A distance dans le métro de Tokyo

Les Parisiens retrouvent l’usage des transports en commun. Désormais ils les empruntent visages masqués et gestes barrières à l’appui. Parmi ces gestes, la distance sociale que beaucoup ont du mal à respecter. Au Japon, elle a toujours été une marque de la culture, même dans le métro.
La distanciation sociale incite les Japonais à ne pas s’immiscer dans la sphère des autres pour ne pas entraver leur bien-être. Et ce qui est vrai dans la vie de tous les jours, l’est aussi dans le métro. Chacun dans sa bulle. On ne parle pas dans une rame, c’est très mal vu. On ne répond pas si son portable sonne. D’ailleurs, il ne sonne pas, il est sur silencieux. Et on revêt un masque dès les premiers signes de rhume ou d’épidémie pour éviter de contaminer les autres mais aussi parce que – responsabilité collective oblige – un comportement individuel mal maîtrisé, comme un éternuement, peut être dommageable pour toute l’économie. Continuer la lecture

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La Cantatrice chauve : 70 ans et plus de deux millions de spectateurs

Pour ce qui est de la popularité, il n’y a guère que la Castafiore qui pourrait lui faire de l’ombre. “La Cantatrice chauve“, de Ionesco, est un cas unique dans l’histoire du théâtre français. La pièce fête cette année ses 70 ans. Et depuis 63 ans, sans interruption ou presque, elle est présentée chaque soir, dans la même mise en scène, au théâtre parisien de la Huchette. Quelque chose comme 25.000 représentations, plus de deux millions de spectateurs. Cette cantatrice pas comme les autres a droit à tous les superlatifs : indéboulonnable, inoxydable, imperturbable. Si elle est en ce moment au repos forcé, nul doute qu’elle résistera au coronavirus, comme elle a résisté à mai 1968 et à d’autres événements parisiens quand, périodiquement, la fronde enflamme les rues de la capitale. Continuer la lecture

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Bach et Beethoven at the top

Longtemps demeurée à l’ombre de sa grande sœur la « Passion selon Saint Matthieu », la « Passion selon Saint Jean » prend maintenant sa revanche, et ne cesse d’être enregistrée et jouée. Robert Schumann, le premier, après l’avoir dirigée en 1851, l’estimait « plus audacieuse, puissante et poétique ». « Quelle concision, quelle ingéniosité, surtout dans les chœurs et quel art ! », écrivait-il à un ami.
Trouvant la Saint Jean affranchie de certaines lourdeurs de la Saint Matthieu, outre la durée notamment puisqu’elle fait une bonne heure de moins, il précisait à cet ami qu’elle devait « avoir été écrite cinq à six ans » après son aînée. Continuer la lecture

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Parade pour un mot nouveau

Il n’y a pas véritablement de mystère sur l’origine du mot « surréalisme“, même si beaucoup se réfèrent à la création des Mamelles de Tirésias (juin 1917) pour dater sa première apparition. L’invention en revient effectivement à Apollinaire, mais c’est un mois plus tôt, en mai 1917, que le poète avait forgé ce néologisme, afin de caractériser l’art et le style du ballet « Parade », commande de Diaghilev pour les Ballets russes. Ce spectacle d’avant-garde (ou plutôt « d’esprit nouveau ») réunissait trois personnalités assez dissemblables : Jean Cocteau, 27 ans, pour le livret, Erik Satie, son aîné de 24 ans pour la musique, Picasso, 35 ans, pour le décor, les costumes et le rideau de scène. Ce dernier venait de se rendre avec toute la troupe en Italie, et avait fait la rencontre de celle qui deviendra sa première femme, la danseuse Olga Khokhlova. Continuer la lecture

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De la double utilité de la presse quotidienne

Heureusement que l’on ne croise pas de lamas dans le métro. Contrairement au pangolin (encore que cela reste à vérifier), ce camélidé d’Amérique du Sud crache en effet jusqu’à trois mètres. Or, si l’on veut bien imaginer un lama d’une part agacé par un sujet quelconque et d’autre part ayant longuement ruminé des herbes farcies au covid 19, on anticipe avec effroi les conséquences infectieuses d’une telle rencontre, si d’aventure il s’en laissait accroire sur les charmes et mystères de la station Mouton-Duvernet. Pure science fiction naturellement. D’ailleurs pas besoin de lama, un éternuement d’humain pulvérise le contenu nasal jusqu’à six mètres. D’où l’utilité des masques, mais surtout de la presse quotidienne. Un journal convenablement déployé pour être lu, constitue en effet une protection appréciable. Continuer la lecture

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« Je chante la joie d’errer et le plaisir d’en mourir »

