Il y a un après à Saint-Germain-des-Prés

«Vivre c’est la tendresse, l’art, l’harmonie, la littérature, la musique, les arts graphiques, la danse, le théâtre. Vivre c’est aussi le boulanger, le bistrot du coin, l’avenir, l’histoire. Vivre c’est surtout refuser la désertification qui affecte d’autres quartiers que nous avons aimés». C’est ainsi que s’ouvrait, en décembre 1999, l’éditorial du premier numéro de La Gazette de Saint-Germain-des-Près. Une jolie revue vendue exclusivement sur abonnement ou dans les kiosques du sixième arrondissement et dont le but avoué était d’influer pour que le quartier garde sa typologie si particulière. Il fallait agir pour que les boutiques de fringues ne remplacent pas les galeries ou les librairies (on a ironisé sur le «Saint-Germain des prêts à porter») et que perdure l’esprit des lieux marqué par l’ombre d’Apollinaire, de Sartre, de Simone de Beauvoir ou de Boris Vian. La revue connut huit numéros et cessa de paraître en juin 2001, le mécène ayant décidé de retirer son aide financière. Continuer la lecture

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Lucerne (Suisse), une pépite médiévale au bord du lac des Quatre-cantons

Envie d’une évasion citadine proche de la verdure et des hauts sommets ? Avec son centre médiéval, ses musées et son lac entouré de montagnes, Lucerne est une destination de choix à programmer quand les temps seront plus cléments. Un séjour d’un ou deux jours permet de bien profiter des attraits de cette ville souriante de 77.000 habitants. Mais il serait dommage de ne pas le prolonger par le voyage enchanteur de deux heures en train panoramique express qui mène de Lucerne à Interlaken, au pied des hauts sommets alpins. À la sortie de la gare de Lucerne, on ne peut manquer l’immense Centre de la culture et des congrès (KKL) conçu par Jean Nouvel et ouvert en 1999 (ci-dessus). Continuer la lecture

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Le rendez-vous manqué

Chaque neuf novembre un petit groupe de personnes se rend au cimetière du Père Lachaise pour honorer la mémoire de Guillaume Apollinaire. Car c’est à cette date qu’en 1918, l’écrivain est passé de vie à trépas, étouffé par le virus de la grippe espagnole. Mais cette année, ironie du sort, c’est également en raison d’une épidémie, qu’en fin de matinée lundi à l’heure habituelle, on ne pouvait que dénombrer les fidèles empêchés. Soit quelques sujets français, belges et britanniques, lesquels trouvaient dans ce rituel un moyen d’entretenir la mémoire de l’écrivain. Au moment même où Emmanuel Macron se rendait à Colombey afin de rendre hommage à De Gaulle, il n’y avait donc au Père Lachaise, que quelques corneilles et un couple de pies. Sans compter quelques fleurs (ci-dessus), dont la fraîcheur laissait supposer une intention récente. Continuer la lecture

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Cure de Bach, cure de bonheur

C’était dans l’entre-deux, dans l’entre temps, d’un confinement l’autre, bref entre deux confinements. Les 23, 24, et 25 octobre derniers, l’Auditorium de Radio France proposait un programme miraculeux inaugurant sa saison baroque : l’intégrale des concertos de Bach pour clavier. Deux soirées avancées à 18h, et le dimanche à l’horaire habituel de 16 h. En pleines vacances de la Toussaint, avec spectateurs masqués plus ou moins distanciés, aux mains très hydro-alcoolisées, et plutôt plus de jeunes que d’habitude. La salle de 1461 places permettant une jauge évidemment clairsemée mais assez étoffée, on retenait son souffle comme si on allait assister au cérémonial de quelque secte secrète, et on avait un peu de mal à croire qu’on nous offrait pour une représentation seulement des artistes d’un tel niveau. Continuer la lecture

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L’éblouissement doux de la synagogue de Ferrare

Au musée hébraïque de Ferrare en Italie (Émilie-Romagne), il y une chose qui fait toute la différence. C’est que l’on peut y voir les clés du ghetto. Des clés rouillées, grosses comme la main et qui servaient à fermer les 5 portes du ghetto, un périmètre dont la Via Mazzini, juste derrière la cathédrale, était la principale artère. Ces clés sont fascinantes en ce qu’elles caractérisent toujours, par leur réalité brutale, l’élément tangible d’une volonté politique d’enfermement. L’ancien quartier du Ghetto de Ferrare est devenu un endroit tout à fait agréable où la vie italienne exprime, bien mieux qu’à Venise par exemple, tout son talent. Ce lourd trousseau rappelle qu’en 1627, avec la prise contrôle de la papauté, les juifs qui n’étaient pas partis pour Modène, se retrouvèrent enfermés la nuit, à double tour. Continuer la lecture

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Là où le mode sonde se substitue au mode avion

