royale.
Cette même année, le Florentin fut naturalisé français, puis se fit appeler Jean-Baptiste Lully. Son règne musical devait durer longtemps, jusqu’à ce que la Maintenon, le trouvant trop libre de mœurs, paraît-il, détourne de lui la faveur royale. Continuer la lecture

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Couleurs Corée

Les couleurs font partie de notre environnement de tous les jours et leur symbolique nous semble aller de soi. Et pourtant, pourtant, cette symbolique varie en fonction de la culture et de la vision du monde de chaque pays. Ainsi en Corée le système traditionnel de couleurs correspond à la croyance coréenne que le monde prend sa source et ses origines dans le jeu subtil et complémentaire du Yin et du Yang. Elles sont également associées aux 5 directions : centre, nord, sud, est et Ouest. Ainsi le noir, couleur du Nord et de l’hiver, symbole de l’eau est perçu comme moyen d’éliminer les impuretés et par extension contrôle la sagesse des hommes. C’est le noir « brûlé au feu », le noir de fumée à partir duquel est fabriquée l’encre de Chine. C’est aussi la couleur de l’obscurité et de la mort et donc de la peur. Continuer la lecture

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Une mécanique qui baigne dans l’huile

Sa femme se nommait Winona et elle « appartenait à la catégorie de celles qui vivent avec la conscience, à chaque seconde, de ce que la vie est beaucoup trop courte et précieuse pour accepter de la ralentir dans les files d’attente des problèmes subalternes ». C’est ainsi que Paul Hansen, héros du dernier livre de Jean-Paul Dubois, résume avec pertinence celle qui devait entrer dans sa vie. « Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon » a obtenu le Prix Goncourt. C’est un livre qui se lit facilement, cependant qu’il n’est point nécessaire de se munir d’oxygène: l’ouvrage croise, comme ce monomoteur que pilote justement Winona, à une altitude raisonnable. Continuer la lecture

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Chine, Sex and Fun. Episode 1/2

Hasard des découvertes, il suffit souvent de faire quelques pas hors de l’agitation des circuits touristiques balisés pour découvrir une perle rare. Cela a été le cas à Tongli, une ville de 35 000 habitants à 80 kilomètres de Shanghai. Tongli abrite un musée insolite qu’on n’aurait pas imaginé trouver dans une petite ville provinciale du Jiangsu.
En quête de modernité depuis plusieurs décennies, les Chinois redécouvrent concomitamment leur patrimoine historique. Autour de Shanghai, les villes historiques bâties sur les canaux connaissent une nouvelle jeunesse et attirent les foules. À Tongli, on chavire le week-end dans les rues fourmillant de touristes chinois. Venus nombreux se réapproprier leur passé, ils n’hésitent pas à parader en costume d’époque loués – selfies obligent – le long des canaux de cette petite Venise chinoise. Continuer la lecture

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Ce doit être du cinéma

Après la mort on ne sait pas bien. Ces projections de paradis, de purgatoire ou d’enfer, c’est probablement des histoires. Au cinéma en revanche, il y a les trois, mais c’est rarement le sujet. Avec « It must be heaven », Elia Suleiman nous donne justement une possibilité de paradis. Il en est le réalisateur et aussi l’acteur. Et de surcroît, il interprète un personnage qui quitte sa Palestine pour proposer un scénario, d’abord à Paris puis à New York. Comme Jésus, il est natif de Nazareth mais un peu plus tard, en 1960. L’itinérance qu’il raconte est un prétexte pour juxtaposer des séquences étranges, belles, parfois humoristiques, qui n’existent pas dans la vraie vie du moins avec la continuité qu’il nous livre sur une heure et quarante deux minutes. Continuer la lecture

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Lorsque les objets prennent la parole…

Et si, tout comme les humains, les objets avaient la capacité de penser, sentir, éprouver des sentiments, rêver d’une autre vie… ? Si eux aussi connaissaient le doute, la peur, le regret, et, pourquoi pas, des envies de révolte ? Et si soudain ils prenaient la parole pour nous raconter tout cela ? “Nous les objets, quelques-uns, ce soir, on va sortir de notre silence. On a des choses à vous dire” décrète d’emblée un pèle-pommes dans “La Conférence des objets”, la pièce de Christine Montalbetti actuellement à l’affiche du Studio-Théâtre de la Comédie-Française. Une fantaisie des plus plaisantes qui ravive notre rapport aux objets, nous renvoie à notre expérience tactile du monde car, avouons-le, pourrions-nous réellement nous passer de ces compagnons quotidiens ? Continuer la lecture

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