Un ticket pour l’espace francilien

Ici, l’Arc de Triomphe n’est plus qu’un lointain tabouret, le Mont-Valérien un petit pâté de sable. L’Arche de la Défense à son niveau sommital, offre un extraordinaire bouquet de sensations visuelles. Depuis sa terrasse située à cent dix mètres (deux fois moins que la Tour Montparnasse, trois fois moins que la Tour Eiffel) le panorama qu’elle délivre coupe le souffle, selon l’expression convenue en pareil usage. Réfléchie par Georges Pompidou puis Valéry Giscard d’Estaing, finalement réalisée sous l’égide de François Mitterrand, l’idée ce monument était de créer un axe extraordinaire avec l’Arc de Triomphe tout en établissant par conséquence un lien avec la grande banlieue et même la campagne. En ces temps de psychose due au maléfique Covid-19, le toit de l’arche est quasi-désert. Après l’environnement grouillant d’individus croisés au sol, une fois arrivé en haut, l’impression de solitude n’en est que plus intense. Continuer la lecture

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Retour à Cernuschi

Cet intrigant ornement de char, anthropomorphe, remonte à la période Shang, soit plus de deux mille ans avant la Renaissance. Il est toujours surprenant de constater comment, à cette époque reculée, les métallurgistes chinois, maîtrisaient l’art de la décoration. À quel niveau artistique, pour un vase d’alcool ou un récipient à viande, ces designers avant l’heure, portaient si haut leur ambition. Le musée Cernuschi, qui sort tout juste d’une vaste rénovation de neuf mois, déploie à nouveau sa riche collection d’objets d’extrême-orient, augmentée en l’occurrence de 430 nouvelles pièces. Le parcours commence avec la présentation de la collection constituée par Henri Cernuschi (1821-1896) lors de son séjour en Asie entre 1871 et 1873. Il se poursuit à travers un périple dynastique, se prolonge avec différentes incursions vers la Corée, le Japon ou le Vietnam, avant de s’achever sur quelques éléments contemporains. Située dans la très distinguée avenue Velasquez, avec vue sur le parc Monceau, la maison Cernuschi nous livre ainsi quelques moments d’enchantement anachroniques. Continuer la lecture

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La révélation de la demi-ogive

Entre le mois de mars et le mois de juillet 1914, Otto Freundlich travaille au sein de l’atelier de restauration de vitraux de la cathédrale de Chartres. Cette expérience contribuera à l’orienter vers l’abstraction. Il comprend en effet comment, en juxtaposant des formes géométriques de couleurs différentes à partir d’une idée figurative, on peut obtenir un résultat abstrait. Le détail (ci-contre) d’un vitrail qu’il réalise en 1924, représente dans son intégrité, une femme allongée. Cette frise d’un peu plus de 1,60 mètre comporte par ailleurs deux demi-ogives qui s’opposent, l’une rouge, l’autre jaune. De cette forme il en fera une quasi-signature. Que l’on retrouvera dans nombre d’œuvres actuellement exposées jusqu’au 6 septembre au musée de Montmartre. Continuer la lecture

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Félix Régamey guide savant du Japon en 1876

Son nom est peut-être moins connu que celui de son compagnon de voyage Émile Guimet à qui l’on doit le musée parisien créé en 1889. Félix Régamey (1844-1907) représente pourtant une référence pour tous ceux qui s‘intéressent aux civilisations orientales. Illustrateur reconnu, il avait été séduit par les estampes d’Hokusai lors de l’exposition universelle de 1867 et s’était passionné pour le Japon. Il ne pouvait que s’entendre avec Émile Guimet qui rêvait d’un musée universel des religions. En 1876, les deux hommes entreprirent un long voyage en Extrême-Orient, et passèrent plus de six mois au Japon, y accumulant des précieuses connaissances. Leurs travaux comptèrent pour beaucoup dans la vogue de ce qu’on appela le japonisme dans la seconde moitié du XIXe siècle. Continuer la lecture

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Benjamin Bernheim triomphe dans « Manon »

Après l’annulation de la première du 29 février, la représentation de « Manon » de Massenet du 4 mars a pu se tenir sans encombre à l’Opéra Bastille, ce dont les spectateurs n’ont pu être informés que vers 17h30. La grève ayant repris à Garnier comme à Bastille depuis janvier, le suspense dure en fait jusqu’au dernier moment, puisque les grévistes ont la possibilité de s’abstenir jusqu’à la dernière seconde. Le public, parisiens, étrangers et provinciaux mêlés, sans parler de l’ensemble des chanteurs, musiciens, et autres, sont donc tenus sur des charbons ardents à chaque représentation, mais heureusement, la situation semble s’améliorer. Continuer la lecture