Forcément avec toute cette actualité oppressante, celle-là est un peu passée inaperçue. Probablement élaborée sous Nixon et expédiée vers l’hyper-espace sous la mandature Carter en 1977, Voyager 2 a répondu « bonjour » aux sollicitations de la Nasa. Cela faisait depuis le printemps qu’elle ne répondait plus. Le message a mis plus de trente heures avant d’arriver, mais vu qu’elle se trouve à plus de dix-huit milliards de kilomètres de la terre on lui pardonne. Il y a des courriers sur Terre qui mettent bien plus de temps. En tout cas il s’agit d’une actualité fascinante. Cet engin fonctionnant toujours avec une électronique de bord pour le moins simpliste par rapport à ce que l’on trouve aujourd’hui dans le moindre téléphone portable. Partie quelques mois plus tôt, la sonde jumelle Voyager 1 taille toujours sa route avec un peu d’avance, soit 22 milliards de kilomètres de son point de départ. Continuer la lecture

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Louise Faure-Favier à tire d’aile

Elle n’avait certes pas attendu qu’un homme lui cédât sa place pour devenir tour à tour et en même temps pilote, journaliste, photographe, écrivain. À 49 ans, c’est à dire en 1919, elle avait déjà établi un record de vitesse entre Paris et Dakar par la voie des airs. Les premiers baraquements de l’aéroport du Bourget étaient déjà édifiés, essentiellement pour des raisons militaires. Le même aérogare publiait quelques années plus tard, en 1926, un guide d’usage des lieux dont la teneur technique le destinait davantage aux passionnés.  Louise Faure-Favier en était l’un des auteurs non seulement par la plume mais aussi par les photographies qu’elle avait prises de haut. On y voit la campagne alentour et les 16 hangars en dur loués aux compagnies aériennes pour abriter leurs avions. Continuer la lecture

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Anthologie du vers unique, poétique de l’isolement

Si l’on voulait faire savant, on parlerait d’un hapax. Un objet unique dans sa catégorie. C’est que l’ouvrage du poète libanais Georges Schéhadé, publié chez Jean-Pierre Ramsay en 1977, n’avait pas, à l’époque, d’équivalent. Et ne semble pas en avoir eu depuis, si l’on excepte évidemment la réédition en format poche en 2011 dans une version dite revue et corrigée (éditions Bartillat).
Pour mystérieux qu’il puisse paraître, le titre «Anthologie du vers unique» résume exactement le contenu. L’ouvrage, présenté dans une version élégante, avec une typographie soignée, offre à la lecture un certain nombre de vers (près de 220) isolés de leur contexte, occupant une ou deux lignes d’une page totalement blanche. Le titre du poème d’origine ne figure pas, ni son auteur (un index final permettra cependant de l’identifier). Continuer la lecture

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Beaujolais nouveau et petits secrets viticoles

1951, cédant à la sollicitation de l’amicale des viticulteurs pressés d’en finir, le gouvernement Pleven fit œuvre de bienfaiteur. Il autorisa la mise sur le marché de quelques AOC (appellation d’origine contrôlée) avant l’habituelle date minimale marquant le délai entre la fin des vendanges et le début de la vente, jamais plus tôt que le 15 décembre. Alors que d’aucuns, pour maturer leur récolte, donnent du temps au temps, un vin convenable devant au moins avoir fait ses Pâques, les susdits n’eurent de cesse, à peine les grappes foulées, que de transformer leur production en équivalent monétaire. Les placements bancaires ainsi réalisés gagnent davantage à vieillir que la piquette produite d’une telle façon. Dix sept ans plus tard, les vignerons du Beaujolais étaient admis dans le petit groupe des vinificateurs précoces. La nouvelle, en soi, ne bouleversa pas le paysage vinicole, le beaujolpif ayant la réputation d’un vin de second ordre. Continuer la lecture

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Embrasser les mots avec la langue

Lorsque Josette Rey-Debove et Alain Rey publient leur préface dans l’édition 2006 du Petit Robert, ils l’adressent « à nos amis lecteurs et à ceux qui le deviendront ». Si cette introduction était revue par la bien-pensance actuelle, cela donnerait au minimum « à nos amis et amies lecteurs et lectrices et à celles et ceux qui le deviendront ». Alain Rey est mort cette semaine à 92 ans. Lui qui, rappelait Maurice Ulrich hier dans l’Humanité, appelait  à se méfier de ceux qui utilisent les mots pour « endormir, impressionner et agir sur le malheureux pékin ». Dans la première préface du Petit Robert en 1967,  Paul Robert se félicitait encore d’avoir embauché Alain Rey quelques années auparavant et manifestait sa « gratitude » à « tous ceux » y ayant participé. Paul Robert savait bien que dans « tous » comme dans « ceux » le genre féminin et le genre masculin se trouvaient inclus. La mode, consistant à oublier cette évidence, relève d’une bien vaine insistance et un peu pénible à entendre. Continuer la lecture

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