De la bonne rédaction des articles de presse, à Kansas City

Un livre sur Ernest Hemingway (1) explique que son style d’écriture, à l’origine de son succès et sans doute de son prix Nobel, doit beaucoup au «code de bien-écrire journalistique composé de cent règles de style» édictées par le Kansas City Star. Journal fondé en 1880 et pour lequel il travailla quelques mois, en 1917. «C’étaient les meilleures règles que j’aie jamais apprises pour le métier d’écrire», disait-il. Nous avons eu la curiosité d’aller voir de quoi il s’agissait. Il suffit en effet de taper «Kansas City Star writer recommendation» sur la fenêtre Google pour avoir, en première occurrence, un document pdf de deux pages dudit journal, donnant un fac-similé des fameuses règles des années 1917-1918. Les auteurs expliquent que c’est bien le document auquel Hemingway s’est historiquement référé. Et qu’on le leur demande tellement souvent qu’ils en ont fait une réponse quasi-automatique. Continuer la lecture

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Soldat à la solde de Dieu

Quand il partait à la guerre, le soldat français pouvait emporter dans l’une de ses poches un manuel lui servant de source spirituelle entre deux coups de feu. Celui-là date de 1882, l’année où incidemment, Jules Ferry fit voter une loi sur la suppression de la morale religieuse à l’école. Rédigé par un aumônier militaire, il ressemble peu ou prou à celui que détenait Guillaume Apollinaire et qui sera mis en vente aux enchères le 18 juin chez Pierre Bergé, pour 100 fois plus cher que le premier, vu qu’il porte un précieux autographe. L’une des particularités de cet opuscule est qu’il ne contenait pas d’éléments précis relatifs à ce pourquoi le soldat est fait: tuer son ennemi. À tout le moins, il offrait le secours de la religion notamment en ce qui concerne le principe d’immortalité, ce qui en l’occurrence était bien adapté avant l’heure du combat. Continuer la lecture

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Moby Dick, poème visuel et sonore

“Moby Dick” (1851). À lui seul, ce roman fit entrer son auteur, Herman Melville (1819-1891), au panthéon des lettres américaines. Bien plus qu’un récit d’aventures pour la jeunesse, cette histoire de chasse à la baleine, avec en son centre ce terrible et mystérieux capitaine Achab, s’avérait, en réalité, une vertigineuse plongée à l’intérieur de l’âme humaine. Un de ces livres mythiques vers lequel on revient de temps à autre pour en découvrir à chaque fois une dimension nouvelle. Une histoire fondatrice. Si John Huston osa s’aventurer à en faire un film, en 1956, avec Gregory Peck dans le rôle d’Achab, comment imaginer la transposition de cette histoire d’océan et de folie sur une scène de théâtre ? Qui aurait l’audace de relever un tel défi ? La marionnettiste et metteuse en scène norvégienne Yngvild Aspeli ne s’est pas laissée impressionner, nous offrant sur la scène du Monfort, à Paris, un véritable poème visuel et sonore foisonnant d’inventivité. Continuer la lecture

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Pour de faux

Un faux certifié c’est en soi quelque chose d’authentique. Pourtant, dans sa toute dernière et tant attendue livraison, la Revue d’études apollinariennes, a publié un certificat de « non-authenticité » relatif à une dédicace (assortie d’un dessin) de Guillaume Apollinaire. L’expert cité, Thierry Bodin, précise en outre qu’elle est le fait « d’un même faussaire » dont les tricheries ont déjà circulé sur les marchés d’amateurs. Dès qu’il est question d’argent, le doute est toujours sous-jacent. Au point que la même revue faisant état de la vente en 2018 d’une carte postale adressée par Picasso à Apollinaire cent ans auparavant et arrachée 166.000 euros aux enchères, formule ce commentaire: « Espérons que cette carte n’est pas l’œuvre du faussaire de génie, cauchemar des experts, qui s’attache tout particulièrement à Apollinaire ». La missive a cependant été expertisée et ce qui compte on en conviendra, c’est le certificat qui vient parfaire le parfum du vrai. Continuer la lecture

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Contes de fées en analyse

Bien avant qu’Onkel Sigmund et Mélanie Klein ne s’aventurent à décrypter l’inconscient enfantin, les folklores régionaux y avaient greffé des archétypes fort pertinents, s’exprimant dans les contes. Bruno Bettelheim rencontrera le succès en effectuant le chemin inverse, tentant de rapprocher ces archétypes avec les métaphores des théories psycho-analytiques (« Psychanalyse des contes de fées », Laffont 1976). Succès semble t il immérité, car il aurait pompé sans vergogne sur les travaux d’un confrère, Julius Heuscher, les éléments de son bouquin. À côté de cette référence incontournable, il existe des catalogues (notamment celui de Aarne et Thompson) recensant les récits, en fonction de la catégorie, du motif type, et des variantes rencontrées. Car d’un pays à l’autre, à thèmes communs, des habits différents. Avec, éventuellement, à l’exemple de Charles Perrault, l’ajout d’une morale lénitive. Continuer la lecture