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Inépuisable Fuji

Hokusai matérialisait parfois dans ses dessins un sens précoce de la modernité. Dans cette 95e vue du Mont Fuji dont on voit ici un détail révélateur, il use de la présence du brouillard pour donner du volcan bien avant l’heure, une approche contemporaine. En quelques formes trapézoïdales, tout son génie s’impose. La montagne n’occupe en haut à droite, qu’une petite superficie de l’image initiale. Les deux tiers restants montrent surtout la rencontre entre un bûcheron et un homme d’armes. Lesquels, en cette journée d’automne, s’entraident pour allumer leurs pipes. Hokusai s’était attaché en profondeur à ce volcan au cône emblématique. Les éditions Hazan viennent de rééditer un fabuleux ouvrage qu’elles avaient déjà imprimé en 2008.  Il réunit les trois volumes des « Cent vues du Mont Fuji », tout à la fois exploit d’imprimeur et objet d’émerveillement pour le lecteur qui parcourt ce précieux assemblage de dizaines de feuillets pliés. Continuer la lecture

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Pom pom pom pooom

beethoven karajan cd photo: LBMIl ne vous a sans doute pas échappé que l’Europe, voire le monde entier, va célébrer toute l’année le 250ème anniversaire de la naissance de Beethoven, né à Bonn, ville rhénane, en 1770. Quittant à 22 ans sa ville natale qu’il ne reverra jamais, il arrive à Vienne un an avant la mort de Mozart (unique rencontre peu concluante entre ces deux-là). Il y mourra en 1827, à cinquante-sept ans, dans un état de surdité avancée dont les premiers signes remontent, semble-t-il, au début des années 1800. Au fil des années, le mal empirera mais ne ralentira pas sa fièvre créatrice, le poussant vers une sorte de fécond exil intérieur. En Allemagne, la célébration ayant été officiellement lancée dès le 16 décembre 2019, plus de 700 événements sont organisés jusqu’au 17 décembre 2020 autour de celui que l’hebdomadaire Der Spiegel qualifie de « pop-star de 250 ans ». Depuis sa naissance, donc.
On peut dire en effet qu’on lui en fait voir de toutes les couleurs et qu’on le met à toutes les sauces depuis pas mal de temps, en particulier lorsque chez nous les Quatre Barbus, dans les années 1950 et 60, s’en prirent à sa Cinquième symphonie sur l’air de « Pom pom pom pooom… », paroles de Pierre Dac et Francis Blanche : « Lapin, Lapin… La pince à linge fut inventée… » etc. Continuer la lecture

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Les extravagantes rumeurs du Grand hôtel des bains

À la cinquante neuvième minute du film, Gustav von Aschenbach, tente de contenir son énervement car les chemins de fer vénitiens ont mal aiguillé ses bagages. Et pour la première fois, il voit un homme qui tombe à terre, pris de fièvre et de tremblements. C’est le point de basculement choisi par Luchino Visconti pour donner à son film « Mort à Venise », jusque-là beau et tranquille, une dimension dramatique. C’est aussi le moment où il appert que les autorités de la ville ne vont plus pouvoir cacher bien longtemps qu’une épidémie de choléra asiatique, en cette année 1911, va se propager dans Venise. Quelque cinquante années après sa sortie, le film de Visconti entre en résonance singulière avec l’actualité du coronavirus.
Sauf que le choléra est d’origine bactérienne et non virale.Mais l’épidémie de cette époque venait également d’Extrême-Orient avant de toucher l’Europe et notamment l’Italie. Continuer la lecture

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Fuir

La jeune Simone Desmedt avait choisi de décrire par la peinture, le flot des réfugiés fuyant une capitale menacée par l’arrivée des troupes allemandes. L’écolière a ensuite légendé ce qu’elle avait transposé: « Il y avait les avions qui passaient, les gens étaient obligés de se coucher dans les fossés ou de se cacher dans les bois… Un petit garçon qui avait vu sa mère tuée était accouru pour savoir ce qu’elle avait et s’était fait tuer en se penchant sur elle. »
En juin 1940, les deux tiers des habitants de Paris ont rassemblé à la va-vite leurs effets et sont partis sur les routes de l’exode. L’exposition qui vient de débuter sur ce sujet au musée de la Libération de Paris, nous montre des films et des photos, mais ces restitutions d’enfants sont singulièrement frappantes, mélange précoce de noirceur et de lucidité. Continuer la lecture

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Evasion picturale à Martigny (Suisse)

Les visiteurs qui se rendront les 17 et 18 mars prochains à la fondation Pierre Gianadda de Martigny, dans le Valais suisse, pourront bénéficier d’une visite guidée très particulière puisqu’ils y rencontreront l’unique propriétaire de toutes les œuvres exposées, Christoph Blocher. En l’occurrence, ce n’est ni l’homme politique aux positions parfois extrêmes (il fut conseiller fédéral) ni le milliardaire (il fait partie des dix familles les plus riches de Suisse) qui les accueillera : ce sera l’amateur passionné, le collectionneur qui a rassemblé un nombre impressionnant d’œuvres de peintres suisses ayant vécu aux alentours de 1900. Christoph Blocher a accepté de présenter au public une partie relativement importante de sa collection personnelle, à la demande et avec la complicité de Léonard Gianadda, président de la fondation créée en souvenir de son frère Pierre et qui, en quarante ans d’existence, a accueilli plus de dix millions de visiteurs. Continuer la lecture

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