Ô combien cet assemblage de mots résonne aujourd’hui dans ce Paris qui redoute le plus simple agrément de la flânerie. Il est extrait du « Musicien de Saint-Merry », un poème de Guillaume Apollinaire que nous publions aujourd’hui en hommage opportun au fondateur et à l’animateur des Soirées de Paris. Ce texte a été publié pour la première fois en avril 1918, dans un recueil intitulé Calligrammes et dédié à son ami René Dalize, mort au combat un an plus tôt. Cette joie d’errer, il l’avait déjà évoquée dans le recueil « Alcools » paru en 1913 sous une forme un peu différente et qui disait notamment « J’erre à travers mon beau Paris sans avoir le cœur d’y mourir ». Le poète qui avait tant aimé respirer l’air de cette ville avait fini par y contracter à l’automne 1918 la souche virale H1N1 de la grippe espagnole, celle qui devait provoquer des dizaines de millions de morts. Un microbe qui tuait sans discernement avec une dilection particulière pour les organismes déjà affaiblis par la guerre. Continuer la lecture

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La caméra en liberté de Milos Forman

Il a passé sa vie à chercher le bonheur et quand il l’a trouvé il s’est rendu compte que le meilleur moment était celui où il courait après. Il n’avait pas réussi à identifier le sens de l’existence mais il avait réalisé plus tard que ce qui comptait, c’était qu’elle en ait un. Pour la liberté enfin, il en était arrivé au terme de sa vie à conclure qu’au fond, lorsque l’on pouvait douter haut et fort de cette chimère c’est qu’on était libre. Milos Forman, qui avait d’abord tâté dans sa jeunesse de la « dictature communiste » en Tchécoslovaquie, n’avait cessé tout au long de sa filmographie, de démontrer l’importance de la liberté intérieure et de mettre en avant des personnages conduits vers la rébellion, l’émancipation. Arte nous offre jusqu’au 8 juin le visionnage sans temps mort d’un documentaire signé Helena Trestikova et Jakub Hejna, sur l’auteur génial de « Vol au-dessus d’un nid de coucous » (1975), disparu en 2018. Continuer la lecture

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Modigliani dans la collection enfants sages

Il y a de toute évidence quelqu’un dans Paris qui s’acharne à essaimer des livres variés, ayant décidé depuis un ailleurs inconnaissable, qu’il était temps de reparler de celui-là. Et le plus étonnant dans ce livre d’André Salmon sur Modigliani, imprimé en 1968, c’est d’abord la couverture. En effet, le soin de tirer le portrait de l’artiste a été confié à une certaine Henriette Munière, davantage connue pour illustrer les couvertures de livres pour enfants et notamment la série du « Clan des sept », due à la romancière Enid Mary Blyton. Concernant Henriette Munière, on ne sait pratiquement rien. Son CV se résume à une collection d’images sages. Continuer la lecture

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Les vingt-cinq pyjamas de Maurice Ravel

On imagine que Jean Echenoz a quand même dû puiser à différentes sources bibliographiques afin d’imaginer les dix dernières années du musicien. Un roman extraordinairement bien rédigé qui nous embarque de la même façon que Ravel lorsqu’il s’apprête, en 1928, à prendre un paquebot pour New York. Il part en tournée et une fois installé dans sa cabine de première classe, il vérifie qu’il n’a rien oublié, ni « sa petite valise bleue bourrée de Gauloises » ni ses « soixante-quinze cravates et vingt-cinq pyjamas ». Ce musicien n’aime pas le négligé jusqu’à refuser de monter sur scène un soir de concert à Chicago, parce qu’il n’avait pas les chaussures adéquates. Après avoir lu l’ouvrage d’Echenoz paru en 2006, difficile de ne pas se prendre d’affection pour l’auteur du Boléro. Continuer la lecture

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Virée clandestine au MoMA

« We have temporarily closed ». L’un des plus importants musées d’art moderne est fermé pour les raisons que l’on devine. Et pourtant, il est possible de se transporter facilement  sur la 53e rue, entre les cinquième et sixième avenues à New York. Non pas en allant sur Internet, car l’exercice est vite lassant, mais en feuilletant l’imposant catalogue du Museum of Modern Art, édité en 1984. Un voyage exceptionnel dans le temps qui n’oblige au franchissement d’aucun portique de sécurité pas plus que de subir un décalage horaire de 36 ans. Sans connexion wifi profitez du voyage, « enjoy the ride » comme disait Jack Nicholson dans le film « Terms of Endearment » en 1983, à peu près la même année que l’ouvrage en question. Lequel nous présente pas moins de 1070 œuvres via une embardée jouissive (ci-dessus « L’homme au chapeau », Picasso 1912) depuis les débuts de l’art moderne jusqu’à l’univers de la photographie et du cinéma. Continuer la lecture

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