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Visite garantie surréaliste

Pour ceux qui connaissent un peu et s’intéressent au surréalisme, c’est un régal, pour les autres cela peut être un peu plus compliqué. La BNF, en partenariat avec la Bibliothèque littéraire Jacques-Doucet, vient d’ouvrir l’exposition «L’invention du surréalisme, des Champs magnétiques à Nadja», prévue à l’origine le 15 décembre 2020. L’exposition, très bien présentée et documentée, très riche, balaie large, au risque de nous perdre, en tout cas ceux qui, comme moi, ne sont pas totalement initiés aux acteurs du surréalisme et à leurs agissements. Le placement des cartels, parfois éloignés des documents qu’ils décrivent, est ici et là déroutant et oblige à une certaine gymnastique. Mais, après tout, on est dans le surréalisme. Continuer la lecture

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Les poèmes vraiment idiots de Myriam Mester

Pratiquement contemporaine de Louise Lalanne, la poétesse Myriam Mester est loin d’avoir connu la même célébrité. Le personnage de Louise Lalanne, tous les apollinariens le savent, était une invention de Guillaume Apollinaire, complice en l’occurrence du directeur de la revue Les Marges, d’Eugène Montfort. Sa signature apparaissait en 1909 dans des articles consacrés aux écrivaines célèbres de l’époque (la comtesse de Noailles, Colette, Lucie Delarue-Mardrus) ainsi qu’au bas de quelques poèmes assez gnan-gnan. La supercherie dura une bonne année, avant d’être révélée par le directeur de la revue qui mit fin à son existence littéraire en prétextant que la jeune femme avait été enlevée par un officier de cavalerie. Si ce personnage bénéficie aujourd’hui encore de la célébrité acquise par son Pygmalion, ce n’est pas le cas de Myriam Mester poétesse tout aussi fictive apparue dans le monde des Lettres deux ans plus tard. Continuer la lecture

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Le cavalier du South Dakota

En attendant de voir bientôt en salle le multi oscarisé de cette année «Nomadland», on peut voir en DVD le film précédent de Chloé Zhao. Depuis ses multiples oscars, nous savons tous qu’après avoir grandi à Pékin, elle est venue via Londres étudier le cinéma à New York University (NYU). Ce parcours original d’immigrée explique sûrement le thème et le style de ses films. Si «Nomadland» nous entraîne à travers le pays sur les traces de marginaux, ses deux premiers films se déroulent dans des réserves indiennes du Dakota du Sud, le premier, «Songs my father told me» («Les chansons que mon père m’a apprises») datant de 2015. Le second film, «The rider» (« Le cavalier »), fut tourné sur une réserve Sioux du Dakota du Sud, et nommé meilleur film de la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes en 2017. Continuer la lecture

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Le téquila, l’or liquide du Mexique

Tequila, ton nom crépite comme un feu mexicain qui pique le gosier d’une brûlure âcre. Il s’illumine de bleu irisé, la couleur des champs agaves, ces grands cactus plantés en rang d’oignon dans le Mexique central où tu es né. Au Mexique, on t’appelle «le» tequila, peut-être pour souligner ta force virile. Mais tu n’hésites pas à flirter avec le citron et le sel pour te travestir en Margarita. Goutte d’or transparente, personnalité extravagante qui coule dans les veines du monde entier, tu as su te faire une réputation au-delà des frontières. Plus de 80 % de ta production totale, soit 350 millions de litres en 2019, est destinée à l’exportation et, sans surprise, ce sont les États-Unis qui en absorbent 55%. Parmi les nombreuses marques de tequila (plus de 1000), les stars ont pour nom : Herradura, Cofradia,  Sauza Hornitos, El Tesoro,  Jose Cuervo, Tres Hermanos, etc. Et pas question de jouer avec ton identité mexicaine, le tequila fait l’objet d’une réglementation précise. Il ne peut être produit qu’à partir d’une seule variété d’agave, la Tequilana Weber Azul, pour être étiqueté 100 % Tequila et n’est produit que dans cinq États mexicains : le Jalisco, Michoacán, Tamaulipas, Nayarit et Guanajuato. Continuer la lecture

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Max Jacob, 8 rue du Parc

À côté d’un vase se trouve un « Lui » qui ne date pas d’hier. Un magazine que l’on disait, du temps de sa gloire, réservé à l’homme « moderne » et surtout à l’amateur de femmes nues. Le côté profane de la chose est que le journal en question se trouvait toujours, du moins en date du 19 mai, au premier étage de la maison de Max Jacob, à Quimper. Oui Max Jacob, né en 1876 dans cette ville du Finistère, Max Jacob le poète, Max Jacob le peintre, Max Jacob l’ami de Picasso et d’Apollinaire. Cette maison familiale que l’on trouve facilement, un peu en retrait des rives de l’Odet, vient de faire l’actualité. Selon Le Télégramme, sa mise à l’encan était prévue pour le 12 juin, elle a finalement été ajournée. Comme le disait un vieux patron de presse, une annonce suivie d’une annulation, cela fait toujours deux infos, bonnes à imprimer. Auxquelles, permettons-nous d’en ajouter une troisième, la disparition de la salle Max Jacob au Musée des Beaux-Arts de Quimper. Un comble. Continuer la lecture

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